Politique

Le député Sylvain Roy, un an après son cancer

NEW RICHMOND – Le 8 juin, Sylvain Roy, député de Bonaventure à l’Assemblée nationale, a participé aux activités du Relais pour la vie avec le cœur pas mal plus léger qu’un an auparavant. Débarrassé d’un cancer de la gorge, il a marché les premières dizaines de mètres du tour des survivants avec son petit-fils Hubert dans les bras.

En juin 2018, se sachant atteint d’un cancer de la gorge, mais ayant décidé de garder la nouvelle secrète en attendant la naissance d’Hubert, Sylvain Roy s’était adressé aux centaines de participants du Relais pour la vie de la Baie des Chaleurs avec l’obligation morale d’encourager tout le monde malgré une inquiétude profonde quant à sa santé.

«Je remerciais ceux et celles qui accompagnaient et soutenaient les gens qui étaient en traitement, je disais que la solidarité était importante et qu’il fallait avoir de l’espoir. Je savais depuis quelques jours que j’avais le cancer. Je ne pouvais pas en parler. Mon fils ainé et sa conjointe attendaient leur premier enfant pour le 20 juillet, mon frère allait se marier dans ma cour. Je ne voulais pas que quiconque le sache avant la fin de juillet. Ma conjointe Johanne et moi avions décidé d’épargner ça aux jeunes dans le contexte de la grossesse. Partager ce genre de nouvelle, ça fait du bien, mais avec des gens plus solides que nous, pas quand les gens que tu aimes, les gens à qui tu en parles, sont fragiles. Ma «bru» avait son bébé dans les bras quand je leur ai annoncé la nouvelle», raconte Sylvain Roy.

En juin 2018, le député péquiste en était à son troisième mois d’incertitude quant à son état de santé. Il avait une masse distincte au cou depuis avril.

«Je pouvais la toucher. La première biopsie en mai n’avait donné aucun résultat. La deuxième, au début de juin, ne nous avait pas fourni plus de détails. L’échantillon était liquide. Le cancer est difficile à détecter dans ces conditions. Pour la troisième biopsie, ils sont allés chercher du solide», explique Sylvain Roy.

Son médecin, l’oto-rhino-laryngologiste Dagher Chady, l’a pris à contrepied après la troisième biopsie en lui disant : «je suis content; tu as un cancer de la gorge». J’étais secoué mais ce qu’il voulait dire, c’était que maintenant, on pouvait combattre le mal; on en connaissait la source. Ils l’ont tellement cherché qu’ils l’ont trouvé à un stade précoce», note M. Roy.

C’était à l’aube de la campagne électorale québécoise et il a décidé de rester candidat pour tenter de remporter un troisième mandat.

«Je voulais profiter de l’adrénaline de la campagne électorale, avoir un projet pendant mon combat. Ça prend une idée plus forte que la maladie pour passer à travers», évoque-t-il.

Il a subi l’ablation des amygdales avant d’entamer des traitements comprenant un cocktail de chimiothérapie et 33 séances de radiothérapie. Il a dû s’absenter physiquement de sa circonscription gaspésienne pendant le dernier mois de la campagne afin de subir ses traitements à Québec, mais en trouvant l’énergie pour donner des entrevues et participer à distance à un débat radiophonique.

Il a bénéficié de l’appui d’autres candidats du Parti québécois dans l’est du Québec, dont Pascal Bérubé, de Matapédia-Matane, Harold Lebel, de Rimouski et de Méganne Perry-Mélançon, de Gaspé, qui sont venus dans Bonaventure à diverses reprises.

Sylvain Roy devait se lever avec l’équivalent d’une solide gueule de bois pendant toute la durée du traitement intensif mais «j’ai seulement eu le hoquet».

Depuis l’automne 2018 toutefois, «je vis avec un acouphène, mes glandes salivaires sont moins efficaces et mon goût est affecté : je dois manger plus épicé pour goûter les aliments», note-t-il.

Les lendemains de son cancer le font réfléchir sur d’autres aspects de la vie. «Le système de santé est plein de gens dévoués, formidables. Ce qui est difficile, c’est l’attente, d’avril à juillet dans mon cas. C’est terrorisant. Globalement, je sors de l’expérience avec la mèche courte, dans le sens que je suis plus réactif qu’avant. Je règle les choses au fur et à mesure. Ça te fait revenir à ce que tu aurais dû faire, à l’essentiel», résume Sylvain Roy.

