Daniel Bergeron et Steve Lussier

Affaire Lussier-Bergeron: Silence prudent chez les conseillers municipaux

L'entente intervenue entre le maire de Sherbrooke Steve Lussier et son ex-directeur de cabinet Daniel Bergeron semble vouée à rester du domaine privé.

Au lendemain d'un point de presse où le maire a présenté laconiquement ses excuses à M. Bergeron, il y avait un silence prudent chez les conseillers municipaux contactés par La Tribune, lundi, avant qu'ils se réunissent en comité plénier à huis clos en fin de journée pour terminer la préparation du budget 2018.

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« Je suis satisfaite de ce que j'ai entendu jusqu'à maintenant, on verra pour la suite des choses », a réagi la conseillère Chantal L'Espérance, également membre du comité exécutif. « Je poserai les questions en temps et lieu. »

« M. Lussier s'est entouré de personnes qu'il a lui-même choisies. Ça le regarde, commente dans le même sens Marc Denault. Il semble y avoir eu conciliation entre les deux personnes et ça me satisfait. J'espère pour ma part qu'on va pouvoir parler au conseil municipal de problèmes beaucoup plus importants pour lesquels les Sherbrookois nous ont élus, comme le budget et Valoris. »

« C'est un apprentissage du pouvoir et de l'environnement politique pour le maire, estime Rémi Demers. Il apprend à la dure, mais comme conseiller, on n'a pas à se laisser distraire par ça. Il y a des décisions trop importantes à prendre au conseil municipal pour se laisser distraire. »

Rappelons qu'une manœuvre politique pour déstabiliser la conseillère Évelyne Beaudin a secoué le cabinet du maire la semaine dernière. Le citoyen Pascal Cyr a dénoncé avoir reçu un texto du directeur du cabinet qui l'invitait à « pistonner » Mme Beaudin à propos du budget de 333 000 $ auquel elle aurait droit en tant que représentante élue d'un parti politique.

En réaction, le maire Lussier a remercié son directeur de cabinet en invoquant une divergence de valeurs, tandis que M. Bergeron a répliqué en affirmant qu'il répondait à une commande du maire.

Dimanche, M. Lussier s'est excusé publiquement à M. Bergeron et a précisé que ce dernier n'était pas un menteur. Les deux hommes ont toutefois refusé de répondre aux questions des journalistes, laissant de fait beaucoup d'ombre sur l'affaire.

« Quand il y a un règlement hors cour, il n'y a aucune admission des torts de part et d'autre qui se fait, met en perspective Mme L'Espérance. Ce n'est pas le but de l'exercice. »

« Il a fait sa déclaration, constate M. Demers, et ça lui appartient de répondre ou non aux questions. Pour ma part, je pense que les Sherbrookois s'attendent à ce qu'on travaille de façon sérieuse ensemble. (...) C'est de l'histoire ancienne maintenant et il faut regarder en avant. »

Prudent dans ses commentaires puisqu'il est en vacances loin de la scène municipale, Vincent Boutin a plutôt critiqué la décision du maire de ne pas répondre aux questions des journalistes. « Je ne pense pas que ce soit la bonne façon de faire. Peu importe la nature du dossier, il faut faire face à la musique », tranche-t-il.

Précisons ici que ni le conseil municipal, ni le comité exécutif n'a son mot à dire dans la nomination ou le changement de personnel au cabinet de la mairie. Le nouveau comité exécutif présidé par Nicole Bergeron n'a d'ailleurs pas été consulté par M. Lussier dans cette affaire, confirme Mme L'Espérance.

Les élus contactés ne croient pas par ailleurs que cet épisode entachera le climat de travail à la table du conseil. « L'exercice budgétaire s'est fait dans un bel esprit et je souhaite que cet esprit-là se poursuive durant les quatre prochaines années parce que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu ça », dit Mme L'Espérance.

« Je ne veux pas me faire le juge de qui a raison ou qui a tort. J'imagine qu'ils ont probablement tous les deux un peu raison et un peu tort. Mais ça ne fragilise pas la confiance que j'aie à l'endroit du maire », assure Rémi Demers, en disant tout de même ne pas être à l'aise avec le fait de commander des interventions citoyennes dans un objectif politique.

« Ça fait 16 ans que je fais de la politique et je ne suis pas surpris (NDLR. : de la manœuvre politique), dit pour sa part M. Denault. On ne changera pas comme ça la façon de faire de la politique. »