La CAQ investit 70-90 millions $ pour l’aide à l’enfance

GATINEAU, Qc — Le gouvernement Legault investira de 70 à 90 millions $ au cours des deux prochaines années pour la détection des retards de développement chez les enfants, avant leur arrivée en maternelle.

L’annonce en a été faite jeudi, le jour même où un groupe de pédiatres et chercheurs dénonçait la forte croissance des diagnostics de trouble déficitaire d’attention/hyperactivité (TDAH) et la consommation de médicaments pour les traiter chez les enfants québécois.

Les fonds serviront notamment à embaucher 800 professionnels et membres du personnel administratif répartis dans 31 établissements.

Actuellement, il est difficile d’obtenir rendez-vous avec les spécialistes pour obtenir un diagnostic et agir tôt.

Au cours d’une conférence de presse à Gatineau au terme d’un caucus de deux jours de la Coalition avenir Québec, le premier ministre François Legault et son ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, responsable de ce dossier, ont tous deux souligné l’importance d’un dépistage précoce pour s’attaquer aux problèmes et les solutionner à temps.

Actuellement, les parents doivent débourser des «sommes phénoménales» pour faire évaluer leur enfant, a déploré le ministre Carmant.

«C’est la plus grande injustice de notre système de santé, où ceux qui ont les moyens peuvent faire évaluer leur enfant tôt et leur permettre d’aller à l’école régulière, et ceux qui ont moins de moyens doivent attendre l’arrivée à l’école, et la classe spéciale.»

L’enfant peut être ensuite entraîné dans une spirale qui peut être difficile à freiner: retard scolaire, perte d’estime de soi, troubles psychosociaux, difficultés psychologiques, qui peuvent mener ultimement au décrochage, a fait savoir M. Carmant.

Le projet repose notamment sur le déploiement d’une plate-forme informatique que des parents pourront consulter pour remplir des questionnaires en vue d’évaluer le profil développemental de leur enfant.

Grâce aux réponses obtenues, l’enfant pourra être orienté plus rapidement vers les services adéquats et être pris en charge par une équipe multidisciplinaire, plaide le gouvernement.

«Je suis convaincu que ça va aider à augmenter les taux de diplômation», a déclaré M. Legault.

TDAH: des pédiatres dénoncent la surmédication des enfants au Québec

MONTRÉAL — Un groupe de 48 pédiatres et chercheurs lance une sérieuse mise en garde contre la forte croissance des diagnostics de trouble déficitaire d’attention/hyperactivité (TDAH) et la consommation de médicaments pour les traiter chez les enfants québécois.

Ils appellent à une remise en question collective des parents, enseignants, psychologues et médecins qui sont tous impliqués dans le processus décisionnel de médicamenter ou non un enfant qui présente des problèmes de comportement.

Dans leur lettre ouverte, les spécialistes de la santé déplorent que toute la société «se retourne trop facilement vers une pilule pour traiter tous les maux».

Pour soutenir leur cri d’alarme, les spécialistes de la santé s’appuient notamment sur des données de l’Institut national d’excellence en santé et service sociaux (INESSS) qui démontrent que les taux de prévalence de la consommation de médicaments pour traiter un TDAH sont beaucoup plus élevés au Québec que dans le reste du Canada.

Chez les 10-12 ans, on compte 13,97 pour cent de jeunes qui consomment des médicaments psychostimulants au Québec. Un taux qui grimpe à 14,5 pour cent chez les 13-17 ans. Dans le reste du pays, les taux pour ces mêmes groupes d’âge sont d’à peine 5,08 pour cent et 4,3 pour cent respectivement.

Pour le pédiatre Dr Guy Falardeau, le danger de prescrire à tout vent est de vouloir corriger le comportement d’un enfant par la médication plutôt que de prendre le temps de chercher d’autres causes liées à la santé mentale, aux émotions de l’enfant ou à son environnement social.

«L’enfant a un problème de comportement, on aime mieux appeler ça un TDAH et lui donner des médicaments que de se demander pourquoi il agit comme ça», dénonce-t-il en soulignant que l’anxiété gagne beaucoup de terrain dans notre société autant chez les adultes que chez les enfants.

«Le danger, c’est que dans certains cas on traite un TDAH réel, mais dans d’autres cas on masque un problème de santé mentale, insiste celui qui traite de nombreux adolescents aux prises avec ces problèmes.

Le Dr Falardeau prévient qu’en masquant ces troubles anxieux ou autre par un psychostimulant, on ne fait que repousser le moment de l’explosion du problème. Et bien souvent, il devient beaucoup plus difficile d’agir quand la maladie mentale a eu le temps de progresser.

«Ce qu’on veut, c’est que les enfants soient évalués comme il faut. Ceux qui ont des problèmes affectifs, émotionnels, sociaux, il faut régler ces problèmes-là et non changer le comportement de l’enfant avec des médicaments», réclame le pédiatre établi à Québec.

«Une affaire d’école»

Des parents consultés par La Presse canadienne ont tous soutenu que la médication des enfants est d’abord «une affaire d’école».

Dès son entrée à l’école, le fils d’Éric ne tenait pas en place. Rapidement, les parents ont été mis au fait du problème et on leur a suggéré de penser à la médication.

«On ne nous mettait pas de pression, mais on sentait qu’il fallait qu’on fasse quelque chose», se souvient-il.

Après quelques consultations, le diagnostic de TDAH est tombé et la médication a suivi. Toutefois, la pilule ne fait effet que pour la durée d’une journée d’école. Le soir et les fins de semaine, l’enfant ne prend pas de médication et fonctionne assez bien.

«C’est sûr qu’il faut s’adapter, mais il bouge, il fait du sport», explique le père qui remet plutôt en question le fait que les enfants ne dépensent pas assez d’énergie à l’école.

Même son de cloche du côté de Claudia, dont la fille a reçu un diagnostic de trouble de l’attention sans hyperactivité. Dans le cas de sa fille, une légère médication sous la dose minimale a suffi à améliorer sa concentration en classe et ses notes ont bondi.

La jeune mère s’étonne toutefois de la facilité à laquelle on peut avoir accès à la médication. Elle se désole aussi de voir le système scolaire brimer les enfants qui ont besoin de bouger.

«Ils sont 27 dans la classe de cinquième année de ma fille, dont un enfant qui est isolé face au mur», partage-t-elle en ajoutant qu’elle ne comprend pas comment on peut s’attendre à ce que les enfants apprennent dans ces conditions. Ugo Giguère, La Presse canadienne