Karine Prémont, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directrice adjointe de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.
Karine Prémont, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directrice adjointe de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

Élections américaines : « une bonne chose de réglée »

Mireille Vachon
Mireille Vachon
La Tribune
La victoire de Joe Biden a été annoncée samedi avant-midi après quatre jours de suspense interminable pour la population américaine. « Le suspense, pour les élections américaines, ce n’est jamais très bon, alors c’est une bonne chose que ce soit fini », soutient la politologue Karine Prémont.

En effet, « l’incertitude, ce n’est pas bon pour les marchés, ce n’est pas bon pour le moral des gens, ni pour la stabilité internationale, alors c’est une bonne chose que ce soit réglé », avance Mme Prémont, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directrice adjointe de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

Il y a encore des décomptes de votes à faire à l’écriture de ces lignes, soit en Caroline du Nord et en Géorgie, mais l’avance de Joe Biden est suffisante pour qu’il soit proclamé 46e président des États-Unis.

« Il restera à voir comment Donald Trump va réagir. C’est surtout sa réaction qui est attendue dans les prochains jours, indique Karine Prémont. On ne s’imagine pas qu’il va concéder la victoire, mais il n’a pas besoin de le faire pour que la transition s’effectue néanmoins. »

À quoi peut-on s’attendre dans les prochains jours? Aux dires de la politologue, Joe Biden s’adressera à la nation samedi soir. « Il essaiera sans doute de livrer un message rassembleur, et il va probablement bientôt mettre en branle certains chantiers pour être prêt quand ce sera le moment de gouverner en janvier. »

En ce qui concerne Donald Trump, personne ne sait quand il parlera aux médias. Selon les informations de Karine Prémont, il aurait passé son samedi sur un terrain de golf.

Bonne ou mauvaise nouvelle?

La moins bonne nouvelle, c’est que l’élection est extrêmement serrée en termes de votes attribués. « On savait déjà qu’il y avait une division marquée dans la société américaine, mais c’est une preuve supplémentaire de cette division-là. Le plus gros défi restera de réunir les gens et d’atténuer la division entre les deux camps », affirme Mme Prémont.

Une victoire plus éclatante de Joe Biden aurait donné espoir que la divergence de points de vue des Américains était peut-être en voie de diminuer. « Là, on voit qu’elle est probablement là pour plus longtemps qu’on ne l’imaginait… »

Même si elle n’est pas spécialiste des enjeux économiques internationaux, Karine Prémont est convaincue qu’il y aura « un retour à la normalité en termes de collaboration, de diplomatie et de relation entre le premier ministre du Canada et le président des États-Unis ».

« Le gouvernement canadien va savoir un peu plus sur quel pied danser et il sera dans une certaine prévisibilité », déclare-t-elle, ajoutant que dans les quatre dernières années, le caractère imprévisible de Trump rendait parfois les discussions difficiles.

On peut également imaginer qu’il y aura une certaine affinité idéologique entre Justin Trudeau et Joe Biden, ce qui « améliorera peut-être la relation entre les deux pays ».

Même si elle est passionnée par la politique, Karine Prémont n’aurait pas aimé vivre ce genre d’élections dans son pays. « C’est déjà très difficile émotivement et professionnellement de vivre ça à distance, alors je préfère vivre ça de loin en n’étant pas trop impliquée. C’est la meilleure position », croit-elle.