Le premier ministre Philippe Couillard a indiqué qu’il ne voulait pas que les agriculteurs québécois et la gestion de l’offre soient le bouc émissaire de la signature d’une entente de commerce.

ALENA: Couillard ouvre la porte au juridique

Le Québec pourrait se tourner vers les tribunaux pour bloquer ou retarder l'entrée en vigueur d'une nouvelle mouture de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) advenant des brèches dans la gestion de l'offre, prévient le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard.

Alors que la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, est de retour de Washington au terme d'une nouvelle ronde de négociations, le chef libéral et premier ministre a voulu lancer un message en traçant une «ligne rouge».

«Je vais utiliser tous les outils possibles pour empêcher que nos agriculteurs et la gestion de l'offre soient le bouc émissaire de la signature d'une entente de commerce», a-t-il expliqué, mercredi, en point de presse.

Citant deux sources près du gouvernement canadien, l'agence Reuters avance qu'Ottawa serait prêt à offrir aux Américains un accès à son marché laitier réglementé pour conclure les négociations et renouveler l'ALENA.

Pour l'instant, M. Couillard dit ne pas avoir reçu de signaux selon lesquels le gouvernement Trudeau serait prêt à consentir à des brèches dans le système régissant la production de lait, d'œufs et de volailles.

Il a toutefois prévenu qu'il refuserait de déposer à l'Assemblée nationale un accord qui ne serait pas jugé satisfaisant par les agriculteurs et les producteurs laitiers. Ce geste symbolique signifierait que la province estimerait ne pas être liée à la nouvelle entente.

Le chef du PLQ a toutefois dit qu'il était prêt à aller plus loin.

«S'il y a moyen juridiquement de contester l'entente, je le ferai, a prévenu M. Couillard. Donc, pour être clair: suis-je suis prêt à retarder l'entrée en vigueur d'une nouvelle entente? Ma réponse est oui. Nous avons des juridictions là-dedans et je verrais si l'atteinte à nos juridictions nécessiterait, par exemple, des recours devant les tribunaux.»

Aucune concession sur la gestion de l'offre

Il a rappelé que des concessions ont déjà été faites dans la gestion de l'offre au cours des dernières années lors des négociations de l'accord entre le Canada et l'Union européenne et le Partenariat transpacifique.

Au début de la campagne électorale, le chef du PLQ affirmait qu'il n'accepterait aucune concession sur la gestion de l'offre. Ce dernier dit maintenant qu'il s'opposerait à un accord qui ne fait pas l'affaire des agriculteurs et producteurs laitiers.


« Suis-je suis prêt à retarder l’entrée en vigueur d’une nouvelle entente? Ma réponse est oui »
Philippe Couillard

Cette sortie de M. Couillard est survenue alors que la veille, l'ex-premier ministre canadien Brian Mulroney avait affirmé qu'il ne voyait pas comment Ottawa pourrait s'entendre avec les États-Unis sans faire preuve de flexibilité sur la gestion de l'offre.

M. Mulroney, qui conseille Justin Trudeau sur la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), a rappelé que le président américain Donald Trump veut une victoire pour les producteurs de lait du Wisconsin et a ajouté qu'il ne s'agissait que d'un dixième d'un pour cent de nos exportations de produits laitiers.

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LE MEXIQUE ESPÈRE UN COMPROMIS RAPIDE ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LE CANADA 

MEXICO — Le Mexique espère que Washington et Ottawa parviendront rapidement à un compromis sur l’accord commercial ALENA et son chef négociateur technique est parti pour Washington afin de «continuer à avancer» sur le sujet, a déclaré mercredi le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo.

«Indubitablement, certaines questions sont difficiles» à régler, mais «j’espère que tout cela sera résolu dans les prochains jours», a déclaré M. Guajardo devant la presse, lors d’un Forum économique organisé à Mexico.

La renégociation pour moderniser le traité de libre-échange nord-américain (ALENA), qui lie depuis 1994 les économies des trois pays, a été imposée en août 2017 par le président américain Donald Trump, qui considère ce traité comme «le pire» de l’histoire pour avoir détruit des emplois américains. Il reproche aussi au traité d’avoir produit un important déficit avec le Mexique.

Le locataire de la Maison-Blanche exige des pays partenaires d’ouvrir davantage leurs marchés aux produits américains. Si Washington et Mexico sont parvenus à un compromis fin août, les tractations entre les États-Unis et le Canada butent encore sur plusieurs points.

Le responsable technique des négociations côté mexicain «Kenneth Smith est parti aujourd’hui pour Washington afin de continuer à avancer» sur ce texte, a ajouté M. Guajardo.

Le caractère trilatéral de l’accord est un «atout majeur» pour le Mexique, mais le pays entend toutefois se préparer à l’éventualité d’un échec des négociations, a précisé le ministre.

«Nous parions sur le maintien» de ce caractère trilatéral, mais dans le scénario inverse, «qui ne peut pas être exclu», le Mexique devra passer à l’étape suivante», c’est-à-dire travailler «dans le cadre d’un accord bilatéral» avec les États-Unis, a estimé M. Guajardo.

Donald Trump a déjà informé le Congrès qu’il souhaitait signer un traité avec le Mexique, et si possible avec le Canada, avant fin novembre.  AFP