Le Relais pour la vie est un événement organisé par la Société canadienne du cancer afin d’amasser des fonds pour la recherche visant à vaincre la maladie.

Politique

Laïcité: LeBel sort de sa réserve et appuie fermement le projet de loi

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, est sortie de sa réserve dimanche en appuyant fermement le projet de loi sur la laïcité.

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, est sortie de sa réserve dimanche pour appuyer fermement le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État du gouvernement Legault.

Ce projet de loi controversé, qui suspend des libertés individuelles, empêchera les contestations judiciaires par le recours à la clause dérogatoire. Cette clause doit être renouvelée aux cinq ans et le premier ministre François Legault a prédit dimanche qu'aucun parti n'osera dans les années à venir rouvrir la loi.

Le gouvernement forçait l'Assemblée nationale à siéger dimanche pour adopter par bâillon — donc en coupant court au débat — son projet de loi 21.

L'opposition avait déjà tenté sans succès de savoir ce que pensait Mme LeBel du projet de loi, à titre de jurisconsulte, de première conseillère juridique du gouvernement.

Le porte-parole libéral Marc Tanguay est revenu à la charge dimanche, à la période de questions, juste avant le début de la procédure de bâillon.

«Elle est gardienne de nos droits et libertés, elle n'aurait jamais dû autoriser le dépôt de ce projet de loi», a-t-il dit, en rappelant «que le projet de loi a été déposé en dépit de l'opposition très ferme de tous les spécialistes du ministère de la Justice», selon ce qui a été rapporté dans la presse.

«Haut et fort»

Mme LeBel a rappelé qu'elle n'allait pas exprimer d'opinion juridique, mais elle a formulé un appui sans équivoque.

«J'appuie haut et fort le principe de la laïcité. L'interdiction des signes religieux pour les personnes en position d'autorité, j'y crois.»

Elle a rappelé qu'elle a été procureure de la Couronne pendant 25 ans et qu'à ce titre, elle souscrit aux interdictions formulées dans le projet de loi.

«Jamais je n'aurais pu imaginer afficher ses couleurs ou porter un signe religieux pendant que je plaidais [au tribunal] pour limiter les libertés d'un citoyen.»

Un débat clos

En mêlée de presse, François Legault a affirmé que son projet de loi viendra clore un débat qu'aucun parti ne cherchera à relancer. Personne ne voudra rouvrir la loi une fois adoptée, a-t-il estimé.

«Ma prédiction, c'est que ni les libéraux, ni le PQ - je ne pense pas qu'ils seront au pouvoir d'ici à cinq ans - ne voudront changer cette loi.»

La porte-parole libérale en matière de laïcité, Hélène David, l'a contredit: un gouvernement du Parti libéral ne renouvellerait pas la clause dérogatoire.

«Donc nous aurons à voir dans cinq ans ce qu'on fait, il y a de fortes chances qu'on voudra abroger la loi», a-t-elle dit en mêlée de presse.

Les grandes lignes du projet de loi

Le projet de loi 21 vise à interdire à plusieurs catégories d'employés de l'État de porter des signes religieux durant l'exercice de leurs fonctions: notamment, les juges, policiers, procureurs de la Couronne, gardiens de prison, directeurs d'école et enseignants du primaire et du secondaire du secteur public.

Les employés actuels disposeront d'un droit acquis, tant qu'ils occuperont leur poste.

Il n'y a aucune mention visant la taille de l'objet en question: minuscule ou ostentatoire, le signe religieux sera donc prohibé.

Le projet de loi modifie la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, pour décréter que l'exercice des droits devra se faire dans le respect de la laïcité de l'État.

Pour éviter d'éventuels recours judiciaires, il inclut aussi une clause dérogatoire, pour soustraire cette loi de l'application des chartes, tant la Charte canadienne des droits et libertés que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Le gouvernement caquiste avait imposé un autre bâillon, samedi, pour forcer la Chambre à adopter son projet de loi sur l'immigration.

Politique

Réforme annoncée du parlement: l'opposition craint le pire

L'annonce d'une réforme parlementaire fait craindre le pire aux trois partis d'opposition : l'avènement d'un gouvernement autoritaire qui muselle ses opposants.

