Jonatan Julien occupe le poste de ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, en plus d’être responsable de la Capitale-Nationale pendant le congé de maternité de la vice-première ministre Geneviève Guilbault.

Jonatan Julien: le plan B devenu ministre

PORTRAIT / «C’est arrivé très vite. Un samedi soir, j’étais en gougounes et je m’en allais aux feux d’artifice avec mes enfants. J’ai reçu un appel pour remplacer Gertrude Bourdon. Le lundi, je rencontrais M. Legault et le mercredi, j’étais candidat! Après, le premier ministre t’offre un ministère, tu dis : “OK.” Tu le rencontres, voici le ministère. Pis tu sors de là et il y a des gardes du corps qui partent avec toi. Et tu n’as pas vu ça venir!»

Jonatan Julien a grimpé les marches du pouvoir deux par deux, dans la dernière année et demie. Il a juste eu le temps de changer ses gougounes pour des chaussures vernies de ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), souliers qu’il chausse au sein du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) depuis maintenant 15 mois.

La nouvelle session parlementaire s’amorce mardi, avec le retour des 125 élus provinciaux au Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Voilà même le gars de Québec devenu ministre responsable de la Capitale-Nationale pour quelque temps, pendant le congé de maternité de la vice-première ministre Geneviève Guilbault. Il est passé de plan B pour la CAQ dans la circonscription de Charlesbourg, à l’été 2018, à l’homme fort de la région de Québec, cet hiver.

Ce qui ne l’empêche pas parfois de renfiler ses espadrilles, mais moins souvent qu’avant. Du temps où il pratiquait tennis, football, basketball, ski alpin. «Jamais champion, mais assez bon», résume-t-il.

Il a fait du kayak, sur le lac Beauport, aux côtés d’une certaine Caroline Brunet, qui deviendra 10 fois championne du monde. La mère de M. Julien, Johanne Racine, a elle-même participé aux Jeux panaméricains en canoë-kayak, dans les années 1960.

Comptabilité et théâtre

Mais lui, son sport, c’est la politique. Il s’est d’abord démarqué sur les terrains de la comptabilité et de l’efficacité dans la fonction publique. Après un court détour moins marquant par le conservatoire de théâtre, où il a étudié un an et demi.

Si l’homme de 47 ans assure aujourd’hui ne jamais avoir rêvé d’une carrière de politicien, son cousin et meilleur ami atteste que «Jo» y a toujours aspiré.

«Il a toujours été intéressé par ça. Quand il s’est présenté pour l’ADQ, à l’époque, l’effort qu’il a mis dans cette campagne-là, c’était exceptionnel! Même chose plus tard au municipal. Tout le temps qu’il a consacré à ça, le porte-à-porte avec son père... Il a toujours aimé ça», assure Nicolas Racine, qui dirige l’agence de voyages Laurier Du Vallon.

En 2003, au tournant de la trentaine, M. Julien effectue sa première trempette politique. L’Action démocratique du Québec (ADQ) a le vent dans les voiles, après avoir raflé quatre élections partielles l’année précédente. Les idées et le chef lui plaisent.

«Comme Éric Caire, aussi dans la région de Québec, et Sébastien Proulx, en Mauricie, Jonatan Julien est le prototype des jeunes dynamiques que l’ADQ essayait de recruter à l’époque», analyse une source, ancien haut placé de l’ADQ.

«J’avais fait du porte-à-porte pendant six mois, dans Charlesbourg. Et j’avais perdu! Contre le fils de Ralph Mercier et la grosse machine libérale. Mais ç’avait quand même été une belle expérience», se remémore le principal intéressé, assis dans son grand bureau du ministère justement planté à Charlesbourg, avec vue sur le boulevard de l’Atrium, les rangées d’immeubles à logements et, plus loin, le parc Henri-Casault. Il habite à quelques kilomètres, dans Lebourgneuf.

Ralph Mercier avait été maire de Charlesbourg pendant 17 ans et était à ce moment-là chef de l’opposition dans la nouvelle Ville de Québec fusionnée. Éric Mercier l’avait emporté par 6233 voix devant un Jonatan Julien recrue. Quinze ans plus tard, en 2018, ce dernier était de retour et a sorti le libéral en poste, François Blais, par une écrasante majorité de 10 666 votes.

La photo de finissant de Jonatan Julien, alors qu’il a complété un baccalauréat en administration des affaires à l’Université Laval, en 1997.

Suivre le chef

«Que ce soit avec Mario Dumont en 2003, avec Régis Labeaume en 2013 ou avec François Legault en 2018, c’est beaucoup l’homme qui m’a convaincu. Avec qui on embarque, c’est primordial! Dans un parti politique, le vaisseau amiral, c’est le chef! Ces trois hommes m’ont inspiré et m’ont donné le goût d’embarquer. Naturellement, il y a le programme, mais beaucoup aussi le leader avec qui on va travailler.»

Il revient sur sa brouille avec le maire Labeaume et son départ fracassant de l’hôtel de ville de Québec, où il occupait le poste névralgique de vice-président du comité exécutif, jusqu’en mai 2018.

