La ministre Ginette Petitpas Taylor n'a pas voulu se prononcer sur ce qui se transforme en épineux point de litige : la culture du cannabis à domicile.

Culture de cannabis: Ottawa ne veut pas de «chicane» avec Québec

OTTAWA — Le torchon brûle entre Ottawa et Québec sur la question de la culture du cannabis à domicile, et ce, même si la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a plaidé vendredi que le gouvernement fédéral ne veut pas chercher noise au gouvernement québécois.

«Je ne suis pas ici pour commencer une chicane avec le Québec. Je surveille de près le projet de loi qui est devant l'Assemblée [nationale], et puis j'ai bien hâte de voir les détails», a-t-elle soutenu lors d'une brève mêlée de presse à l'entrée de la période des questions.

La réplique du premier ministre Philippe Couillard est venue quelques heures plus tard, depuis Montréal. «Si elle ne veut pas de chicane, ben qu'elle nous laisse administrer ça comme on le pense et comme la population nous a demandé de le faire», a-t-il riposté.

Il n'a pas voulu dire jusqu'où son gouvernement était prêt à aller pour défendre son projet de loi 157, qui interdirait la culture de cannabis à domicile. Le projet de loi fédéral C-45, lui, permet de faire pousser jusqu'à quatre plants par ménage.

«C'est trop tôt pour le dire, voyons voir ce qui sera fait», a indiqué le premier ministre Couillard en notant que du côté du Sénat, où le projet de loi est actuellement à l'étude, on semble pencher du bord du Québec sur cette question.

À Ottawa, si la ministre Petitpas Taylor n'a pas voulu se prononcer sur ce qui se transforme en épineux point de litige, certains de ses collègues ont repris à leur compte la position exprimée la veille par le premier ministre Justin Trudeau, soit que le la loi fédérale aura préséance.

Ce fut notamment le cas du ministre Jean-Yves Duclos. «La culture à domicile est une question de production de cannabis, et la production relève de la compétence du gouvernement fédéral», a-t-il déclaré en mêlée de presse.

Trudeau «ne fait qu'à sa tête»

Son patron avait affiché la veille une fermeté qui a ulcéré Québec.

«L'approche qu'on a préconisée et qu'on met de l'avant dans la loi fédérale, c'est la bonne, et c'est celle-ci qu'on va s'attendre à ce que les gens suivent», avait balancé Justin Trudeau en conférence de presse avec le premier ministre portugais António Costa, en visite au Canada.

La députée québécoise Monique Pauzé y a vu une nouvelle démonstration du fait que le premier ministre «n'écoute rien, n'écoute pas» et «ne fait qu'à sa tête». Il «répond toujours c'est nous qui décidons», a-t-elle pesté en mêlée de presse au parlement, vendredi.

Justin Trudeau a tenu ces propos alors que le gouvernement québécois avait récemment fait des représentations pour faire valoir qu'il est dans son champ de compétence de légiférer sur la question de la production de cannabis récréatif à domicile.

C'est le ministre Jean-Marc Fournier qui avait été dépêché à Ottawa pour étayer la position du Québec devant le comité sénatorial des affaires juridiques et constitutionnelles, qui s'est rendu à ses arguments.

Le comité a recommandé unanimement dans un rapport déposé mardi de clarifier, dans le projet de loi fédéral C-45, que les provinces qui veulent interdire de faire pousser du cannabis à la maison, comme le Québec et le Manitoba, peuvent le faire.

Cette recommandation, qui n'est pas un amendement formel, a été identifiée comme «une priorité», a noté un peu plus tôt cette semaine la sénatrice indépendante Renée Dupuis, membre du comité sénatorial.