Le premier ministre Justin Trudeau

Écrasement en Iran: l’avion abattu par un missile, avance Trudeau

OTTAWA — Le Boeing 737 qui s’est écrasé mercredi près de Téhéran a sans doute été abattu par un missile iranien, probablement par erreur, a affirmé jeudi le premier ministre canadien Justin Trudeau, en s’appuyant sur des sources de renseignement canadiennes et alliées.

L’Iran a aussitôt demandé au Canada de lui fournir ses informations, en parlant de «mises en scène douteuses».

Jeudi soir, l’agence américaine responsable de la sécurité des transports (NTSB) a annoncé que les États-Unis allaient participer à l’enquête sur l’écrasement.

«Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services», qui «indiquent que l’avion a été abattu par un missile sol-air iranien», a déclaré M. Trudeau lors d’une conférence de presse. «Ce n’était peut-être pas intentionnel», a-t-il ajouté.

«À la lumière de ces nouvelles informations, il est plus important que jamais que nous sachions comment une telle tragédie a pu arriver. Les familles des victimes et tous les Canadiens veulent des réponses. Je veux des réponses», a-t-il martelé lors d’une conférence de presse jeudi après-midi à Ottawa.

Son homologue britannique Boris Johnson lui a emboîté le pas, affirmant qu’il existait un «ensemble d’informations» selon lesquelles le Boeing 737 ukrainien a été «abattu par un missile sol-air iranien». «Cela pourrait bien avoir été accidentel», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Sans se montrer aussi explicite, le président américain Donald Trump avait plus tôt exprimé ses «doutes» sur la thèse d’un problème mécanique. «J’ai le sentiment que quelque chose de terrible s’est passé», avait-il dit, évoquant une possible «erreur».

Les nombreuses questions entourant la cause de cette tragédie confirment la nécessité de mener une enquête «approfondie, crédible et complète», a répété M. Trudeau, ajoutant que le Canada travaille avec ses alliés dans ce sens.

L’écrasement a tué tous les passagers à bord de l’avion, dont 138 personnes qui se dirigeaient vers le Canada. Au moins 63 passagers étaient des citoyens canadiens.

L’écrasement est survenu quelques heures seulement après que l’Iran a lancé une frappe de missiles contre des bases militaires irakiennes abritant des troupes américaines, après l’assassinat ciblé par les États-Unis d’un important général iranien en Irak.

Comme la veille, M. Trudeau a esquivé les questions sur la responsabilité des États-Unis dans l’escalade de ces tensions dans la région.

«Je pense qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions ou adresser un blâme ou une responsabilité de quelque proportion. En ce moment, nous concentrons nos efforts pour soutenir les familles endeuillées à travers le pays et fournir les réponses que nous pouvons de façon préliminaire», a-t-il assuré.

Dénégations iraniennes

Les autorités iraniennes affirment de leur côté que les «rumeurs» selon lesquelles l’avion d’Ukraine Airlines International aurait été abattu par un missile n’ont «aucun sens».

L’avion de ligne ukrainien avait décollé mercredi matin de Téhéran en direction de Kiev avant de s’écraser deux minutes après.

Une vidéo d’une vingtaine de secondes, qui montrerait le moment où un missile frappe le Boeing de la compagnie UAI, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. Sur les images, filmées de nuit, on peut voir un objet lumineux grimpant rapidement vers le ciel et frappant ce qui semble être un avion.

La vidéo, qui n’a pas pu être formellement authentifiée par l’AFP, a été publiée par plusieurs médias, dont le New York Times sur son site Internet.

Une cinquantaine d’experts ukrainiens sont arrivés jeudi à Téhéran pour participer à l’enquête et notamment au décryptage des boîtes noires de l’appareil.

«À un moment ou à un autre, ils remettront les boîtes noires, idéalement à Boeing, mais s’ils les donnent à la France ou à un autre pays, cela irait aussi», a affirmé Donald Trump.

Une certaine confusion règne sur le sort de ces boîtes noires, cruciales pour les investigations à venir.

Mercredi, l’agence Mehr, proche des ultraconservateurs, a cité des propos d’Ali Abedzadeh, président de l’Organisation de l’aviation civile iranienne (CAO), selon lesquels l’Iran ne remettrait pas les boîtes noires aux Américains. Mais le ministère iranien des Transports a depuis rejeté «les rumeurs sur la résistance de l’Iran à livrer les boîtes noires [...] aux États-Unis».

Seuls quelques pays, dont les États-Unis, mais aussi l’Allemagne ou la France, ont les capacités techniques d’analyser les boîtes noires.

Jeudi, Téhéran a invité Boeing, le constructeur de l’aéronef, à «participer» à l’enquête.

Deuil national en Ukraine

Cette catastrophe aérienne est la plus meurtrière impliquant des Canadiens depuis l’attentat contre un Boeing 747 d’Air India en 1985, dans lequel 268 Canadiens avaient trouvé la mort.

Pays qui accueille une importante diaspora iranienne, le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2012 en reprochant à la République islamique son soutien à Bachar al-Assad en Syrie.

Kiev examine différentes hypothèses de travail parmi lesquelles un tir de missile antiaérien, l’explosion d’une bombe placée à bord, ou encore une collision avec un drone.

Le président Volodymyr Zelensky a décrété jeudi une journée de deuil national, promettant d’établir la vérité sur ce drame.

Selon un rapport d’enquête préliminaire de l’aviation civile iranienne, des témoins oculaires ont rapporté qu’un incendie avait été observé dans l’avion.

La CAO laisse entendre que parmi les témoins de l’incendie figurent des personnes au sol et d’autres à bord d’un appareil qui se serait trouvé au-dessus du Boeing au moment du drame.

Après ce départ de feu d’origine encore indéterminée, l’avion a changé de direction, et, selon la CAO, il «était sur le chemin du retour à l’aéroport» quand il s’est écrasé dans un parc de loisirs près de Chahriar, ville située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la métropole téhéranaise.