Les sondés n’ont pas accordé de bonnes notes à la campagne du chef conservateur, Andrew Scheer : seulement 33 % croient qu’il a fait une bonne campagne.

Élections fédérales: les attaques personnelles trop présentes dans la campagne

Les attaques personnelles ont pris trop de place dans la campagne fédérale de cet automne, selon une écrasante majorité de Canadiens qui auraient préféré que les candidats discutent davantage des questions de fond.

C’est du moins ce que révèle un sondage Mainstreet : pas moins de 79 % des sondés ont trouvé que «les chefs de parti était trop concentrés sur les attaques personnelles», contre seulement 21 % qui jugent que «nous avons eu une discussion adéquate sur les enjeux au cours de cette élection».

«Ça reflète un certain cynisme et c’est peut-être aussi une perception qui est restée après le début de la campagne, quand il y avait plus d’attaques personnelles, analyse Luc Fortin, président de Mainstreet-Québec. Il est quand même intéressant de noter que les électeurs libéraux sont plus nombreux que les autres à trouver que la campagne a porté sur les enjeux et non sur les insultes, mais même dans ce groupe, cette perception demeure très minoritaire [23 % contre 9 à 16 % chez les autres partis, NDLR].»

Singh, la meilleure campagne

Cette impression généralisée n’est sans doute pas étrangère au fait que c’est Jagmeet Singh qui a mené la meilleure campagne, d’après les personnes interviewées par Mainstreet. Le chef néodémocrate a été perçu pendant toute la campagne comme celui dont les propos étaient les plus positifs, et 61 % des répondants ont estimé que sa campagne avait été «bonne», «très bonne» ou «excellente». Et ce, même si le NPD a reculé de 4 % dans les suffrages exprimés et qu’il a perdu 15 des 39 sièges qu’il détenait à la dissolution de la Chambre des Communes.

Mentionnons que 51 % des Canadiens croient que le chef bloquiste Yves-François Blanchet a fait une bonne campagne — ce qui est un score très honorable pour un leader indépendantiste à l’échelle canadienne. Au Québec, ce sont pas moins de 79 % des répondants qui sont de cet avis.

À l’inverse, ces mêmes sondés n’ont pas accordé de très bonnes notes au leader conservateur Andrew Scheer : seulement 33 % croient qu’il a fait une bonne campagne, contre 65 % qui la juge «passable», «mauvaise» ou «très mauvaise». Ce qui peut sembler étonnant puisque le Parti conservateur a progressé de 2,5 % et de 26 sièges par rapport à 2015, et qu’il a même remporté une pluralité de voix.

Démission de Scheer?

Mais qu’à cela ne tienne, seulement 50 % des personnes sondées estiment que M. Scheer doit rester en poste (contre 60 à 70 % pour les autres chefs) et autant qui estiment qu’il doit démissionner. En fait, souligne M. Fortin, même chez les électeurs conservateurs, M. Scheer semble assez contesté puisque plus du tiers d’entre eux (36 %) veulent le voir quitter la tête du PCC. Chez ceux qui sont membres ou donateurs du PCC, c’est 33 % — encore qu’il faut faire attention avec ces sous-échantillons, dont la marge d’erreur est plus grande.

«Je suis allé à Ottawa cette semaine et le talk of the town là-bas, c’est l’avenir d’Andrew Scheer, dit M. Fortin. Parce que oui, il a obtenu la pluralité des voix et fait progresser le PCC, mais plusieurs ténors du parti le critiquent ouvertement. Ça chauffe pour lui présentement dans les rangs conservateurs. […] La mauvaise nouvelle pour lui, ce sont les données en Ontario, parce que le congrès du Parti conservateur où aura lieu le vote de confiance se tiendra à Toronto. Évidemment, il y aura des délégués de partout au Canada mais, dans ces congrès-là, c’est toujours plus facile d’avoir des délégués de la place parce qu’ils n’ont pas à se déplacer autant, à trouver une chambre, etc. Et en Ontario, il y a davantage de gens qui veulent son départ qu’il y en a qui veulent le voir rester [par 51 à 49 %, NDLR].»

Trudeau «passable»

De son côté, la campagne du chef libéral Justin Trudeau n’a pas été jugée particulièrement bonne par les répondants de Mainstreet, puisque 55 % d’entre eux l’ont trouvée «passable» ou pire, contre 45 % qui l’ont estimé «bonne» ou mieux. Il y a quand même 39 % qui voudraient voir M. Trudeau démissionner, mais ce sont surtout des électeurs conservateurs (73 %). Très peu de ceux qui ont voté libéral demandent sa démission (8 %).

Ce sondage a été réalisé par appels automatisés auprès de 1108 Canadiens adultes les 26 et 27 octobre dernier. Un échantillon de cette taille vient avec une marge d’erreur de ± 2,9 % 19 fois sur 20. Les sous-échantillons ont toujours des marges d’erreur plus grandes.