Ian Lafreniere, président de la commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs et la député libérale Kathleen Weil.
Ian Lafreniere, président de la commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs et la député libérale Kathleen Weil.

Exploitation sexuelle des mineurs: l'intelligence artificielle à la rescousse

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
La lutte à la prostitution juvénile est maintenant «hautement technologique» et il faudra avoir recours massivement à l'intelligence artificielle.

C'est un des constats principaux tirés par la commission parlementaire spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs.

«La lutte est hautement technologique», a confirmé le président de Vigiteck, Paul Laurier, un ancien policier qui gère une société spécialisée en cyber-enquête et qui a témoigné en commission parlementaire lundi.

Par exemple, pas moins de 1000 ou 3000 «robots» pourraient être nécessaires pour retracer avec notamment des moyens de reconnaissance faciale une adolescente exploitée sexuellement que ses proxénètes ont retirée de la région de Montréal pour la transférer au sud de Toronto.

«Pour bien suivre, surveiller et comprendre les activités sur les réseaux sociaux, ça va nous prendre beaucoup de ressources et des ressources très spécialisées en intelligence artificielle, afin de soutenir le rythme [de recrutement des mineurs] qui s'est accéléré», a déclaré la députée libérale Kathleen Weil en conférence de presse au côté de ses collègues des autres partis.

Dominic Monchamp, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a confirmé ces renseignements peu après en commission. Ainsi, les gangs de rue recrutent leurs victimes à une échelle «extrêmement grande» et de façon «extrêmement efficace», a-t-il indiqué. Les criminels ont recours entre autres à YouTube et Airbnb.

Changer les mentalités

Si les élus ne peuvent recommander le renforcement du Code criminel, qui relève du fédéral, ils plaident toutefois pour changer les comportements : solliciter et obtenir des faveurs sexuelles d'une personne mineure doit devenir «socialement inacceptable», tout comme l'alcool au volant l'est devenu.

«J'espère qu'on peut agir pour que ça devienne impensable pour un individu d'acheter un service sexuel. Et pour arriver à ça, il faut que le message communautaire de notre société tende vers ça.»

Il a d'ailleurs laissé entendre qu'il faudrait des campagnes de publicité comme celles de la Société de l'assurance automobile du Québec pour changer les comportements.

Effet COVID

Le président de la commission parlementaire, le député caquiste Ian Lafrenière, a expliqué que le confinement du printemps dernier a eu l'effet de freiner le recours à la prostitution juvénile, mais de façon bien temporaire, hélas.

Pour un temps en effet, il était impossible par exemple pour un «client-abuseur» de justifier à sa famille une absence prolongée en prétextant qu'il était retenu au bureau. En outre, plusieurs établissements hôteliers ont fermé, donc les lieux de rencontre étaient plus limités.