Sous le choc, François Ouimet avait la gorge nouée et a versé plusieurs larmes lors de son point de presse.

Écarté par le Parti libéral, François Ouimet accuse Couillard d’avoir renié sa parole

Philippe Couillard montre la porte à un vétéran fidèle, François Ouimet, parce qu’il veut du «renouveau» dans son équipe. Humilié, le député Ouimet accuse le premier ministre et chef du Parti libéral d’avoir renié sa parole.

«Le premier ministre m’a regardé dans les yeux, m’a serré la main et m’a réitéré sa confiance de vive voix en mai dernier en me disant : “Inquiète-toi pas, je ne te jouerai pas de tour, je vais signer ta lettre de candidature.” J’ai pris sa parole», a raconté François Ouimet mercredi. Quelques heures avant, il a eu un bref échange téléphonique avec son chef, qui lui a annoncé qu’il ne serait pas candidat libéral le 1er octobre.

Sous le choc, M. Ouimet avait la gorge nouée et a versé plusieurs larmes lors de son point de presse. C’est surtout le non-respect de l’entente qu’il avait avec le premier ministre qui «fait mal». Son investiture devait avoir lieu mercredi soir, mais elle a été annulée à la dernière minute, à une semaine du déclenchement électoral. «Les mesures prises dans les derniers jours à mon égard sont blessantes […] Je pense que je méritais mieux», a-t-il ajouté. 

Le PLQ a sacrifié M. Ouimet pour faire de la place à l’ex-joueur du Canadien de Mont­réal Enrico Ciccone, qui a aussi été chroniqueur sportif. Son investiture doit avoir lieu dans les prochains jours dans la circonscription de Marquette sur l’île de Montréal, un château-fort libéral détenu depuis 1994 par M. Ouimet. Le premier ministre Couillard a expliqué que la décision avait été douloureuse et «très difficile à prendre». «En mai et encore récemment, M. Ouimet était notre candidat dans le comté.» Seulement, le parti a maintenant «beaucoup plus de candidats de très grande qualité que de circonscriptions disponibles», explique-t-il. 

M. Couillard n’a jamais confirmé qu’il avait fait une promesse en mai au député Ouimet, mais il ne l’a pas accusé de mentir non plus. Il s’est défendu d’être un homme à qui on ne peut faire confiance. «Ma parole vaut beaucoup, d’ailleurs nos engagements ont été largement tenus.»

Député depuis 24 ans, M. Ouimet aurait pu devenir le doyen de l’Assemblée nationale s’il avait été réélu. «Si je ne suis pas sur les rangs pour l’élection, François Legault devient le doyen de l’Assemblée nationale. Alors, on peut imaginer qu’il y a eu de forts jeux de coulisses pour atteindre cet objectif», a-t-il soutenu. 

M. Couillard a toutefois nié avoir fait ce calcul, soutenant que cette perspective ne lui avait pas «traversé l’esprit». «Ce serait tellement cynique de prendre une décision semblable sur cette base-là.»

Lorsque les journalistes lui ont demandé son âge, M. Ouimet a répondu de façon sarcastique : «Je suis trop vieux», avant de préciser qu’il a 58 ans. Mais M. Couillard, qui a 61 ans, soutient que le «renouveau», ce n’est pas basé sur l’âge, mais sur l’idée d’attirer de nouvelles personnes en politique. 

Malaise chez les libéraux

Cette exclusion a créé un malaise palpable chez les libéraux, réunis en conseil des ministres mercredi. Si plusieurs n’ont pas voulu commenter, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée a soutenu que son collègue ne «méritait pas» un tel sort. «Ça fait partie des impondérables de la vie politique. Ça peut m’arriver à moi aussi, ça peut arriver à tout le monde. Il n’y a pas personne qui est à l’abri de ça», a pour sa part commenté le ministre de la Santé Gaétan Barrette.  

«C’est un congédiement et honnêtement, on se demande comment les Québécois vont pouvoir faire confiance à M. Couillard après ça. S’il est pas capable de respecter ses propres engagements envers ses propres députés, ça nous permet de douter de sa parole», a attaqué Simon Jolin-Barrette, député de la Coalition avenir Québec. 

François Ouimet a été vice-président de l’Assemblée nationale au cours des sept dernières années, une fonction qui lui imposait d’éviter la partisanerie. Il a occupé plusieurs fonctions au cours de sa carrière, mais il n’a jamais été ministre.