Conseil de ville du 6 mai 2019

Dérapages sur le thème de la toponymie féminine

Une confusion d’une bonne trentaine de minutes sur le thème de la toponymie a entraîné des débats houleux lundi au conseil municipal de Sherbrooke. Rabrouée par un membre du comité de toponymie pour ses démarches visant à augmenter le nombre de toponymes féminins à Sherbrooke, la conseillère Évelyne Beaudin a tenté d’obtenir un engagement clair pour qu’un plus grand nombre de rues, de parcs ou d’édifices portent le nom d’une femme.

Alors qu’était présentée une résolution qui proposait d’entériner le nom de nouvelles rues, Mme Beaudin a suggéré que le conseil s’engage à adopter le même nombre de toponymes masculins et féminin pour la durée du mandat actuel. Pierre Avard l’a appuyée.

« J’aimerais demander que les procès-verbaux du comité de toponymie soient déposés au conseil municipal. Ce soir, nous adoptons quatre noms d’hommes et un nom de femme. Je vais voter contre, ce qui est tout à fait mon droit. Je ne me fie pas aux belles paroles mais aux résultats du comité qui, depuis le début du mandat, a adopté majoritairement des noms masculins », a commenté Évelyne Beaudin.

Mme Beaudin a donné l’exemple de Laval où, selon elle, 100 % des noms proposés sont féminins pour réaliser une forme de rattrapage. « Est-ce que je remets en question le travail du comité de toponymie? Oui », a-t-elle dit, déplorant qu’un membre dudit comité ait donné une conférence qui se terminait en dénonçant le « harcèlement inutile » du comité.

Certains élus ont demandé à Mme Beaudin de retirer sa proposition, le temps qu’un débat de fond soit mené. Chantal L’Espérance veut entre autres voir les impacts d’un engagement du conseil. « Le fond est louable, mais il faut voir comment on peut le faire. »

« Je souhaiterais que M. [Paul] Gingues (président du comité de toponymie) puisse dresser un portrait de la situation », a ajouté Nicole Bergeron.

Évelyne Beaudin a d’abord refusé de retirer sa proposition, évoquant que la question était abordée depuis 2002 au conseil.

Le maire Steve Lussier a donné raison à ses collègues vivant un inconfort, proposant à nouveau un report du sujet à un prochain conseil.

Pierre Avard a tempéré. « Le débat ne date pas d’hier, mais quand vient le temps de passer à l’action, il y a toujours de bonnes raisons de ne pas agir. Il est difficile de justifier qu’on continue d’ajouter des noms masculins, comme celui de Leonard-Cohen, qui n’a rien fait de particulier pour Sherbrooke. »

Il a néanmoins convenu de retirer son appui à la proposition de Mme Beaudin à condition qu’elle fasse l’objet d’un débat au prochain conseil. La conseillère du district du Carrefour s’est ralliée à cette proposition.

Se sentant attaqué, Paul Gingues a demandé un vote de confiance portant sur son comité. « Je fais des efforts, des recherches et je n’ai pas un sou pour ce comité. Quoi que je fasse, je suis toujours dans une situation perdante. »

Les élus lui ont signifié leur confiance.

Dénigrement

En début de soirée, pendant la période de questions des citoyens, Michel Harnois, membre du comité de toponymie, dénonçait le discours de Mme Beaudin. « Les membres du comité accordent la même importance aux noms féminins qu’aux noms masculins. Il y a un dénigrement constant et gratuit du comité. On prête de fausses intentions misogynes aux quatre membres masculins. »

M. Harnois faisait état de toponymes féminins attribués pour des rues qui tardent à être construites par des promoteurs, comme la rue Rachel-Lussier, qui devrait voir le jour dans le secteur Rock Forest. « Je demande à Mme Beaudin de s’informer avant d’affirmer des choses. »