Joël Arseneau est député du Parti québécois dans la circonscription des Îles-de-la-Madeleine.

COVID-19: Les députés travaillent d’arrache-pied pour répondre aux besoins

«Il n’y a plus d’histoires de partis, de partisanerie, ça n’existe plus.» C’est dans ces termes que le député caquiste de Vachon, Ian Lafrenière, décrit l’expérience vécue par les élus, qui sont de plus en plus appelés à se serrer les coudes et faire preuve de débrouillardise pour aider la population en temps de pandémie. Ils rassurent, trouvent des solutions, réunissent des familles, et ce, aux quatre coins du Québec. Tour d’horizon.

Joël Arseneau, Parti québécois, Îles-de-la-Madeleine

Le député commence sa journée à 6h et ne sait jamais quand elle se terminera. C’est que les enjeux aux Îles-de-la-Madeleine - qui comptent désormais trois cas confirmés de coronavirus - sont énormes. Comment assurer la livraison de médicaments quand Air Canada a suspendu ses vols? Comment respecter les distances dans un bateau de pêche? Y aura-t-il une saison touristique? Comment rapatrier des Madelinots coincés au Maroc, aux Philippines, au Salvador? Et se coordonner avec l’Île-du-Prince-Édouard pour assurer leur droit de passage?

«On a tous les enjeux gouvernementaux concentrés dans un microcosme social insulaire», déclare en entrevue M. Arseneau, qui est porte-parole du PQ en matière de santé, de transports, des pêcheries et des affaires internationales.

Il raconte avoir développé des liens presque familiaux avec les gens de son comté. «La personne qui était prise au Maroc voulait partir de Marrakech, on voulait qu’elle se rende à Casablanca. Quand tout ça a été réglé, elle me dit: «Je suis pognée à Montréal. Il n’y a plus de vols pour les Îles!» Il y a ce double rapatriement. J’ai joué le rôle d’agent de voyages», a-t-il relaté, le sourire dans la voix.

Ian Lafrenière, Coalition avenir Québec, Vachon

Père de deux filles âgées de 10 et 12 ans, Ian Lafrenière s’est placé en isolement volontaire début mars après un voyage à New York. «Tout le monde est en santé, on a pris ça très au sérieux», dit-il au bout du fil. Dans son comté de la Rive-Sud de Montréal, les entreprises se demandent si elles sont un service essentiel, les restaurants se réinventent et des personnes vulnérables tiennent à être rassurées quant au va-et-vient dans leur habitation à loyer modique (HLM). «On devient des facilitateurs pour eux, dit-il. C’est juste devenu exposant 100, parce que ça n’a pas d’allure la quantité de demandes qu’on reçoit et il faut les traiter vite.»

Ses 26 ans comme policier lui ont appris à rester calme. Des gens écrivent pour dire: «Mon entreprise a une perte, c’est l’État qui a fait fermer ça, ça n’a pas d’allure!» S’il s’assure de répondre personnellement à chaque citoyen, il dit aussi apprécier l’«auto-régulation» sur les réseaux sociaux. «D’autres citoyens embarquent pour dire: «Attends un peu, là»». Sans encourager la dénonciation citoyenne, cet ancien policier croit néanmoins à la «pression sociale», qu’il définit comme le fait de «poser beaucoup de questions», ce qui est positif, d’après lui. «C’est ensemble qu’on réfléchit, qu’on se creuse la tête.»

Marwah Rizqy, Parti libéral du Québec, Saint-Laurent

Se décrivant comme «hyperactive», la députée libérale semble gérer tout à la fois. «Les demandes entrent de partout: téléphone, courriel, Messenger, ma page officielle, ma page perso, même Instagram.» Cas consulaires, commandes pour les aînés, appels aux lieux de culte, jamais n’a-t-elle eu autant de dossiers à coordonner avec les autres élus du municipal et du fédéral. Le travail de député, selon elle, s’est intensifié. «Dans Saint-Laurent, on reçoit énormément de nouveaux arrivants. On a besoin de bénévoles, parce que ceux qui ont besoin d’une allocation pour enfants, bien ça va prendre quand même une déclaration de revenus, au moins une pour y avoir droit. Je suis fiscaliste, j’en fais quelques-unes!»

«On n’a pas le choix d’opérer, on est en mode urgence, poursuit-elle. Si on ne répond pas rapidement, il peut y avoir de l’incertitude. Le niveau de stress des gens est à son maximum, alors c’est à nous de vraiment tout faire pour qu’ils comprennent qu’ils sont pris en charge.»

Ruba Ghazal, Québec solidaire, Mercier

Pour Mme Ghazal également, il est clair que le député a un rôle important à jouer en temps de crise. «Le citoyen ne peut pas prendre le téléphone et appeler le ministre; moi, je peux le faire», a-t-elle déclaré de son domicile où elle prend en note les questions de plusieurs travailleurs autonomes, tels que les artistes et les chauffeurs de taxi. «Ce qui est drôle, maintenant que j’y réfléchis, c’est qu’il y a des gens qui ont l’impression qu’on fait partie du gouvernement, même si on est dans l’opposition, parce que ce n’est plus les lignes de partis, on n’est plus en train de dire: «Mon dieu, le gouvernement a pris telle ou telle décision». On n’est plus là-dedans.» La crise du coronavirus pourrait contribuer à changer des comportements à l’avenir, selon elle.