Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en Chine, mardi

Couillard critique le plan caquiste pour la taxe scolaire

HANGZHOU — La Coalition avenir Québec (CAQ) est un parti «brouillon» et «dépensier», s'est insurgé le premier ministre et chef du Parti libéral du Québec (PLQ) Philippe Couillard, mercredi.

Au quatrième jour de sa mission en Chine, et alors qu'il entame une année électorale, M. Couillard a sévèrement critiqué l'idée de la CAQ de s'attaquer aux «iniquités» de la taxe scolaire, en imposant un taux fixe dans toutes les régions du Québec. Un gouvernement de la CAQ compenserait le manque à gagner pour que les écoles conservent leurs services.

Le chef péquiste Jean-François Lisée s'en est aussi donné à coeur joie mercredi en critiquant son adversaire caquiste.

La CAQ a présenté cette proposition en réaction à un projet de loi du gouvernement qui vise à établir un taux uniforme de taxation, mais à l'intérieur des régions.

Le chef de la CAQ, François Legault, a exposé son plan mardi à Sainte-Adèle. Il prévoit que cette mesure coûterait 700 millions $ de plus que le projet de loi du gouvernement Couillard, chiffré à 670 millions $, pour un total de 1,3 milliard $.

Cette proposition a fait bondir le premier ministre. «Ce que M. Legault a annoncé, c'est des coupes de 700 millions $, a-t-il résumé, alors qu'il se trouvait à Hangzhou, en Chine. Nous, on n'a rien coupé en éducation; on a augmenté moins vite que les gens auraient voulu, mais on n'a rien coupé.»

«Lui, il annonce des coupes de 700 millions $ dans l'enseignement. En même temps, il dit qu'il veut développer la maternelle quatre ans tout de suite pour tous les enfants du Québec, ça ne marche pas. C'est au minimum 700 millions $ de plus que le coût de ce qu'on a proposé, qui est une solution qui est bonne, qui est équilibrée. Il est allé très rapidement dans ses chiffres», a renchéri le premier ministre.

Selon lui, M. Legault doit expliquer aux Québécois où il prendra l'argent. «La CAQ, c'est un parti brouillon, un parti qui ne prépare pas ses dossiers, qui ne les analyse pas correctement», a-t-il martelé. «Les additions et les soustractions sont des opérations mathématiques très simples», a ajouté M. Couillard.

Lisée renchérit

De son côté, le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, a pour une rare fois joint sa voix aux critiques de M. Couillard.

À Shawinigan où il est réuni avec ses députés pour préparer la rentrée parlementaire, le chef péquiste a soutenu qu'il faut dire la vérité aux Québécois, en traitant les caquistes de charlatans.

«C'est irresponsable de dire comme les libéraux et la CAQ qu'on peut réduire de 1,4 milliard $ les revenus sans impact sur les services. Il ne faut pas prendre les Québécois pour des valises. Tu ne peux pas avoir des baisses d'impôts et avoir les mêmes services, ça ne se peut pas, ceux qui disent ça sont des charlatans.»

Selon M. Lisée, M. Legault ne peut même pas financer la baisse de taxes qu'il promet, car cet argent n'existe pas : le surplus de plus de 2 milliards $ des libéraux est déjà dépensé, a-t-il plaidé.

M. Legault a affirmé mardi qu'il n'était pas question de couper en éducation, «au contraire», en soulignant que le gouvernement a actuellement un surplus de 2,5 milliards $.

Selon le plan de la CAQ, les citoyens de la Mauricie, de Saguenay et du Nord-du-Québec économiseraient plus de 500 $.

La CAQ a aussi réitéré, en début d'année, son intention de se débarrasser des commissions scolaires.

La CAQ et les libéraux sont au coude-à-coude dans les sondages en cette année électorale. Le Parti québécois (PQ) est en troisième position, suivi de Québec solidaire (QS).

Proulx réagit

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, s'est dit fort surpris de voir que la CAQ, pour bien marquer le début de l'année, ne parle pas de services aux élèves mais plutôt de changements de «structures».

«Je ne pense pas que c'est la priorité», a-t-il dit lors d'un événement à Montréal.

Toute la question de l'abolition des commissions scolaires n'est qu'un «maquillage» de celles-ci en «centre de services», s'est insurgé le ministre. Il a fait valoir que les «centres de services» vont coûter de l'argent eux aussi.

Quant au projet de loi caquiste sur la taxe scolaire, il l'a qualifié de «patente de voisins», qui fait suite au projet gouvernemental.

«Ça me fait un peu penser à quelqu'un qui dit : mon cabanon est plus gros que le tien.»

Il estime de plus qu'un taux de taxes scolaires identique partout dans la province ne tient pas la route.

«Dire aux gens que dans chacune des régions du Québec les coûts sont les mêmes, que la façon d'administrer est la même, que les coûts d'administration sont les mêmes, c'est complètement faux», a-t-il dit.

Le transport scolaire sur la Côte-Nord ne coûte pas la même chose qu'à Montréal, donne-t-il en guise d'exemple. Et puis l'administration d'une commission scolaire dont le territoire est celui de la Belgique n'est pas la même qu'une autre de taille plus modeste, lance-t-il pour justifier la proposition gouvernementale.

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LE PQ «EN AURA PLEIN LES BRAS» AVEC PKP

Le Parti québécois (PQ) «en aura plein les bras» si le magnat de la presse Pierre Karl Péladeau décide de porter les couleurs du parti aux prochaines élections, a estimé M. Couillard.

Ce serait un retour en politique pour le grand patron de Québecor, qui a démissionné comme chef du PQ en mai 2016 pour des raisons familiales.

Au cours d’une émission de radio à Radio-Canada mardi matin, M. Péladeau a déclaré qu’il était «en réserve de la République» et que sa fille l’avait incité à retourner en politique.

L’actuel chef du PQ, Jean-François Lisée, avait plus tard affirmé qu’il voyait d’un bon oeil la possible venue de PKP dans son équipe. «La porte est grande ouverte», a-t-il dit.

De la Chine où il réagissait à la nouvelle, M. Couillard a ressorti une vieille ligne d’attaque. «Je pense que le Parti québécois en aura plein les bras. Ce n’est quand même pas anodin que le patron de l’organisation de médias qui est la plus répandue au Québec soit également un adversaire politique déclaré ou un partisan politique réactif, a-t-il déclaré. Il n’y a pas beaucoup d’exemples comme ça. Moi je pense que ça suscite des enjeux, et c’est à la société d’en discuter et à lui également d’en discuter.

«Le rôle combiné d’être propriétaire d’un groupe de presse et un acteur politique actif et partisan est quelque chose de très, très sensible, pas juste chez nous, ça le serait partout au monde», a-t-il ajouté.

Quand il était à la tête du PQ, le patron de Québecor n’avait pas confié ses actions dans son empire à une véritable fiducie sans droit de regard, puisqu’il refusait que le fiduciaire puisse décider de vendre ses actions.

Le jurisconsulte Claude Bisson estimait qu’un élu s’exposait à un conflit d’intérêts s’il interdisait au fiduciaire la vente de ses actifs.

«Là-dedans il y a un matériel immense pour Les Ex, La Joute, les analystes politiques, c’est formidable, a poursuivi M. Couillard. Lorsqu’il fera son annonce, s’il la fait, on en reparlera.»