Seule représentante de Sherbrooke citoyen, Évelyne Beaudin a reçu un accueil glacial de ses nouveaux collègues quand elle a avisé le conseil de son intention de se prévaloir d’une disposition de la Loi sur les cités et villes qui lui permet de toucher jusqu’à 333 000 $ par année pour se constituer un cabinet.

Évelyne Beaudin sermonnée à sa première séance du conseil

La seule conseillère élue du parti Sherbrooke citoyen a été semoncée par plusieurs de ses collègues indépendants à la première séance du nouveau conseil municipal, lundi soir.

Nommée conseillère désignée du parti, puisque sa cheffe Hélène Pigot n’a pas été élue, Mme Beaudin venait d’aviser le conseil de son intention de se prévaloir d’une disposition de la Loi sur les cités et villes qui lui permet de toucher jusqu’à 333 000 $ par année pour se constituer un cabinet.

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« Je tiens à souligner qu’une bonne partie des électeurs ont choisi le programme politique de Sherbrooke citoyen et en tant que seule élue de ce parti, a-t-elle expliqué, je propose de défendre les idées qui ont été menées durant la campagne électorale. Pour ce faire, c’est certain que j’ai besoin d’appui et d’un coup de main et cette désignation me permettra d’avoir des outils à ma disposition pour pouvoir bien défendre les intérêts de la population sherbrookoise au sein du conseil municipal. »

Sa sortie a visiblement heurté plusieurs élus indépendants, à commencer par Rémi Demers.

« Je suis très mal à l’aise avec ça. C’est certain que la loi le lui permet, mais dans le fond, c’est très lourd de conséquences financières pour les contribuables de Sherbrooke qui ont élu majoritairement des conseillers indépendants », a-t-il rappelé.

« J’inviterais les responsables du parti et ma collègue Mme Beaudin à reconsidérer sa décision dans l’intérêt des contribuables alors qu’on aura des décisions extrêmement difficiles à prendre au cours des prochains jours pour boucler le budget de 2018 », a-t-il ajouté en rappelant que chacun des conseillers avait déjà droit à un budget de soutien et développement d’environ 12 000 $.

« Qu’une seule élue touche à elle seule le double de ce que nous aurions droit tous ensemble ça m’apparait très déraissonable », a insisté M. Demers.

Son collègue nouvellement élu Pierre Avard est allé dans le même sens en disant que si c’était légalement possible, c’était moralement discutable.

« La réalité, c’est que les Sherbrookois ont choisi majoritairement d’élire 12 indépendants, a dit M. Avard, alors qu’on parle de 20 % des votes pour avoir accès à ce fonds. (...)  Est-ce que le Parti utilisera ces sommes-là pour préparer la prochaine élection? L’opposition, dans les faits, ce sont les 12 candidats indépendants qui n’ont pas de ligne de parti et qui se sont engagés à travailler en équipe pour les citoyens. »

« Manque de sensibilité »

Annie Godbout a questionné l’équité de cette disposition de la loi et s’est dite mal à l’aise de savoir si Mme Beaudin représentera le parti ou les citoyens de son district à la table du conseil.

Elle a d’ailleurs dit sa surprise d’apprendre dans La Tribune de lundi que Sherbrooke citoyen revendiquait le statut d’opposition officielle. « C’est le rôle de tous les élus ici d’analyser l’ensemble des dossiers, qu’ils soient bons ou mauvais. Cette attitude relève d’un manque de sensibilité important. »

Quant au conseiller Claude Charron, il a proposé de faire des représentations à l’Union des municipalités du Québec pour que cette disposition de la loi soit révisée par souci d’équité envers les indépendants.

À l’issue de la séance, le maire Steve Lussier a dit espérer qu’Évelyne Beaudin allait réfléchir aux arguments soulevés par ses collègues.

« J’ai dit que je serais un maire qui accueillerait tout le monde. Est-ce qu’on va prendre l’argent des Sherbrookois pour un parti? Je ne crois pas qu’on a besoin de ça. Je laisse Mme Beaudin réfléchir à ça, mais c’est beaucoup de sous. Moi, dans le budget, je coupe à plusieurs endroits. Vous allez le voir dans le budget bientôt. On a fait un gros travail. Comment je vais justifier auprès de la population qu’une partie du budget s’en va pour un seul élu? C’est une première! »



C’est important d’investir pour aller voir ce qui se fait ailleurs.
Évelyne Beaudin

Le maire, à titre comparatif, a droit à un million $ (somme qui serait amputée hypothétiquement des 333 000 $ octroyés à un parti) pour son cabinet et il n’est pas à la moitié de cette somme, a-t-il fait valoir.

Mme Beaudin a précisé, pour sa part, qu’elle n’avait pas l’intention de dépenser toute cette somme même si elle estime que sa requête est pleinement justifiée.

« C’est important d’investir pour aller voir ce qui se fait ailleurs et savoir comment dépenser intelligemment le budget annuel de 291 millions $ de la Ville », a-t-elle dit en amenant en exemple des dossiers importants comme la construction de trottoirs, le train Sherbrooke-Montréal ou l’aéroport.

« Mon budget de recherche et de soutien, je le réserve aux gens du district du Carrefour. Je ne veux pas qu’ils soient pénalisés par le fait que je représente aussi des idées de gens qui se sont rassemblés dans un parti. »

« Mais je suis très sensible à ce que mes collègues m’ont dit. Ce sera fait de manière responsable pour le bien des Sherbrookois. »

Notons enfin que le représentant du Renouveau Sherbrookois, Vincent Boutin, a précisé qu’il n’entendait pas se prévaloir de cette disposition de la loi.