«On n'est pas dans une monarchie élective. François Legault n'est pas le roi du Québec et Simon Jolin-Barrette n'est pas son prince», a commenté le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, samedi, à la suite de l'annonce faite la veille par le premier ministre, à l'occasion de sa conférence de presse dressant le bilan de la session.

En mêlée de presse, en marge du processus d'adoption des projets de loi 9 et 21 sous bâillon, il a rappelé que notre régime parlementaire était fondé sur l'équilibre à maintenir entre le pouvoir, exercé par le gouvernement, et les contre-pouvoirs, assumés par les partis d'opposition.

«Le pouvoir lui monte à la tête», a-t-il ajouté, convaincu que le premier ministre se comportait «comme si le parlement était un caillou» dans sa chaussure.

Or, le parlement «n'est pas une machine à saucisses», illustre M. Nadeau-Dubois.

Vendredi, le premier ministre a déploré la «trop grande perte de temps» associée aux travaux parlementaires, plaidant pour une Assemblée nationale plus «efficace».

Le bâillon à répétition?

Il a aussi dit qu'il pourrait encore à l'avenir recourir au bâillon pour accélérer l'adoption de ses projets de loi. Le bâillon a pour effet de mettre un terme aux débats et de limiter le temps de parole des élus.

Le premier ministre a dit vendredi avoir donné à son leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette, le mandat de procéder à une réforme du règlement de l'Assemblée nationale, qui balise l'ensemble des travaux parlementaires.

Par exemple, M. Legault croit que ce serait une bonne idée de limiter à 50 heures les débats en commissions parlementaires.

Ce genre de discours «me fait peur», a réagi le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet, qui craint de voir le gouvernement s'organiser pour limiter le temps de parole des députés de l'opposition.

Voilà «un gouvernement qui va vouloir diriger par majorité et par autorité, sans consensus, sans débat», a-t-il déploré en mêlée de presse, samedi matin.

Selon lui, c'est comme si M. Legault affirmait: «Je suis le premier ministre, je connais la vérité et cette vérité vous sera imposée dans un temps imparti».

«Nous sommes des irritants pour François Legault», a renchéri le leader parlementaire de l'opposition officielle, le libéral Sébastien Proulx.

Il affirme que toute réforme du règlement de l'Assemblée nationale ne se fera pas «par une loi votée dans son bureau».

Au contraire, que cela lui plaise ou non, le gouvernement aura besoin de l'assentiment de tous les partis, ajoute-t-il, lui aussi méfiant quant aux «motivations» réelles du premier ministre.

«Quand vous voyez les motivations pour lesquelles il veut le faire, ça m'apparaît mal parti, sérieusement», a indiqué M. Proulx, en s'adressant aux médias.

Quant à lui, le premier ministre Legault a cherché à se faire rassurant en disant qu'un bâillon ne serait sûrement pas utilisé «pour la réforme parlementaire», qui sera le prochain «dossier important» confié à son ministre Jolin-Barrette.

Vendredi, il n'avait pas rassuré l'opposition en affirmant que «plus un gouvernement veut faire de changements, plus il peut être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi».

Politique

Immigration: projet de loi adopté, Legault reste inflexible sur les dossiers en attente

Le projet de loi 9 sur l'immigration a été adopté peu après 4h dimanche matin à 62 voix pour contre 42, et aucune abstention, à l'Assemblée nationale.

Le ministre qui pilotait le dossier, Simon Jolin-Barette, a publié un gazouillis à 4h08 dans lequel il écrit que «le projet de loi 9, Loi visant à accroître la prospérité économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes, a été adopté.

La période de repos sera donc de courte durée pour les parlementaires qui amorcent une autre séance extraordinaire, à 9h, dimanche matin sur un autre projet de loi, celui sur la laïcité de l'État.

Quant à la controverse autour de l'élimination de 18 000 dossiers de candidats à l'immigration, celle-ci aura duré jusqu'à la toute fin du processus d'adoption du projet de loi 9, la procédure sous bâillon étant amorcée samedi.

Au total, c'est le sort réservé à quelque 50 000 personnes désireuses d'émigrer au Québec qui était en jeu.

Mais malgré les supplications de dernière minute de l'opposition, le premier ministre François Legault est demeuré inflexible.

Les dossiers de candidature en question seront donc éliminés comme prévu et les personnes toujours intéressées à venir vivre au Québec devront reprendre tout le processus depuis le début et présenter une nouvelle demande en vertu du nouveau programme Arrima.

