Engagé dans une restructuration, le géant Lowe’s a fait savoir lundi matin qu’une vingtaine de magasins RONA au Canada fermeront d’ici la fin de l’année, dont neuf au Québec.

Fermeture de succursales de RONA: «le résultat des libéraux», dit Legault

La fermeture de succursales de RONA, c’est «le résultat des libéraux», s’est contenté de dire le premier ministre François Legault, lundi. Officiellement chargé de commenter la décision de Lowe’s, son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, s’est fait encore plus prudent.

Lorsqu’elle était dans l’opposition, la Coalition avenir Québec avait rugi lors de l’achat du quincailler RONA, ce «fleuron québécois», par l’américaine Lowe’s. Lundi, outre les mots de M. Legault, le ton des caquistes était plutôt circonspect.

«Le gouvernement est sensible aux préoccupations des employés qui voient leur magasin fermer aujourd’hui. On va suivre de proche les décisions de l’entreprise à la lumière des engagements pris dans le contexte de la transaction», a fait savoir le ministre Fitzgibbon, responsable de l’Économie et de l’Innovation, par attaché de presse interposé.

Les libéraux «acceptent que nous soyons une économie de succursales», avait tonné en 2016 François Legault, alors chef de la «deuxième opposition». Il voyait dans cette transaction une preuve du «déclin tranquille de l’économie québécoise».

Si le dossier est délicat pour le gouvernement Legault, c’est entre autres parce que Christian Dubé, aujourd’hui président du Conseil du trésor, était vice-président de la Caisse de dépôt et placement lorsque Lowe’s a avalé RONA pour 3,2 milliards $. Or, ce sont la Caisse de dépôt et Investissement Québec qui ont permis que cette vente ait lieu.

La Caisse et/ou Investissement Québec?

Lundi, les libéraux, sous le règne desquels la transaction a été conclue, ont préféré garder le silence. Ils avaient peu à dire sur la fermeture d’une vingtaine de magasins RONA au Canada, dont neuf au Québec.

Pour la porte-parole péquiste en matière d’économie, Catherine Fournier, ces fermetures témoignent de «ce qui arrive quand on ne protège pas les sièges sociaux».

La députée de Québec solidaire Ruba Ghazal suggère la convocation d’une commission parlementaire «pour mieux baliser le rôle d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt».

Dans une déclaration écrite envoyée par Mathieu St-Amand, l’attaché de presse du ministre Fitzgibbon, on indique qu’on «doit s’assurer que nos sièges sociaux soient bien protégés et que les entreprises du Québec se développent ici et à l’international».

«C’est notamment pour ça que nous nous sommes engagés à revoir le fonctionnement d’Investissement Québec et à mieux utiliser le réseau du Québec à l’étranger», ajoute-t-on. À noter que le gouvernement parle d’Investissement Québec, mais pas de la Caisse de dépôt. Pas des deux à la fois. Un débat pointe son nez sur cette question.

Au printemps dernier, le Parti québécois (PQ) avait proposé qu’un projet de loi soit adopté pour renforcer la fonction de «développeur économique» de la Caisse de dépôt. Le PQ disait vouloir «rétablir l’équilibre» qui existait avant 2004; avant des modifications apportées par le gouvernement de Jean Charest, lesquelles ont fait passer la recherche du rendement «optimal» par la Caisse devant sa fonction de développeur.

Crise politique

L’affaire RONA a provoqué une crise politique à l’Assemblée nationale en 2016 et en 2017. Le gouvernement Couillard avait donné sa bénédiction à cette transaction.

«Ce qui est important pour nous, au gouvernement du Québec, est de nous assurer que les emplois seront maintenus ici, voire augmentés. Ce qui est important, c’est que les bannières RONA soient maintenues. Ce qui est important, c’est qu’on ait un siège social qui vienne s’installer ici. Ce sont les garanties que nous avons obtenues», avait déclaré Dominique Anglade, alors ministre de l’Économie.

Cette affaire avait entraîné la chute de son prédécesseur, Jacques Daoust — décédé depuis. Une longue polémique avait éclaté sur ce qu’il savait ou pas de cette transaction. La diffusion de certains courriels avait toutefois permis d’apprendre que son cabinet avait bel et bien autorisé Investissement Québec à liquider les actions qu’il détenait dans RONA.

Restructuration

Engagé dans une restructuration, le géant Lowe’s a fait savoir lundi matin qu’une vingtaine de magasins RONA au Canada fermeront d’ici la fin de l’année, dont neuf au Québec. La nouvelle direction de Lowe’s a également annoncé la fermeture de magasins aux États-Unis. L’entreprise assure que les employés seront relocalisés dans d’autres magasins de la bannière.

Le siège de Lowe’s Canada à Boucherville devrait toutefois être consolidé par la fermeture de centres de soutien régionaux à Mississauga, en Ontario, et à Saint-Jean, à Terre-Neuve.