Le projet de loi 128 sur l’encadrement des chiens dangereux ne fait pas l’unanimité chez les Québécois, reconnaissent à la fois le ministre Coiteux et les représentants des partis d’opposition.

Chiens dangereux: une loi «polarisante», croit le ministre Coiteux

Tous les partis à l’Assemblée nationale s’entendent pour dire que Québec doit agir sur la questions des chiens dangereux. Or, ni le gouvernement, ni l’opposition ne portent des «lunettes roses», comme l’a illustré le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux : le projet de loi sur l’encadrement des chiens dangereux est «polarisant».

Plusieurs témoins ont été entendus mardi à l’occasion du premier jour des consultations publiques, dont Lise Vadnais, la soeur de Christiane Vadnais, décédée à Montréal des suites d’une violente attaque par un chien pitbull en 2016.

«Nous ce qu’on veut, c’est que la désinformation, on n’en veut plus. On veut vraiment dire, avec des recherches à l’appui, ce qu’on connaît du pitbull et prouver sa dangerosité», a dit Mme Vadnais avant sa présentation. 

Entourée de plusieurs membres de sa famille, celle-ci a dit vouloir aborder un à un les arguments du «lobby pro-pitbulls» et les «déboulonner» l’un après l’autre. 

Dans son témoignage servi avec «aplomb», selon M. Coiteux, la famille Vadnais a lancé un appel au ministre ainsi qu’aux partis de l’opposition à l’effet de laisser la politique de côté et de constater qu’il s’agit d’une «question de sécurité publique». «Nous allons vous faire la démonstration de la dangerosité du pitbull», a débuté Lise Vadnais lors de son audition, après avoir rendu hommage à la mémoire de sa soeur. 

«Le gouvernement a un rôle à jouer et c’est aujourd’hui qu’il faut qu’il le joue. Qu’il parle au nom de la province, au nom de la sécurité publique, et qu’à un moment donné, c’est assez, il faut que le gouvernement tranche et adopte le projet de loi», a-t-elle dit en marge de la consultation. 

Consensus difficile

«Ce n’est pas un projet de loi qui est accueilli de la même façon unanimement par tous les Québécois. C’est un projet de loi qui est polarisant, on le sait. On ne va pas se cacher, on ne va pas se mettre des lunettes roses là-dessus», a commenté le ministre Coiteux plus tôt mardi. M. Coiteux a indiqué son désir de trouver un «point de ralliement» entre les points de vue divergents. 

Les députés Stéphane Bergeron, du Parti québécois, et Sylvie D’Amours, de la Coalition avenir Québec, ont eu aussi souligné la division suscitée par le projet de loi. «Je veux absolument qu’on arrive à une solution, et la meilleure solution. Le ministre aura ma meilleure collaboration», a assuré cette dernière en début d’audition. 

En plus de Mme Vadnais, la Fédération québécoise des municipalités, l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, la Ville de Laval et la National Pit Bull Victim Awareness ont fait entendre leur point de vue.

L’Ordre des médecins vétérinaires a fait valoir que le projet de loi n’allait pas assez loin. Sa présidente, la Dr Caroline Kilsdonk, a plaidé en faveur d’un meilleur contrôle des élevages canins, de la création d’un registre national des animaux de compagnie et d’une campagne de sensibilisation du public. «Les mesures d’encadrement seules n’assureront pas la sécurité des personnes», a défendu Mme Kilsdonk. 

Le projet de loi 128 prévoit que les municipalités du Québec soient responsables de l’application de la loi et des règlements. Il accorde également au gouvernement le pouvoir d’interdire tout chien qui est réputé potentiellement dangereux, et oblige les vétérinaires à communiquer aux autorités tout animal qui aurait infligé des blessures à un individu. 

Le projet de loi identifie certains types de chiens jugés potentiellement dangereux, notamment les pitbulls, les terriers américains du Staffordshire et les rottweilers.