«Les anciens critères [de sélection] ne répondent pas aux besoins du marché du travail», a réaffirmé le premier ministre, samedi matin, en mêlée de presse, au moment où l'Assemblée nationale s'apprêtait à lancer la procédure exceptionnelle de bâillon, donc en mode accéléré pour le projet de loi 9.

«Tout ce qui avait à être dit a été dit» dans ce dossier, selon M. Legault, qui invoque l'urgence d'agir pour répondre aux besoins de main-d'oeuvre exprimés par les employeurs.

Le projet de loi 9 prévoit une réforme du processus de sélection des candidats, désormais axé sur les compétences professionnelles, pour mieux répondre aux besoins de main-d'oeuvre du Québec.

Il inclut l'élimination de 18 000 dossiers de candidature déposés sous l'ancien système, basé sur le principe du premier arrivé premier servi. Ces dossiers étaient en attente de traitement.

Samedi, le début des travaux a été retardé pendant quelques heures, les trois partis d'opposition croyant avoir trouvé une faille dans la motion de procédure d'exception présentée par le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette. Ils estimaient que le déroulement des travaux du week-end prévu par le gouvernement ne respectait pas l'esprit de la réforme de 2009, qui stipulait qu'un bâillon ne pouvait viser qu'un seul projet de loi.

Comme le bâillon de M. Jolin-Barrette visait deux projets de lois à étudier samedi et dimanche, le projet de loi 9 et le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État, ils ont demandé au président de l'Assemblée nationale, François Paradis, de statuer et d'édicter des balises plus claires.

Le président a finalement donné raison au gouvernement, et l'étude du projet de loi 9 a pu commencer vers 15h pour un marathon d'une douzaine d'heures d'étude additionnelle.

Le plan de match du gouvernement prévoit qu'après une bien courte nuit, les élus devront reprendre les travaux parlementaires dès 9h dimanche pour l'étude et l'adoption du projet de loi 21 avant la fin de la journée.

Le gouvernement a à maintes reprises invoqué l'urgence d'agir pour justifier le recours au bâillon pour ces deux mesures législatives.

«Entêtement»

Mais la situation d'urgence n'a pas été démontrée, a plaidé de son côté le leader parlementaire de l'opposition officielle, Sébastien Proulx.

Depuis le dépôt du projet de loi 9, en février, le gouvernement n'a fourni «aucune explication crédible» justifiant de mettre à la poubelle ces 18 000 dossiers, selon la porte-parole libérale en immigration, la députée Dominique Anglade.

Elle note que ce bâillon, qu'elle attribue à «l'entêtement» du premier ministre et du ministre Simon Jolin-Barrette, était inutile car il ne reste que quelques articles du projet de loi 9 à étudier.

L'opposition péquiste et Québec solidaire ont dit souhaiter que les dossiers des 3700 candidats à l'immigration déjà installés au Québec soient traités en priorité, en vertu des nouvelles règles.

Le député solidaire Andrés Fontecilla a supplié le gouvernement d'accomplir un «dernier geste d'humanité» pour ces personnes sans statut déjà présentes au Québec.

En Chambre, durant la période de questions, la coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a «imploré» le premier ministre, invité à faire un geste «d'humanité» et de «compassion» pour ces candidats à l'immigration.

Tableau à l'appui, l'autre coporte-parole solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a fait la démonstration que le gouvernement avait «agi beaucoup plus rapidement» que ses prédécesseurs pour décréter un bâillon.

«Contrairement aux prétentions du gouvernement, il n'y a pas eu d'obstruction, il n'y a pas eu de blocage, il n'y a pas eu de niaisage, mais un coup de force autoritaire d'un gouvernement qui se croit tout permis», a-t-il estimé, en mêlée de presse avant le début de la séance extraordinaire.

Baroud d'honneur, les partis d'opposition ont profité des dernières heures d'étude du projet de loi pour déposer des amendements visant à convaincre le gouvernement de traiter en priorité les 18 000 dossiers en attente.

Test de valeurs

Les fameux tests de français et de valeurs, promis par le gouvernement, n'apparaissent pas comme tels dans le projet de loi, qui vise cependant à fournir au Québec les bases légales pour aller en ce sens, dans un deuxième temps, par voie réglementaire.

Pour un immigrant de fraîche date, un échec à ces tests pourrait avoir un impact sur les chances d'obtenir le statut de résident permanent.

