La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland s'adresse aux journalistes à la Chambre des communes, à Ottawa, mardi.

ALENA: des élus du Congrès se disent «frustrés» des «tactiques» du Canada

WASHINGTON — Les républicains du Congrès des États-Unis font pression sur le Canada dans l’espoir d’obtenir une entente sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Dans une déclaration publiée par le site internet américain Politico, le whip de la majorité de la Chambre des représentants, Steve Scalise, a lancé un avertissement sévère au Canada.

«Il y a une frustration croissante chez de nombreux membres du Congrès concernant les tactiques de négociation du Canada», a dit M. Scalise dans un communiqué qui semblait coïncider avec le retour prévu de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à Washington.

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M. Scalise, qui représente l’État de la Louisiane, affirme dans sa déclaration que le gouvernement canadien ne semble ni prêt ni disposé à «faire les concessions» nécessaires pour parvenir à un accord «juste» et «de grande qualité».

M. Scalise a tenu à dire que le Congrès souhaitait que le Canada rejoigne l’accord bilatéral entre les États-Unis et le Mexique que ces deux pays ont négocié en l’absence de Mme Freeland le mois dernier - à la grande consternation du gouvernement canadien.

Mais le Congrès ne veut ni ne peut attendre indéfiniment, a-t-il averti.

«Bien que nous aimerions tous voir le Canada continuer à faire partie de cette coalition de trois pays, il n’y a pas un temps illimité pour faire partie de ce nouvel accord», a-t-il déclaré.

«Le Mexique a négocié de bonne foi et de manière opportune, et si le Canada ne coopère pas aux négociations, le Congrès n’aura d’autre choix que d’examiner des options sur la meilleure façon d’aller de l’avant et de défendre les travailleurs américains», a ajouté M. Scalise.

Cela a semblé être une réponse aux récentes indications du gouvernement libéral de Justin Trudeau selon lesquelles il ne s’estimait pas tenu de respecter des échéances artificielles, et qu’il ne se précipiterait pas pour accepter un accord qui ne soit pas dans l’intérêt supérieur du Canada - un point de vue que Mme Freeland a répété mardi après la déclaration de M. Scalise.

Le président américain, qui recevait mardi son homologue polonais à la Maison-Blanche, a répété un message maintenant bien connu aux oreilles des Canadiens.

«Le Canada a longtemps profité de notre pays», s’est désolé Donald Trump.

«Nous adorons le Canada. Nous l’adorons», a-t-il enchaîné. «Nous adorons les gens du Canada, mais ils sont dans une position qui n’est pas une bonne position pour le Canada. Ils ne peuvent pas continuer de nous charger des tarifs de 300 % sur les produits laitiers, et c’est ce qu’ils font.»

Reprise des discussions mercredi

La ministre canadienne, qui reprendra ses discussions mercredi avec le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer, a déclaré que le Canada négociait de bonne foi depuis le début du processus il y a environ 13 mois.

«Depuis le début de ces négociations de modernisation, le Canada a été extrêmement coopératif», a dit Mme Freeland. «Le Canada est très bon pour négocier des accords commerciaux. Le Canada est très doué pour trouver des compromis créatifs. Nous avons été extrêmement investis (dans les discussions).»

Certains observateurs des enjeux commerciaux soupçonnent Ottawa d’essayer de dépasser le 1er octobre, jour des élections au Québec et date limite imposée par le Congrès pour que le Canada adhère à l’accord américano-mexicain afin de recevoir l’approbation des législateurs américains avant l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement à Mexico le 1er décembre.

Ce soupçon fait le tour du Capitole.

«Les rumeurs autour de Washington ont été que le Canada pourrait tenter de faire repousser un accord après le 1er octobre, en grande partie à cause des élections au Québec», a dit Dan Ujczo, avocat spécialisé en commerce chez Dickinson Wright.

«Le représentant Scalise tente de faire valoir qu’il s’agit d’une véritable échéance», a-t-il ajouté.

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DOUG FORD S'OPPOSE À TOUT COMPROMIS SUR LA GESTION DE L'OFFRE

PAIN COURT, Ont. — Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’engage à défendre les agriculteurs de la province lorsqu’il se rendra à Washington pour obtenir des renseignements sur la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Prenant part à une expo rurale, mardi, il a réitéré que tout traité de libre-échange conclu avec les États-Unis devra protéger le secteur agricole.

Avant de se rendre à Washington pour s’entretenir avec l’ambassadeur et l’équipe de négociateurs canadiens, M. Ford a soutenu mardi que les emplois en agriculture ne peuvent sous aucune circonstance faire l’objet de marchandage.

Le système canadien de gestion de l’offre pour les œufs, la volaille et les produits laitiers constitue une pierre d’achoppement dans les pourparlers avec les États-Unis, qui doivent reprendre cette semaine aux plus hauts niveaux.

Le premier ministre ontarien maintient que le Canada ne doit consentir à aucun compromis sur la gestion de l’offre.

«Nous devons protéger les fermiers, nous devons protéger les travailleurs du secteur automobile. Nous devons protéger tout le monde en Ontario», a-t-il martelé.

Justin Trudeau s’est déjà engagé à ne pas céder de terrain en matière de gestion de l’offre, alors que les États-Unis réclament un plus grand accès au marché laitier canadien.