Budget 2020: des sommes pour les femmes, les enfants et les autochtones

Féminicides et violence conjugale, DPJ ou soulèvement autochtone : le Québec s’est indigné à plusieurs reprises dans les derniers mois. Tous ces sujets qui ont accaparé les médias se sont taillé une place dans le nouveau budget de la Coalition avenir Québec. 

Le gouvernement a entendu, et a réagi pour «répondre aux besoins des citoyens», dit-il. Les montants annoncés semblent satisfaisants, «un pas en avant» pour la plupart, mais plusieurs questions demeurent concernant les façons dont les sommes seront dépensées. 

Violence conjugale

Marylène Lévesque, tuée par Eustachio Gallese au mois de janvier, n’était pas la première victime d’un féminicide. Trop de femmes avant elles ont fait monter les statistiques. Le gouvernement souhaite accompagner davantage les femmes victimes de violence conjugale, afin d’éviter le pire. 

Des sommes additionnelles de 181 millions $ d’ici 2024-2025 seront versées afin de bonifier le Plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale. Ce montant s’ajoute à 86 millions $ déjà déployé par le ministère de la Condition féminine d’Isabelle Charest.

Notamment, les maisons d’hébergement dénonçaient un manque criant de places, la sécurité de plusieurs femmes se voyant menacée. 

«Une chose est sûre, dans le plan d’action qu’on avait, 30 millions $ étaient prévus pour les maisons d’hébergement, c’est maintenu et on ajoute 126 millions $ sur cinq ans», assure la ministre Charest.

«La difficulté, c’est comment on va engager ces sommes-là. Oui, ça va être un défi de les déployer. Même si on parle de nouvelles places, on ne peut pas les faire apparaître dans l’an 1. Dans la première année, on va sécuriser les ressources. La priorité est de travailler de concert avec les différents regroupements.» 

Les places ne s’ajouteront pas par magie, rappelle Mme Charest, beaucoup de discussions devront être tenues afin de bien utiliser les sous versés, comme les régions qui auront priorité dans l’ajout de places. 

Si Manon Massé se réjouit des fonds investis, elle n’entend rien pour l’aspect de prévention, l’aspect juridique ou celui de formation.

«Les drames, mais surtout la mobilisation des groupes ont fait réagir. Je crois que ce gouvernement-là gère à la crise, sauf pour la crise climatique. Il faut protéger les femmes avant qu’elles soient rendues à l’étape de subir de la violence, pas quand il est trop tard. Et je répète, c’est pour six ans les fonds, ça peut changer l’an prochain», commente la porte-parole de Québec Solidaire. 

Protéger chaque enfant 

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) accueille favorablement le montant alloué dans son secteur. «Les sujets sont revenus sur la table», note la présidente de l’APTS, Andrée Poirier.

Cependant, les investissements à la protection de la jeunesse n’atteignent pas les besoins évalués à 270 millions $. Seulement 450 millions $ en cinq ans seront déployés afin d’ajouter des effectifs et réduire la liste d’attente à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

«Si on ne modifie pas les conditions de travail, on ne les gardera pas ces nouveaux effectifs. On ne voit rien dans le budget pour les conditions», martèle Mme Poirier.

Même que la présidente de l’APTS note des surplus budgétaires dans le secteur des salaires, parce que des postes ne sont jamais pourvus. D’ailleurs, l’Estrie (sa DPJ a été mise sous tutelle la semaine dernière) et la Côte-Nord sont parmi les régions les plus en manque d’intervenants. 

Le Québec a beaucoup parlé de la fillette de Granby, mais avant, le bébé de 10 mois décédé après un mauvais traitement des parents à Saguenay avait fait les manchettes. L’événement avait déclenché des conversations à l’intérieur de la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

«Ça prend de la pression pour les faire agir. On est toujours dans les réactions, on attend un drame et on réalise qu’il faut investir. On a besoin d’outils pour les intervenants», indique Mme Poirier.

Bien-être des autochtones

Avec les blocages ferroviaires dans l’affaire de gazoduc, les peuples autochtones se sont retrouvés sous les projecteurs au cours des dernières semaines. 

Pour donner suite aux constats de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, et aussi de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, le gouvernement débloque une enveloppe de 200 millions $ sur cinq ans. L’objectif est de définir les priorités en concertation avec les communautés. 

«Ils veulent décider où leurs fonds vont aller, nous n’avons pas précisé les champs d’investissement par respect», a mentionné le ministre des Finances Éric Girard, concernant le manque de précision sur les directions du montant versé. 

«Mes derniers entretiens avec les différents représentants me laissent croire que l’argent dans le budget ne répondra pas au grand fossé qui nous sépare des besoins des Premières Nations. C’est un pas en avant, mais pas assez grand», réagit la solidaire Manon Massé.


À lire aussi: Un budget vert pâle 

À lire aussi: la chronique de Brigitte Breton: Un budget Zamboni

À lire aussi Budget 2020: sous le radar

À lire aussi: Budget 2020: à la défense de la culture québécoise