Cette question aura été au coeur de la soixantaine d'heures d'étude du projet de loi, l'opposition cherchant en vain à en savoir davantage sur le contenu, les objectifs et l'impact de ces tests.

Le ministre Jolin-Barrette a dit que cela ferait partie de discussions à avoir avec le gouvernement fédéral.

La réforme de l'immigration prévoit aussi réduire le délai de traitement des dossiers des travailleurs qualifiés de 36 à six mois.

Le ministre s'engage aussi à améliorer l'offre de cours de francisation aux nouveaux arrivants et à assurer un parcours personnalisé à chacun.

Politique

Prostitution juvénile: des pistes de solution en 2020

Treize élus se mettent au travail pour tenter de freiner le phénomène de la prostitution juvénile au Québec. Une commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs a discrètement été créée vendredi, au dernier jour régulier de la session parlementaire. Ses recommandations sont attendues dans 18 mois.

Présidée par l’ex-policier et député caquiste Ian Lafrenière, cette commission aura pour mandat de comprendre comment des adolescentes (et adolescents) de 12 à 18 ans en viennent à se prostituer.

«Les filles travaillent entre cinq et six jours par semaine, font entre 5 et 10 clients par jour. Ce sont nos jeunes filles ici. Une fois malades ou mal en point, qu’est-ce qu’on fait? Bien, ce n’est pas compliqué, elles sont vendues. Vendues à un autre proxénète», décrit M. Lafrenière. 

Reprenant un cheval de bataille de sa collègue Lise Lavallée, M. Lafrenière a l’intention d’aller au bout de cette problématique, pour que des pistes de solution soient trouvées et soumises aux ministres concernés.

Une attention particulière sera portée à la problématique dans les communautés autochtones. La commission composée exclusivement d’élus examinera également toute forme d’exploitation sexuelle des mineurs, comme la traite, le tourisme sexuel, le leurre d’enfants sur Internet et la pornographie juvénile. 

Constituée de sept députés de la Coalition avenir Québec, de quatre députés du Parti libéral du Québec, d’un député du Parti québécois et d’un député de Québec solidaire, elle devra déposer un rapport d’ici la fin de la session parlementaire de l’automne 2020. Le député indépendant Guy Ouellette devrait également participer aux travaux. 

Ses recommandations arriveront sensiblement au même moment que celles de la commission spéciale sur la protection de la jeunesse, lancée il y a quelques semaines et présidée par Régine Laurent.

Problème de société 

Le député libéral Jean Rousselle réclame que les élus aillent «sur le terrain» afin de bien comprendre ce qui cloche. «C’est le problème de tout le monde, parce que tantôt, ça va être peut-être votre fille, votre petite-fille, mais peut-être votre voisine, peut-être une cousine, puis ça s’arrête où?»

Le député solidaire Alexandre Leduc croit que le Québec ne fait pas assez d’efforts pour «casser la demande» pour de jeunes prostituées. Selon lui, il faut sensibiliser les jeunes hommes à l’école, afin que «plus tard dans leur vie, ils n’aient pas l’occasion, ils n’aient pas envie d’acheter des adolescentes». 

La députée péquiste Méganne Perry Mélançon s’inquiète du fait que «la demande pour la prostitution juvénile est si forte dans les grands centres que des proxénètes viennent d’ailleurs pour s’enrichir chez nous». 

Partisanerie

L’accouchement de cette commission spéciale a été difficile à l’Assemblée nationale. Les députés de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral du Québec se sont mutuellement accusés au cours des dernières semaines de faire de la partisanerie dans ce dossier. 

Les discussions entourant le mandat de cette commission ont duré plusieurs mois. Vendredi, les libéraux ont tenté de faire en sorte que la commission accueille 17 membres au lieu de 13, ce qui a été rejeté par les caquistes, majoritaires. 

Les derniers échanges au Salon bleu démontrent toutefois que les députés qui siégeront sur la commission ont l’intention de mettre la partisanerie derrière eux, afin de se concentrer sur la mission à accomplir.

Politique

Boulet dépose un projet de loi pour redéfinir les services essentiels

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a déposé vendredi un projet de loi qui redéfinit les services essentiels à maintenir en cas de grève dans les services publics et dans les secteurs public et parapublic.

