Des migrants passant la frontière canadienne près de Saint-Bernard-de-Lacolle, en août dernier.

Demandeurs d’asile: Québec a «manqué à ses obligations», juge la CAQ

L’absence de mesures compensatoires pour l’accueil de demandeurs d’asile au Québec dans le budget fédéral déposé mardi est signe que le gouvernement Couillard a «manqué à ses obligations», juge la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le nombre de demandeurs d’asile interceptés à la frontière au Québec en janvier 2018 suit la tendance du mois précédent, selon des chiffres publiés par le gouvernement du Canada, vers lesquels la CAQ a dirigé Le Soleil. Le mois dernier, l’Agence des services frontaliers et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ont traité un total de 2080 demandes d’asile, ce qui représente 52 % du nombre total de demandes d’asile au pays. 

Signe que le nombre de demandeurs ne diminue pas depuis la vague de réfugiés connue à l’été 2017, entre les mois de juin et décembre 2017, le Québec a traité 20 250 demandes, soit plus d’une demande sur deux au Canada.

«Le gouvernement Couillard a manqué à ses obligations parce qu’il n’a pas demandé sa juste part», a réagi la porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration, Nathalie Roy, appelée à commenter ces données. 

Celle-ci montre du doigt le ministre de l’Immigration, David Heurtel, ainsi que le premier ministre, qui n’auraient pas suffisamment fait entendre leur voix à Ottawa, juge-t-elle.

Elle déplore qu’aucune mesure concrète ne soit prévue au budget fédéral pour aider Québec dans sa capacité à accueillir un nombre «effarant» de migrants. «Il n’y a rien pour le logement, l’aide sociale, la santé, l’éducation… Là, la facture, c’est nous qui la payons», a souligné Mme Roy. 

Elle critique aussi l’inaction du gouvernement depuis près d’un an. Durant l’étude des crédits au printemps dernier, se rappelle la députée de Montarville, la CAQ avait questionné la ministre de l’Immigration de l’époque, Kathleen Weil, sur la préparation du gouvernement à faire face à un afflux de demandeurs d’asile. 

«Force est de constater qu’ils n’étaient pas prêts», a défendu la porte-parole. «Le Québec a des obligations internationales. Un État qui se respecte est un État qui respecte ses engagements, a-t-elle ajouté, appelant du même souffle le gouvernement Couillard à talonner le gouvernement fédéral pour que celui-ci assume sa part financière. «Le gouvernement du Québec doit demander l’argent qui lui revient», a martelé la députée. 

Réaction «timide»

Au Parti québécois, la porte-parole en matière d’immigration Catherine Fournier juge «timide» la réaction du ministre Heurtel devant le fédéral. Il y a trois semaines, la députée avait interpellé le ministre en chambre pour lui demander s’il allait refiler à Ottawa la facture des sommes octroyées en aide sociale par Québec aux migrants. 

Mme Fournier rappelle que son parti avait déjà suggéré la suspension de l’entente sur les pays tiers, ce qui permettrait selon elle de réduire le nombre élevé de demandeurs d’asile arrivant à pied au Québec en provenance des États-Unis. 

«Ce qu’il faut savoir, c’est que le chemin le plus facile pour traverser la frontière se trouve au Québec. C’est pour cette raison que près de 60 % des demandeurs d’asile arrivent au Québec. Si on suspendait l’entente, ça permettrait aux demandeurs de se présenter à un poste frontalier situé plus près de leur position», a souligné Mme Fournier. 

Traitement accéléré

La semaine dernière, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CIRS) annonçait devoir renoncer à l’idée de respecter des limites de temps pour tenir les audiences des demandeurs d’asile, faute de ressources. 

«Il faut accélérer le traitement des demandes. J’aimerais savoir s’il y a de l’argent direct qui s’en va au Commissaire», a indiqué Mme Roy. 

Le budget Morneau prévoit à ce titre la somme de 173,2 millions $ pour soutenir les opérations de sécurité à la frontière et le traitement des demandes d’asile présentées par des personnes arrivant en 2018-2019. Le financement servirait notamment à «soutenir la capacité décisionnelle de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié», lit-on dans le volumineux document. 

«Nous sommes en train de déterminer les détails du financement», s’est limité à dire la relationniste de la CISR. Cette dernière a confirmé que la Commission avait reçu du financement du fédéral, mais elle ne pouvait préciser la manière dont l’argent sera distribué, ni si le fond permettra concrètement d’accélérer le traitement des demandes. 

Rappelons que la CISR a reçu plus de 47 000 demandes d’asile en 2017, un nombre record attribuable entre autres à la vague de migrants provenant des États-Unis.