Philippe Couillard

Bilan 2017: Les trois chefs se préparent à jouer leur avenir politique

QUÉBEC - Personne ne peut prédire avec certitude le résultat du prochain scrutin, le soir du 1er octobre, mais on peut prédire sans trop se tromper qu'au moins un, voire deux, des trois chefs de parti actuels va tirer sa révérence.

Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault joueront leur avenir politique dans les prochains mois, ce qui annonce un renouveau du paysage politique.
Pour une rare fois, la date du prochain référendum sur la souveraineté ne figurera pas parmi les enjeux de la campagne électorale, le Parti québécois (PQ) ayant repoussé l'échéance.
Cette question réglée, quel sera l'enjeu dominant du prochain scrutin?
Il y a fort à parier qu'on entendra beaucoup parler du bien-être des jeunes familles, une clientèle qui sera très sollicitée dans les mois qui viennent.
«Bébé bonus», congés payés supplémentaires, crédits d'impôts aux parents, services de garde plus flexibles... Les partis rivaliseront de promesses pour séduire cet électorat.
Pourquoi lui en particulier? On calcule que les jeunes couples avec enfants s'installent massivement en banlieue, dans le fameux «450», la grande ceinture qui encercle Montréal, devenue une zone clé pour faire ou défaire le gouvernement.
Entre les chefs de parti, la lutte pour le vote des jeunes couples, mais aussi bien sûr des autres électeurs, s'annonce féroce.
Quelles seront les forces et faiblesses de chacun des chefs, à la ligne de départ?


Philippe Couillard:
Après une série de crises et de cafouillages (notamment les centaines d'automobilistes coincés sur l'autoroute 13, la campagne électorale chaotique dans Louis-Hébert, la consultation avortée sur le «racisme systémique», la confusion autour du visage découvert ou non dans les autobus en vertu de la loi 62), le premier ministre commençait à être contesté au sein même de ses troupes. Il devait faire quelque chose, surtout à l'approche des prochaines élections, alors que les sondages sont défavorables.
Le remaniement tant attendu, et plusieurs fois repoussé, a finalement eu lieu en octobre. Sauf que le jeu de chaises musicales, qui devait donner un second souffle au gouvernement, lui accoler une image de renouveau et de jeunesse, a été accueilli assez froidement par les observateurs de la scène politique.
Le besoin de changement en haut lieu a aussi affecté la garde rapprochée du premier ministre. Un nouveau directeur de cabinet, Jean-Pascal Bernier, s'est installé et a procédé à plusieurs changements dans l'équipe et l'organisation: restructuration des communications, meilleure coordination des annonces, plus grande centralisation de l'activité gouvernementale autour du chef qui rend publics lui-même politiques et plans d'action.
On cherche aussi, de toute évidence, à adoucir l'image du chef. Chroniqueurs et observateurs de la scène politique avaient pris l'habitude de qualifier le chef libéral d'homme froid, cérébral, peu doué pour le contact humain, voire dénué d'instinct politique.
On s'affaire en haut lieu à le présenter sous des traits plus amènes de grand-papa rassurant, du bon docteur à l'écoute, empathique. Récemment, lors de la présentation du plan de lutte contre la pauvreté, les caméras le montraient bienveillant, en train de conforter un homme handicapé en fauteuil roulant.
Malgré toutes ces initiatives, s'il perd le pouvoir, on voit mal comment il pourrait rester à la tête de son parti.
Forces:
Il dirige un gouvernement associé à une économie prospère, une bonne cote de crédit, des finances publiques en ordre, un taux de chômage faible proche du plein-emploi, des surplus dans les coffres à distribuer.
Faiblesses:
L'économie du Québec est tellement liée à celle des États-Unis que les négociations en cours sur l'ALÉNA et le bois d'oeuvre pourraient faire mal en 2018. Le procès de Nathalie Normandeau et un possible dénouement de l'enquête Mâchurer sur le financement passé du Parti libéral du Québec pourraient ternir, par ricochet, la réputation du gouvernement actuel.
Défi:
Faire oublier trois ans de compressions budgétaires aux allures d'austérité qui ont diminué les services directs à la population.

