La gouverneure générale Julie Payette et le premier ministre Justin Trudeau   
La gouverneure générale Julie Payette et le premier ministre Justin Trudeau   

Justin Trudeau ne prévoit pas remplacer la gouverneure générale Julie Payette

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne
OTTAWA - Le premier ministre Justin Trudeau est venu à la défense de la gouverneure générale Julie Payette, mercredi, affirmant que le Canada avait une «excellente» représentante de la reine et que ce n’était pas le moment de la remplacer.

Les commentaires font suite à des allégations selon lesquelles des employés du bureau de Mme Payette à Rideau Hall ont été victimes de harcèlement en milieu de travail, ainsi qu’à une controverse au sujet de dépenses qu’elle aurait faites depuis qu’elle a été nommée gouverneure générale en octobre 2017.

Interrogé sur la possibilité de remplacer Mme Payette lors d’une entrevue à la radio RED FM de Vancouver, M. Trudeau a déclaré que «ce n’est pas quelque chose que nous envisageons en ce moment».

«Nous avons une excellente gouverneure générale en ce moment, et je pense qu’avec la crise de la COVID, personne ne veut d’une crise constitutionnelle», a-t-il dit. Le premier ministre a ajouté que le gouvernement avait récemment embauché une firme externe pour mener une enquête indépendante sur les allégations.

Les néo-démocrates ont immédiatement critiqué les commentaires de M. Trudeau, mercredi. Ils se demandent comment le premier ministre peut soutenir la gouverneure générale alors que les allégations de harcèlement n’ont pas encore fait l’objet d’une enquête. «Comment peut-il être si sûr que Mme Payette est une «excellente gouverneure générale» et qu’il est approprié pour elle de rester à son poste sans avoir d’abord entendu les faits?» a demandé la whip du NPD, Rachel Blaney, dans un communiqué.

«C’est le premier ministre qui a nommé Mme Payette et il a l’obligation de faire preuve d’un véritable leadership, d’accepter les conclusions de l’enquête et de veiller à ce que les personnes travaillant dans ce bureau soient traitées avec respect et dignité.»

Le nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, a déclaré mercredi qu’il ne serait pas approprié pour lui de commenter l’aptitude de Mme Payette à occuper ses fonctions.

Enquête indépendante

Le gouverneur général est nommé par la reine sur recommandation du premier ministre canadien. M. Trudeau avait choisi l’ancienne astronaute, ingénieure et scientifique en 2017.

La CBC a rapporté en juillet, citant des sources anonymes, que Mme Payette avait dénigré et humilié publiquement des employés, ce qui aurait poussé certains d’entre eux à démissionner.

Le Bureau du Conseil privé - le «ministère du premier ministre» - a annoncé mardi qu’il avait retenu les services du cabinet-conseil Quintet, d’Ottawa, pour mener une enquête indépendante sur les allégations. Le contrat prévoit que Quintet interrogera Mme Payette et les employés actuels et anciens de Rideau Hall. Un rapport final sera présenté à l’automne au ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, qui préside le Conseil privé.

La CBC et Postmedia ont également rapporté que des centaines de milliers de dollars avaient été dépensés pour la conception et la rénovation de Rideau Hall. Certains de ses projets auraient été exigés par Mme Payette, pour des raisons de confidentialité, d’accessibilité et de sécurité. La vice-première ministre, Chrystia Freeland, déclarait le mois dernier que les titulaires de charge publique devraient être conscients de la façon dont ils dépensent l’argent des contribuables.

Bien que la fonction de gouverneure générale soit en grande partie symbolique, elle confère au titre une certaine importance constitutionnelle, surtout en présence d’un gouvernement minoritaire - comme celui de M. Trudeau.

En 2008, Stephen Harper avait demandé à la gouverneure générale Michaelle Jean de proroger le Parlement pour éviter un vote de censure, qu’il aurait vraisemblablement perdu, ce qui aurait fait tomber son gouvernement. Cette manoeuvre, qui avait soulevé la controverse à l’époque, est toutefois conforme au parlementarisme britannique.

Si le premier ministre voulait que Mme Payette quitte ses fonctions, il aurait probablement une conversation privée avec elle pour obtenir sa lettre de démission, estiment les experts. Si elle refusait de partir, il pourrait demander à la reine de la révoquer, mais ce serait là une solution d’ultime recours, estime-t-on.