La ministre McCann évoque des compressions en santé puis corrige le tir

La ministre Danielle McCann affirme qu’il n’y aura pas de compressions budgétaires dans le réseau de la santé après avoir déclaré le contraire dans une entrevue vendredi.

L’une des premières sorties médiatiques de Mme McCann à titre de ministre de la Santé a pris des allures de cafouillage.

En entrevue à la télévision de CBC vendredi, la titulaire du plus gros ministère québécois a prévenu que son gouvernement allait couper davantage en santé, mais pas dans «les services aux patients».

«Je ne parle pas de couper les services aux patients, (mais plutôt) de couper pour mieux organiser de plusieurs façons l’administration (...) pour améliorer le volume de services aux patients», a-t-elle dit en anglais à l’animatrice Debra Arbec.

La Coalition avenir Québec (CAQ) n’avait jamais évoqué de telles compressions en santé pendant la campagne électorale.

Mardi, la ministre McCann a déclaré à La Presse canadienne avoir fait un lapsus. Elle a assuré qu’elle voulait dire «mieux organiser» (going to better organize) et non «couper pour mieux organiser» (cutting to better organize).

«C’est vraiment un lapsus, a-t-elle affirmé. Il n’y aura pas de compressions budgétaires dans le réseau de la santé et des services sociaux. Je ne peux pas être plus claire que ça. C’est un engagement du gouvernement et certainement, vous pouvez être convaincue que ce sera le cas.»

Plus tôt, le bureau de la ministre avait tenté tant bien que mal d’expliquer la confusion, alors que certains groupes commençaient à s’inquiéter de la position gouvernementale.

Lors de cette même entrevue accordée à CBC, Mme McCann avait ajouté: «Je veux dire à tous ceux et celles dans le réseau que nous allons poursuivre, et même intensifier le travail en matière d’efficacité: pas de coupes dans les services aux patients, mais de l’efficacité.»

La CBC a plus tard accepté de changer le titre de son article en ligne, «Davantage de compressions en santé» (More cuts coming to health-care system), pour le remplacer par «Pas de compressions en santé» (No cuts to health-care system).

Mardi donc, c’est Mme McCann elle-même qui a dû prendre une dizaine de minutes pour s’expliquer. «La leçon, c’est que le message est très clair de notre part, donc on n’avait pas une inquiétude, vous comprenez, que la confusion perdure, au contraire. Ça me donne l’opportunité avec vous de réitérer fortement et clairement que nous allons soutenir nos équipes et qu’il n’y aura pas de compressions budgétaires», a-t-elle dit.

François Legault et Danielle McCann lors de l'assermentation du conseil des ministre à l'Assemblée nationale, le 18 octobre

Mieux organiser les services

En revanche, Mme McCann s’est montrée déterminée à «mieux organiser les services» afin de rendre le système de santé québécois plus efficace.

Au Jour 6 du gouvernement Legault, elle a dit sentir «une ouverture» de la part de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qui pourrait accepter dès 2019 de revoir le mode de rémunération des médecins pour favoriser une meilleure prise en charge des patients.

Le gouvernement veut modifier le calcul du salaire des médecins de famille pour réduire les paiements à l’acte et donner une prime à la prise en charge de patients.

Selon Mme McCann, cela encouragerait les médecins à déléguer à d’autres professionnels, tels que les super infirmières et les psychologues, par exemple.

«On est déjà en travaux là-dessus, a soutenu la ministre en entrevue. Nous sommes confiants que dans la première année de notre mandat, vous allez voir des changements.»

La réorganisation des services en santé passera également par l’abolition du temps supplémentaire obligatoire des infirmières «le plus rapidement possible», dit-elle.

Les sommes dégagées serviront à embaucher plus de personnel, dont des infirmières auxiliaires et des adjointes administratives qui seront chargées d’effectuer le travail administratif.

«Il y a 700 infirmières qui ont quitté le réseau et qui ne travaillent pas dans leur domaine, imaginez-vous. Alors on voudrait vraiment réattirer ces personnes-là et peut-être même des gens qui sont actuellement à la retraite et qui auraient le goût de revenir contribuer», a déclaré Mme McCann.

Si elle se dit rassurée par la mise au point de la ministre, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, y voit tout de même «une lumière rouge».

Selon elle, les termes «efficace» et «efficience» devraient être bannis du vocabulaire de la ministre, car ils posent problème.

«Ce sont des termes qui, à venir jusqu’à maintenant, nous ont juste amenés dans la douleur, dans la souffrance et dans les difficultés», a-t-elle déclaré en entrevue, mardi.

«Quand on se fait rencontrer pour se faire dire qu’on doit optimiser, on doit améliorer la performance et démontrer de l’efficience, ça se traduit toujours par des coupures budgétaires, par du redressement budgétaire, par des postes non affichés», a-t-elle renchéri.