François Legault

François Legault:
Pour la première fois de son histoire, débutée en 2011, et deux échecs électoraux, la CAQ de François Legault peut enfin prétendre au pouvoir, les derniers sondages la plaçant en première position, devant les libéraux.
Depuis sa victoire spectaculaire en octobre dans Louis-Hébert, jusque-là une forteresse libérale, la CAQ a le vent dans les voiles.
Mais s'il ne réussit pas cette fois-ci, à sa troisième tentative, à former le prochain gouvernement, il serait étonnant de voir François Legault poursuivre sa carrière politique. En 2014, lors d'une entrevue télévisée, le chef caquiste, reconnu pour être un homme pressé, avait dit clairement que si la population ne lui faisait pas confiance en 2018 il aurait compris le message et réorienterait sa carrière. Voyant le tollé qui avait suivi dans ses rangs, M. Legault s'était cependant ravisé et avait dit qu'il resterait.
Or, on peut douter que M. Legault, qui aura 61 ans en 2018, continuera le combat après trois défaites d'affilée.
D'ici là, au cours des prochains mois, en raison de sa position de tête, c'est vers M. Legault que seront dirigées toutes les flèches des adversaires.
Il devra s'affairer à ne pas leur donner de munitions, lui qui passe aux yeux de ses opposants pour quelqu'un réputé changer d'idée comme il change de chemise ou encore à défendre des idées discutables.
Lui qui se fait le champion des baisses d'impôts, il en a surpris plus d'un en affirmant qu'il était prêt à augmenter le fardeau fiscal des mieux nantis, avant de reculer à la suite du tollé soulevé par ses déclarations.
Même scénario quand il a évoqué l'idée de démolir le pont de Québec. Devant le tollé, il a reculé.
Sa position favorisant la construction de nouveaux barrages hydroélectriques pour vendre des surplus de production à l'Ontario avait laissé bien des gens perplexes. L'Ontario a déjà des surplus d'électricité.
Ses positions sur l'immigration (baisse importante des seuils, test de valeurs et possible expulsion en cas d'échec, révision à la baisse de l'importance de connaître le français à l'arrivée) risquent aussi de semer la controverse d'ici le jour du scrutin.
Forces:
La CAQ a le momentum, jouit présentement de la faveur populaire, incarne l'idée du changement. M. Legault est en bonne position pour recruter des candidats de prestige.
Faiblesses:
À part le chef, personne à la CAQ n'a jamais gouverné. Le parti devra étayer ses positions et les maintenir.
Défis:
Maintenir la première place jusqu'au 1er octobre. Former une équipe jugée apte à prendre le pouvoir.

Jean-François Lisée

Jean-François Lisée:
Périodiquement, depuis des années, des observateurs annoncent la mort du Parti québécois (PQ), qui finit toujours par rebondir, malgré les prophètes de malheur.
Réussira-t-il une fois de plus à remonter la pente en octobre 2018?
Avec seulement autour de 20 pour cent d'appui, d'après les derniers sondages, le parti de Jean-François Lisée est certainement en fort mauvaise posture.
Et le temps commence à manquer. Mais en politique, parfois, le vent tourne, et il reste encore neuf mois avant de faire sa croix.
Cette énième déconvenue du PQ survient au moment où son chef a pourtant la confiance de son caucus, de sa base militante (93 pour cent d'appui lors du dernier congrès), et alors qu'il a réussi sans provoquer de crise interne à aplanir les aspérités du programme, incluant sur la délicate question linguistique.
Si on exclut la brève parenthèse de la fin de 2012 au printemps 2014, le PQ est dans l'opposition depuis 2003 et trépigne d'impatience de reprendre le pouvoir.
Si Jean-François Lisée ne répond pas aux attentes, on peut se demander combien de temps il pourra rester chef du parti, qui l'a élu en octobre 2016. Car depuis, la lune de miel a tourné vite au cauchemar: le PQ a perdu environ 10 points dans les intentions de vote.
Durant la campagne de 2014, l'ancienne chef Pauline Marois avait dû jour après jour, à son corps défendant, esquiver tant bien que mal les questions sur la date du prochain référendum, un enjeu controversé qui a condamné le PQ à retourner sur les banquettes de l'opposition.
M. Lisée a choisi de ne pas porter ce boulet aux prochaines élections, en excluant d'emblée la tenue d'un référendum lors d'un premier mandat péquiste. Sauf que, si on se fie aux résultats des sondages, certains souverainistes semblent se demander pourquoi voter PQ si le processus d'accession à la souveraineté est remis aux calendes grecques.
Forces:
Le chef a l'appui des membres du parti et de son caucus. Il a façonné le programme du PQ à son image. Il performe bien à l'Assemblée nationale. Son parti a l'expérience du pouvoir.
Faiblesses:
Les électeurs ne voient pas en lui le futur premier ministre. Le report d'un référendum éloigne du PQ une partie des souverainistes. Québec solidaire gruge son aile gauche.
Défis:
Fédérer au PQ les souverainistes, les nationalistes, les gens de centre-gauche. Ramener à l'avant-plan les questions identitaires, particulièrement la défense du français.


Québec solidaire:
Le départ de Françoise David aurait pu miner la popularité de Québec solidaire (QS), mais ce ne fut pas le cas grâce à l'arrivée de Gabriel Nadeau Dubois (GND), qui s'est fait élire sans difficulté dans Gouin et a réussi à faire grimper la cote de QS de quelques points, du moins momentanément.
Forces:
QS a une image bien définie de parti de gauche souverainiste. Le parti a montré sa capacité à attirer une partie du vote péquiste et à séduire les électeurs d'Option nationale.
Faiblesses:
Très à gauche, idéologique, le parti aura de la difficulté à attirer l'électeur moyen. QS n'est vraiment populaire qu'au centre de Montréal. Sa structure de direction peut prêter à confusion, avec deux porte-parole (GND et Manon Massé) et aucun chef.
Défis:
Créer de l'intérêt dans toutes les régions. Se positionner plus au centre de l'échiquier politique. Gagner suffisamment d'appuis pour faire partie des ligues majeures.