Au total, 14 États ont voté mardi lors de cette « super » journée électorale, décisive pour la désignation de l’adversaire démocrate de Donald Trump en novembre. Le modéré Joe Biden en est clairement ressorti gagnant, détrônant Bernie Sanders, « socialiste » autoproclamé, de son statut de favori. Il lui a notamment raflé la première place dans le Texas, État très pourvu en délégués (228).

Biden : le pari le moins risqué

L’ancien vice-président américain Joe Biden est plus que jamais le favori des primaires démocrates après des victoires spectaculaires lors du Super Tuesday et le retrait mercredi du milliardaire Michael Bloomberg, qui l’installent dans un duel de longue haleine avec Bernie Sanders.

Malgré les montants record investis dans sa campagne – plus d’un demi-milliard de dollars tirés de son immense fortune personnelle —, Mike Bloomberg a rapidement tiré mercredi les conclusions de ses résultats décevants lors de la journée électorale déterminante de la veille.

« Il y a trois mois, j’ai présenté ma candidature à la présidentielle pour battre Donald Trump. Aujourd’hui, je me retire de la course pour la même raison : battre Donald Trump », a annoncé l’ex-maire de New York, estimant que Joe Biden était désormais le mieux placé pour y parvenir lors de l’élection suprême du 3 novembre.

Selon les médias américains, la sénatrice Elizabeth Warren, qui a aussi essuyé un revers cruel mardi en ne remportant même pas son propre État du Massachusetts, est également en train de « réévaluer » l’avenir de sa campagne. Bernie Sanders s’est d’ailleurs entretenu avec elle mercredi à ce sujet.

C’est donc un face-à-face entre le modéré Biden et le socialiste Sanders qui commence.

Grand chelem au Sud

L’ex-bras droit de Barack Obama, 77 ans, a créé la surprise mardi en décrochant la victoire au Texas et en écrasant la concurrence en Virginie et en Caroline du Nord, trois des quatre États qui fournissent les plus gros contingents de délégués pour la convention démocrate qui décernera, en juillet, l’investiture dans la course à la Maison-Blanche.

Il a aussi gagné dans le Maine, l’Alabama, l’Oklahoma, le Tennessee, l’Arkansas, le Minnesota et le Massachusetts. Il réalise ainsi un grand chelem dans les États du sud du pays et confirme être le champion des Afro-Américains, un électorat-clé chez les démocrates.

De son côté, Bernie Sanders, considéré comme le favori depuis le début de ces primaires, ne s’avoue pas vaincu. Il semblait bien placé pour remporter le plus gros État du « super mardi », la Californie, avec une avance de près de neuf points après dépouillement de 87 % des bureaux de vote.

Il a aussi engrangé son petit État du Vermont, ainsi que le Colorado et l’Utah.

« Tous contre Trump »

Pour Karine Prémont, professeure adjointe à l’École de politique appliquée de l’UdeS, la remontée spectaculaire de Joe Biden dans la course à l’investiture est la preuve que les démocrates ont fait le choix de leur prochaine stratégie de campagne : tout pour battre Trump.

Le désistement en faveur de Biden du jeune Pete Buttigieg, de la sénatrice Amy Klobuchar, puis de Mike Bloomberg est le symbole de la volonté des démocrates d’unir leur voix pour barrer la route à Trump à la prochaine élection présidentielle.

« Ils ont choisi de se rallier rapidement derrière la candidature la plus centriste, celui qui a la capacité de battre Trump. Ça a envoyé un message très très fort aux électeurs », souligne celle qui est également chercheure à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQÀM.

Selon Mme Prémont, la victoire de Biden en Caroline du Sud samedi a donné une nouvelle énergie à la campagne de l’ancien bras droit de Barack Obama.

Karine Prémont, professeure adjointe à l’École de politique appliquée de l’UdeS.

« Cette victoire a été un point tournant dans la course. Je crois que son effet a paru dans les résultats du ‘‘super mardi’’, qui était très près », soutient-elle.

Malgré son avance, Joe Biden reste loin des 1991 délégués nécessaires pour s’assurer l’investiture démocrate en juillet : le chemin est encore long. Il passera dès mardi prochain par six nouveaux États, Washington, Idaho, Michigan, Missouri, Mississippi et Dakota du Nord, puis, le 17 mars, par la Floride, l’Arizona, l’Ohio et l’Illinois.

« Dans le Midwest américain, il y a des États très importants avec environ 125 à 135 délégués. C’est habituellement le terreau des démocrates avec beaucoup de cols bleus et d’hommes blancs, mais Joe Biden sera-t-il capable de les récupérer après qu’ils soient passés à Trump en 2016? Ça va être intéressant de suivre ces concours.

« Si Biden arrive à aller chercher une majorité de délégués dans ces États, ça pourrait sceller l’issue de la course plus rapidement. L’avantage est sur Biden, surtout si Bloomberg décide de mettre son argent sur ce candidat », poursuit la politologue.

Obama sortira-t-il de son mutisme?

Dans les prochaines semaines, Mme Prémont portera une attention particulière à l’ancien président des États-Unis Barack Obama. Donnera-t-il enfin son appui à son ancien vice-président?

« Ce serait un peu particulier qu’il n’appuie pas son vice-président parce que dans l’esprit des gens, ils vont se demander si Biden était compétent, s’il est capable de faire la job... Ça laisse planer un peu de doute.

« Je comprends, pour des raisons stratégiques, que ça n’a pas été fait avant, quand on comprend le discours des très progressistes qui se disent déjà perdant face à l’establishment du parti, mais dorénavant dans une course à deux, ça serait particulier qu’il ne le fasse pas », souligne Mme Prémont.

Qu’importe le résultat de la course à l’investiture, le gagnant devra arriver à séduire trois catégories d’électeurs cruciales pour une élection démocrate : les jeunes, les Afro-Américains et les femmes.

« On sait que Biden mobilise le vote des Afro-Américains, Sanders a le vote des jeunes, mais seront-ils capables d’aller chercher les femmes en plus de récupérer la catégorie d’électeurs de leur adversaire? » questionne la professeure.

Généralement, le vote des femmes est plus progressiste que la moyenne des électeurs démocrates, affirme la professeure de l’UdeS.

« Dans ce cas-ci, il allait surtout à la sénatrice Warren. Faudra voir maintenant quel transfert se fera. Je n’ai pas de données récentes, mais les femmes votent généralement un peu plus pour Biden que Sanders », observe Mme Prémont, en soulignant que les fortes divisions chez les démocrates entre les partisans de la « révolution » promise par Sanders et la politique modérée de Biden pourraient être le plus grand adversaire de ce parti.

« S’ils n’arrivent pas à rallier les électeurs, ils se retrouveront en déficit de participation, ce qui ouvre la porte aux républicains », résume-t-elle. Avec Agence France-Presse