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Le ministre Jean-Yves Duclos.
Le ministre Jean-Yves Duclos.

«La bonté humaine est beaucoup plus importante que ce qu’on pense»

François Bourque
François Bourque
Le Soleil
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Victime d’une embolie pulmonaire à la mi-février, le ministre Jean-Yves Duclos est de retour au travail.

Pas encore au rythme habituel, mais ça viendra. Plus tôt que tard. «Le cheval en dedans de moi a envie de revenir», dit-il.

«J’ai été chanceux dans ma malchance. Plus de peur que de mal.» Une nuit et deux jours d’hospitalisation (Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec), puis du repos et quelques aller-retour médicaux.

Cette «chance» n’est pas donnée à tout le monde, rappelle-t-il. L’obstruction d’une artère menant aux poumons peut être très grave. Mortelle parfois.

Il avait «mal interprété les signes avant-coureurs», analyse-t-il.

Quand il a senti des douleurs à la poitrine, il a pensé qu’il s’était peut-être étiré un muscle lors d’un exercice. Il a pensé aussi à la fatigue, au «surmenage» et au stress de ses responsabilités à Québec et Ottawa.

«On est un peu plus dans notre tête; on écoute moins bien notre corps; on s’écoute moins bien et on écoute moins bien les autres.»

N’eût été la pandémie, il aurait sans doute consulté plus vite. «J’ai probablement attendu quelques jours de trop.»

Il a eu depuis l’occasion de réfléchir. «La maladie nous apporte beaucoup de leçons et de sagesse.» On apprend beaucoup de choses sur soi, mais aussi sur les autres, dit-il.

En cette semaine où des politiciens et acteurs publics dénoncent les messages de haine et d’intimidation qu’ils reçoivent, Jean-Yves Duclos dit avoir vécu tout le contraire.

«Beaucoup de messages de bienveillance de gens qui n’avaient pas de raison de le faire. La bonté humaine est beaucoup plus importante que ce qu’on pense.»

Comme beaucoup d’autres au cours de la dernière année, il a tardé à aller l’hôpital.

Pour plusieurs, par crainte de la COVID ou parce qu’ils ont cru que les services étaient engorgés. Pour d’autres, par souci de ne pas ajouter de pression sur le système. «C’était dans ma tête», dit-il.

Ce réflexe collectif aura cependant des effets qu’on mesure encore mal.

«Au sortir de la pandémie, on va se retrouver avec des conséquences sanitaires qui vont aller au-delà de la COVID-19» croit-il. Sur la santé de ceux qui n’ont pas consulté, mais aussi pour la «santé mentale».


« Tout ce stress individuel et collectif accumulés ces derniers mois, ça laisse des marques. Ça va nécessiter beaucoup de soins. Le soin de soi-même et le soin des autres. »
Jean-Yves Duclos


Jean-Yves Duclos rentre au travail au moment où Québec retourne en zone rouge.

«On est tous un peu foudroyés par ce qui nous arrive depuis quelques semaines et depuis quelques heures», dit-il.

Mais c’était «presque prévisible […] On pense arriver à la fin d’une pandémie, les gens deviennent plus positifs et plus optimistes et baissent la garde, toujours un peu trop tôt».

On voit la lumière au bout du tunnel, mais on oublie de regarder où on marche et on s’enfarge.

Il ne croit pas que les citoyens de Québec aient été plus indisciplinés que les autres. «Ce qu’on voit à Québec, on le voit ailleurs aussi.»

Pendant son absence (relative), on a appris que le déficit du gouvernement du Canada pour l’année 2020-2021 avait bondi à 383 milliards $.

La seule facture des vaccins et des traitements de la COVID-19 atteindra 5 milliards $, estime l’Agence de santé publique du Canada.

Le président du Conseil du trésor n’en fait pas une maladie.

Malgré la maladie, M. Duclos dit n’avoir jamais remis en question son engagement politique.

Ça aurait été «pas mal pire» de ne rien faire, croit-il toujours. Tant pour les citoyens que pour les finances du fédéral et du Québec.

Pendant son absence, on a aussi senti la pression monter pour que le projet de terminal de conteneurs Laurentia soit soumis au BAPE.

L’argument est de mieux évaluer les impacts hors site sur la circulation et la qualité de vie.

M. Duclos n’en voit pas la nécessité. L’Agence fédérale d’évaluation d’impact est «indépendante», a mené un «processus rigoureux» et s’appuie sur des «connaissances» des gouvernements du Québec autant que du Canada, fait-il valoir. «On peut faire confiance à l’Agence pour fournir un point de vue global.»

Malgré la maladie, M. Duclos dit n’avoir jamais remis en question son engagement politique. Il sera à nouveau candidat aux prochaines élections.