Le président américain Donald Trump a parlé, lundi, d'un «accord historique».

Après avoir brûlé l’ALÉNA, Trump adore la nouvelle entente avec le Canada et le Mexique

WASHINGTON - C’est l’accord commercial «le plus important de l’histoire des États-Unis». Donald Trump a loué sans retenue, lundi, le texte qui doit remplacer le traité de libre-échange avec le Mexique et le Canada, qui depuis 25 ans lie intimement les économies des trois pays et qu’il n’avait eu de cesse de dénoncer.

Son homologue mexicain, le président sortant Enrique Peña Nieto a évoqué un accord «gagnant-gagnant-gagnant» et le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui joue gros politiquement, a passé une heure à défendre ce texte «totalement bénéfique» pour les Canadiens.

Mais Donald Trump s’est lui livré --dans le cadre bucolique de la roseraie de la Maison Blanche et pendant bien plus d’une heure-- à une véritable défense de cet accord, mais aussi de sa politique commerciale et du style «musclé» qu’il affectionne employer pour l’exécuter.

«Nouvelle historique»

«Je suis très heureux de partager avec le peuple américain cette nouvelle historique pour notre nation et aussi pour le monde», a dit M. Trump, visiblement très satisfait de l’accord final, qui va «refaire de l’Amérique du nord un géant manufacturier».

M. Trump, qui n’a en général pas le souci du détail, a dressé une longue liste des avantages que comporte selon lui le nouvel Accord États-Unis Mexique Canada (AEUMC), d’abord pour les fermiers qui pourront exporter plus ou pour les travailleurs de l’industrie automobile américaine, mais aussi pour l’environnement ou la propriété intellectuelle.

Il avait forcé ses partenaires à la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain de 1994 (ALÉNA) qu’il jugeait désastreux pour l’économie américaine, estimant qu’il avait fait perdre des millions d’emplois au secteur manufacturier américain, en particulier l’automobile.

Il a défendu son style «musclé», prenant l’exemple des tarifs douaniers qu’il impose tous azimuts pour pousser ses partenaires à la table de négociation.

C’est «un privilège de faire commerce avec les États-Unis», a-t-il martelé, soulignant son attitude très dure envers la Chine, dont il juge les pratiques commerciales «déloyales». Une tactique de pression qui marche, selon lui. «La Chine veut parler (négocier) mais c’est trop tôt pour parler», a lancé le président.

M. Trump veut signer le nouveau texte à la fin novembre avec Justin Trudeau et Enrique Peña Nieto, qui quitte le pouvoir le 1er décembre.

Mais le nouvel accord doit être ratifié par les parlements des trois pays.

Critiques et doutes

Donald Trump a assuré qu’il avait des options à sa disposition si le Congrès américain devait rejeter le nouvel accord, sans donner plus de détails.

Les «démocrates pourraient avoir envie de jeter aux orties l’un des plus grands accords pour le peuple et les travailleurs. Il se pourrait bien qu’ils veuillent le faire pour des raisons politiques avec en ligne de mire (la présidentielle de) 2020», a accusé le président.

Les démocrates ont une chance de remporter la Chambre des représentants aux prochaines législatives de novembre et pourraient donc gripper la machine.

Chuck Schumer, chef de file de l’opposition au Sénat, que Donald Trump insulte souvent, a été magnanime: «Le président mérite d’être loué pour les grandes initiatives pour améliorer (l’accord). Mais, tout accord final doit être jugé sur ce qu’il apporte aux familles de la classe moyenne et aux travailleurs de notre pays».

Côté canadien, M. Trudeau est confronté aux critiques des producteurs laitiers, qui voient leur secteur protégé s’ouvrir un peu plus à la concurrence étrangère. Les métallurgistes ont carrément accusé le gouvernement de les avoir «vendus» en concluant un nouveau pacte commercial sans avoir obtenu de l’administration américaine la levée des taxes punitives sur l’acier et l’aluminium.

Ainsi, les lourds droits de douane imposés par un président Trump soucieux de protéger la sidérurgie américaine restent en place pour le moment, malgré la colère d’Ottawa.

Auto, environnement, internet

L’un des volets les plus importants du nouveau texte concerne le secteur automobile qui a été totalement révolutionné par l’ALÉNA. L’AEUMC prévoit des règles incitant à se fournir en matériaux et composants aux États-Unis et en Amérique du nord. Il prévoit aussi une provision forçant le Mexique à augmenter les salariés du secteur pour réduire les écarts avec les voisins du nord, mieux payés.

«Quand les dispositions sur le droit du travail» entreront en vigueur, «il s’agira de la réforme progressiste la plus importante pour les travailleurs nord-américains en une génération», a affirmé M. Trudeau.

Le système des règles d’origines en matière de production automobile évolue peu. Au total, 2,6 millions de véhicules assemblés au Canada sont exemptés de douanes américaines.

Justin Trudeau a accepté d’assouplir son marché laitier pour les producteurs américains, en échange notamment du maintien du système d’arbitrage des litiges commerciaux.


Washington et Ottawa se sont également mis d’accord pour que le nouveau traité commercial contienne un chapitre sur l’environnement, une première depuis la création de l’ALÉNA en 1994, et conserve l’exception culturelle canadienne chère au gouvernement Trudeau.


« C’est un super accord pour les trois pays qui résout les défauts et les erreurs de l’ALÉNA »
Donald Trump

L’ALÉNA devient «l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC)», «un accord commercial de grande qualité qui donnera lieu à des marchés plus libres, à un commerce plus équitable et à une croissance économique solide dans notre région», ont déclaré Ottawa et Washington dans un communiqué conjoint.

«L’accord renforcera la classe moyenne et créera de bons emplois bien rémunérés ainsi que de nouvelles opportunités pour près de 500 millions de personnes qui vivent en Amérique du Nord», ont assuré Mme Freeland et M. Lighthizer.

Les équipes menaient un marathon de négociations depuis début septembre, après avoir entamé les discussions sur une refonte de l’ALÉNA, imposée par le président américain, il y a plus d’un an.

L’Union européenne a réagi prudemment en attendant de savoir exactement ce que contenait l’accord dont elle a «salué» la conclusion.

Plusieurs dates-butoir étaient déjà passées sans conclusion. Cette percée est intervenue quelques heures avant que quelque 8 millions de Québécois se rendent aux urnes, pour une élection législative provinciale à risque pour la famille politique de M. Trudeau. Le Québec produit environ les trois quarts du lait canadien.

Le texte de l’accord conclu dimanche soir a été soumis au Congrès américain dès sa conclusion. Cela permet de respecter un délai de 60 jours imposé par la loi avant la signature du document à la toute fin novembre par le président Donald Trump, le Premier ministre Justin Trudeau et le président mexicain sortant Enrique Peña Nieto.

Le nouvel accord commercial, même signé, doit être ratifié par les Parlements américain, canadien et mexicain pour entrer en application.

Le président Trump qui est engagé dans un bras de fer avec la Chine pour réduire le déficit commercial américain, pourra avoir clos le chapitre de la renégociation de l’ALÉNA avant les élections de mi-mandat en novembre.

L’accord a été bien accueilli par les marchés asiatiques, où l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a atteint lundi un niveau inédit depuis novembre 1991 et le dollar canadien a bondi à son plus haut niveau en cinq mois. Les indices qui donnent une indication sur l’ouverture de Wall Street à 13H30 GMT pointent vers une forte hausse.