Un panel sur le système santé a réuni jeudi midi à l’Université de Sherbrooke, de gauche à droite: Guillaume Rousseau, professeur de droit à l’UdeS, Régine Laurent, ancienne présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, et Joseph Facal, ancien ministre et professeur titulaire à HEC Montréal.

Crise en santé : «Où est l’intérêt du patient ?» clame Facal

L’ex-ministre Joseph Facal est d’avis que le système de santé québécois est soumis à des groupes de pression « extrêmement puissants » qui ne font que défendre leurs intérêts au détriment des patients. Il est urgent, selon lui, que le rapport de forces qui s’exerce entre ces groupes de pression et le gouvernement depuis maintenant des décennies donne lieu à un consensus plutôt qu’à des affrontements.

Aujourd’hui professeur titulaire à HEC Montréal, M. Facal était l’un des trois conférenciers invités à se prononcer sur l’état du système de santé québécois dans le cadre d’une conférence tenue jeudi midi à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Sherbrooke.

Ancien président du Conseil du trésor dans le cabinet de Bernard Landry, M. Facal se spécialise dans l’analyse des politiques publiques.

Or, comme dans tous les pays occidentaux, le vieillissement de la population exerce déjà des pressions considérables sur le système de santé québécois, constate M. Facal. Or, dans un tel contexte, comment peut-on rendre le système plus efficace?

« Dans le cas du Québec, ce qui me frappe, c’est comment les débats qui nous hantent au quotidien, à savoir les soins de première ligne, l’engorgement des urgences, le pouvoir exorbitant des médecins, etc., sont des problèmes qui n’ont rien de nouveau. Tous les 10 ans, on fait une commission d’enquête et lorsqu’on lit les rapports, ce sont les mêmes constats qui reviennent : il y a dans notre système une inertie considérable. »

D’où vient cette inertie?

« Le sentiment que j’ai, c’est que l’idéal de service public a été un peu mis de côté, ce qui fait qu’aujourd’hui on vit une situation de blocage où des groupes d’intérêt extrêmement puissants défendent d’abord leur intérêt. Et le patient n’est pas celui qui passe en premier », déplore l’ex-ministre péquiste.

Il est normal, jusqu’à un certain point, qu’un groupe d’intérêts défende ses intérêts. Mais il ne faut pas que tout se réduise à une épreuve de force politique pour se partager des ressources rares. Il faut aussi que les professionnels collaborent, dialoguent, qu’un certain nombre d’arbitrages soit fait. Tout ne peut pas être organisé selon le bon vouloir d’un ministre à Québec ou selon le bon vouloir du groupe le plus puissant de tous : les médecins. Un moment donné il faut retrouver une certaine capacité de dialogue. Et il faut surtout retrouver un mot qu’on a peut-être oublié au Québec : consensus », a souhaité l’ancien député de Fabre à l’Assemblée nationale.

Pour sa part, l’ex-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, a déploré le fait qu’il a fallu en arriver à une situation de crise avant que le gouvernement ne réalise que le ratio infirmière-patients était humainement impossible à gérer.

« Avant qu’on soit capable d’instaurer des ratios au Québec, on a vu en CHSLD des ratios d’une infirmière pour 175 patients. En médecine-chirurgie, on pouvait avoir 48 patients. On est incapable de soigner dans de telles conditions. Il y a des conséquences, malheureusement, pour les patients, quand on n’est pas capable de soigner de façon sécuritaire. Pour moi, il y aura un avant et un après l’instauration de ces ratios au Québec pour les patients », a résumé celle qui est aujourd’hui analyste au réseau TVA.

Enfin, le professeur de droit Guillaume Rousseau s’est pour sa part penché sur l’entente controversée entre le gouvernement Couillard et les médecins spécialistes. Selon M. Rousseau, qui est candidat du Parti québécois dans Sherbrooke en prévision des élections d’octobre, le gouvernement québécois pourrait annuler l’entente afin de rediriger une partie ou la totalité des sommes prévues vers d’autres secteurs du système de santé.

Pour ce faire, le gouvernement devrait invoquer la clause dérogatoire, comme il l’a fait en 1982 pour mettre fin à une grève des médecins.

« C’est tout à fait possible sur le plan juridique. Par contre, sur le plan politique, il y a toute une question de courage et de volonté, mais sur le plan juridique, c’est tout à fait possible », a-t-il déclaré après avoir répertorié plus d’une centaine de causes ayant eu recours à la clause dérogatoire, dont 54 à des fins de justice sociale. « Il y a vraiment beaucoup de précédents », a conclu le professeur de droit de l’UdeS.