Mais quand M. Labeaume a accusé publiquement M. Julien d’avoir «échappé» le dossier de la future centrale de police, ce dernier n’a fait ni une ni deux. Il a claqué la porte pour d’abord siéger comme conseiller indépendant, avant de partir pour le provincial.

«Je ferais la même chose aujourd’hui», assure-t-il sans hésitation, près de deux ans plus tard. «J’ai dit tout ce que j’avais à dire là-dessus. C’est encore ce que j’en pense, mais c’est derrière moi», tranche celui qui avait à l’époque qualifié d’«injustifiée quant au fond et totalement inacceptable dans sa forme» la sortie de son patron d’alors.

Les deux hommes se sont recroisés, entre autres en arrière-scène au Festival d’été. Son rôle intérimaire de ministre responsable de la région l’amènera à échanger plus souvent avec le maire Labeaume, dans les prochaines semaines.

«On peut avoir eu des différends dans le passé, mais c’est derrière nous. La relation est correcte. On convient tous les deux qu’on a le même objectif, que la Capitale-Nationale continue son développement. Il faut additionner et travailler en collaboration pour y arriver», promet-il.

La filière adéquiste

Même s’il s’occupait du déneigement, des finances, des travaux publics, des égouts, autrement dit ce dont on parle juste quand ça va mal, M. Julien qualifie son passage de cinq ans à l’hôtel de ville de Québec de «fantastique».

Il y est arrivé convaincu par Sylvain Légaré, ancien député de l’ADQ devenu conseiller municipal. Sa transition du municipal au provincial s’est réalisé par le biais d’un autre ex de l’ADQ, Éric Caire, aujourd’hui toujours député de La Peltrie, à Québec, et ministre délégué dans le gouvernement de la CAQ. Encore la filière adéquiste.

«Compte tenu des fonctions que Jonatan Julien a occupées à la Ville de Québec, ce n’est pas une surprise qu’il ait été nommé ministre, déchiffre notre source. Dans le contexte où la ville et la région de Québec sont extrêmement importantes pour la CAQ, il était normal de voir plusieurs ministres de la région de Québec dans le premier gouvernement de la CAQ.»

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a affronté de forts vents contraires avant les Fêtes, avec son projet de loi sur les tarifs d’électricité adopté sous le bâillon. Sa promotion à titre de ministre responsable de la région, même temporaire, montre bien qu’il détient la confiance «pleine et entière» du premier ministre Legault, selon notre source.

Le jour de l’entrevue, M. Julien annonçait justement que son projet de loi 34 remettrait 35 millions $ de plus que les 500 millions $ déjà annoncés en trop-perçus aux clients d’Hydro-Québec.

«Il sait compter!»

«Il sait compter! En politique, c’est bon d’en avoir un de temps en temps», lance Nicolas Racine, bien fier de son cousin devenu ministre.

Outre les trop-perçus d’Hydro, Jonatan Julien compte les mines en activité au Québec — 23, nombre insuffisant pour lui. Et les 35 minéraux identifiés «critiques» et «stratégiques» sur lesquels le Québec veut tabler. Graphite, titane, cobalt, lithium, terres rares et autres niobiums, voilà notre avenir minier, insiste le ministre, à propos d’un marché accaparé à 90 % par la Chine.

Le plan stratégique du ministère prévoit une augmentation de 38 % des investissements privés miniers en quatre ans, passant de 3,14 milliards $ (2018) à 4,32 milliards $ (2022-2023). Entre 2012 et 2015, les investissements miniers au Québec avaient chuté de 5,13 milliards $ à 2,49 milliards $.

Il calcule aussi les kilomètres parcourus. Également ministre responsable de la Côte-Nord, il a visité cette région pas moins de 12 fois dans la dernière année. Ses obligations de ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles l’ont amené aux quatre coins, et plus, de la province, mais aussi à Berlin, à Munich, à Boston, à New York, à Washington et en Colombie-Britannique.

Ce qui lui laisse moins le temps pour ses deux enfants de 15 et de 18 ans, dont il a la garde partagée. Moins de temps aussi pour aller voir sa grande sœur, pomicultrice à la Ferme à Pic voisine de l’Orpailleur, à Dunham.

Ça change un monde

Devenir ministre, «ça change bien des choses», reconnaît-il d’emblée. «On n’est jamais préparé à ça. Ça change une vie, c’est indéniable. Mais c’est plaisant et c’est un privilège!»

Comme quand il était jeune sportif, M. Julien estime n’avoir «pas toutes les qualités, mais je suis un fort travaillant. Comme la majorité des Québécois! Je suis entré au ministère comme quelqu’un qui connaît ça un peu, mais je me suis vite approprié les réalités du ministère pour capter les enjeux», se félicite le patron, louangeant du même souffle son équipe et les employés du MERN, qu’il appelle ses «collègues».

Et qu’il se plaît à côtoyer chaque matin en descendant à la cafétéria commune s’acheter un café, mousseux à son goût.

«La vie s’occupe bien de nous si on reste ouvert à ses possibilités. Ce n’était pas prévu que je devienne ministre, mais force est de constater qu’un an et demi après, j’aime ça! Tu ne peux pas satisfaire tout le monde, mais tu peux faire une différence», conclut celui qui compte bien faire une différence.