Le premier ministre Justin Trudeau salue le greffier du Conseil privé Ian Shugart à son arrivée à Rideau Hall avec sa femme Sophie Grégoire Trudeau, où il allait demander à la gouverneure générale de dissoudre le Parlement.

La laïcité s’invite au jour 1 de la campagne électorale

OTTAWA — Le premier des 40 jours de la campagne électorale fédérale aura été l’occasion pour Justin Trudeau de dire, enfin, sa position sur une éventuelle participation du gouvernement fédéral à la contestation de la loi 21. C’est non, «pour l’instant».

Le chef conservateur, lui, ne veut pas s’en mêler. À son lancement de campagne à Trois-Rivières, pour charmer les Québécois, il est surtout revenu sur des thèmes conservateurs du passé.

Pendant ce temps, à Victoria, la leader du Parti vert promettait de s’assurer qu’un de ses candidats n’est pas «un séparatiste».

«Je suis très content que les Québécois eux-mêmes soient en train de contester cette loi en cour. [...] Nous regardons attentivement ces processus. Mais pour l’instant, nous trouvons que c’est contre-productif pour un gouvernement fédéral de s’engager directement dans cette cause», a déclaré M. Trudeau dès sa sortie de Rideau Hall où il venait de demander à la gouverneure générale de dissoudre le Parlement.

Il n’a pas voulu préciser s’il espérait que «ces processus» conduisent jusqu’à la Cour suprême du Canada, qui pourrait ainsi se pencher sur la loi québécoise qui interdit le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité.

Confronté à la même question lors de ses deux points de presse du premier jour de la campagne électorale, le chef conservateur Andrew Scheer a assuré qu’un gouvernement conservateur ne s’en mêlerait pas.

«Nous n’avons aucune intention d’intervenir dans cette cause», a-t-il dit en français.


« Je suis très content que les Québécois eux-mêmes soient en train de contester cette loi en cour. [...] Nous regardons attentivement ces processus. Mais pour l’instant, nous trouvons que c’est contre-productif pour un gouvernement fédéral de s’engager directement dans cette cause »
Justin Trudeau, au sujet de la loi 21 sur la laïcité

M. Scheer était là surtout pour attaquer à nouveau les libéraux dans l’affaire SNC-Lavalin. Un article du Globe and Mail révélait mercredi matin que la GRC pourrait enquêter sur une possible entrave à la justice.

Arrivé à Trois-Rivières, il a offert un discours adapté au public québécois, offrant des arguments qui rappelaient ceux de son prédécesseur Stephen Harper.

«Nous sommes le parti qui a reconnu que les Québécois forment une nation au sein du Canada uni, qui a donné un siège au Québec à l’UNESCO, qui a réglé le déséquilibre fiscal», a-t-il lancé dans le décor du port de Trois-Rivières, avant de reprendre les thèmes conservateurs du jour et de toujours, la promesse de «moins de taxes».

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La leader du Parti vert, Elizabeth May, était tout sourire à Victoria, en Colombie-Britannique, même lorsqu’elle s’est retrouvée sur la défensive, aux premières questions de journalistes.

Elle a tenté d’expliquer une sortie de Pierre Nantel, l’ex-néo-démocrate qui est maintenant candidat vert et qui maintient son espoir pour un Québec indépendant. «Il n’est pas un séparatiste», a-t-elle assuré, en se promettant d’avoir une conversation franche avec son candidat dans Longueuil–Saint-Hubert pour confirmer son attachement au Canada.

À Québec, les souverainistes affichés faisaient le pari que les Québécois qui ont «flirté» avec les autres partis fédéraux reviendront au Bloc québécois.

«Après avoir accordé la confiance comme ils l’ont fait aux libéraux et au NPD, il est tout à fait possible que les Québécois disent : nous n’avons jamais été aussi bien servis qu’avec une forte députation du Bloc québécois à Ottawa», a déclaré Yves-François Blanchet en point de presse.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a lancé sa campagne à London, en Ontario.

Il s’est engagé à se battre pour les gens ordinaires, reprenant ses promesses pour une assurance-médicament nationale et des logements abordables. «J’ai confiance que les gens vont voir en nous les champions de leurs causes», a-t-il dit.

Le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, donnait le coup d’envoi à sa campagne à Toronto, en compagnie de sa candidate Renata Ford, la veuve de l’ancien maire de Toronto, Rob Ford, personnage qui a baigné dans la controverse.

Devant ses partisans, il a promis réductions de dépenses et équilibre budgétaire en deux ans, s’il prenait le pouvoir. Le plus récent sondage Léger mesurait son appui à 3 % des électeurs.

Autres arrêts 

Le chef libéral, après un point de presse à Rideau Hall, s’est envolé vers Vancouver. Il espère reprendre là un comté où se présente comme indépendante son ex-ministre Jody Wilson-Raybould, celle par qui l’affaire SNC-Lavalin est arrivée.

Après son arrêt à Trois-Rivières, M. Scheer est retourné en terrain plus connu, à Woodbridge, en banlieue de Toronto.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet prévoyait une soirée à Belœil, là où il tente de se faire élire une première fois comme député fédéral.

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QUELQUES CHIFFRES

Les Canadiens iront aux urnes le 21 octobre pour choisir leur 43e législature.

Au moment du déclenchement, le Parti libéral détenait 177 sièges, le Parti conservateur 95, le Nouveau Parti démocratique 39, le Bloc québécois 10, le Parti vert deux.

Il y avait huit députés indépendants, dont les ex-libérales Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott.

Le PPC avait pour seul élu son chef Maxime Bernier. Et un ancien député néo-démocrate s’identifiait comme appartenant à la Fédération du Commonwealth coopératif.

Cinq des 338 sièges étaient vides.