Le dépôt de ce projet de loi a été rendu nécessaire à la suite d’un jugement du Tribunal administratif du travail, rendu en août 2017, qui avait invalidé les dispositions sur les services essentiels qui établissent des pourcentages fixes de salariés, pour chaque type d’établissement et par unité de soins, lorsqu’il y a grève dans les services publics.

Dans son jugement du 31 août 2017, le juge administratif Pierre Flageole avait estimé que «le fait que le législateur détermine unilatéralement des pourcentages minimums de salariés au travail pour chaque type d’établissements, que ces pourcentages s’appliquent obligatoirement par unités de soins et par catégories de services et qu’aucun tribunal ou autre organisme indépendant n’ait de droit de regard sur ces pourcentages va au-delà de ce qui est raisonnablement nécessaire pour assurer la prestation sans interruption des services essentiels pendant une grève».

Le juge administratif Flageole avait estimé que cette situation faisait en sorte «que le régime porte atteinte plus qu’il n’est nécessaire au droit de grève» puisque les salariés en grève n’assurent pas uniquement les services réellement essentiels.

Dans son projet de loi 33, le ministre Boulet modifie donc le Code du travail pour remplacer l’obligation de maintenir un pourcentage fixe de travailleurs par l’obligation de maintenir des services essentiels «dont l’interruption peut avoir pour effet de mettre en danger la santé ou la sécurité publique».

Plus de pouvoirs au TAT

Le projet de loi accroît aussi les pouvoirs du Tribunal administratif du travail pour lui confier celui de suspendre une grève dans les cas où les services essentiels dans un service public sont insuffisants. À l’heure actuelle, ce pouvoir appartient au gouvernement.

Il modifie également les pouvoirs de redressement du Tribunal administratif du travail pour lui permettre de rendre une ordonnance sur les services essentiels dans les services publics et dans les secteurs public et parapublic, dans les cas où les services prévus ne sont pas suffisants.

Politique

Legault présente des excuses au nom de l’État à Louis Robert

Le premier ministre François Legault a présenté vendredi matin des excuses au nom de l’État québécois à Louis Robert, cet agronome congédié en janvier par le ministère de l’Agriculture pour avoir dénoncé dans les médias l’influence de l’industrie des pesticides dans la recherche.

Un rapport de la Protectrice du citoyen concluait jeudi que le ministère n’avait pas respecté la loi sur les lanceurs d’alerte et avait trahi M. Robert en 2017, en divulguant notamment son identité au cours de son processus de divulgation d’actes répréhensibles.

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M. Legault a néanmoins réitéré sa confiance en son ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. Ce n’était pas la responsabilité de son ministre de s’assurer que le processus de traitement de la divulgation était suivi, a-t-il invoqué.

«C’est la responsabilité d’un sous-ministre», a-t-il répondu en Chambre au chef péquiste Pascal Bérubé. Le sous-ministre Marc Dion a présenté sa démission jeudi, et pourra toucher une indemnité de départ de 33 000 $, mais de toute façon, il devait prendre sa retraite en juillet.

Or le rapport indique que «le sous-ministre ne s’est pas ingéré dans la gestion de la divulgation». C’est plutôt la responsable du suivi de la divulgation, Geneviève Masse, qui est visée dans le rapport — et pourtant elle a été promue par la suite au poste de sous-ministre adjointe.

«Le premier ministre a induit (la Chambre) en erreur et a induit la population en erreur», a dénoncé en conférence de presse au Parlement le porte-parole libéral, Gaétan Barrette.

M. Lamontagne plaide qu’il n’a rien à se reprocher et qu’il n’est pas responsable puisque les «manquements majeurs» au processus de divulgation constatés par la Protectrice du citoyen ont eu lieu en 2017. Cependant, le congédiement a eu lieu en janvier dernier.

«Le ministre, il est là aussi pour s’assurer que ce qui est sous son autorité selon les lois qui le concernent sont appliquées et surveillées», a rappelé M. Barrette, qui y voit un test d’autorité pour François Legault et son ministre.

«Actuellement, le premier ministre dit à ses ministres: ‘amusez-vous parce qu’en ce qui me concerne, tout ce qui touche la loi, c’est la responsabilité des sous-ministres.’ Ça ne marche pas comme ça.»

Pascal Bérubé a rappelé en Chambre que M. Lamontagne avait induit en erreur les médias et la population en se targuant en janvier d’avoir congédié lui-même M. Robert, pour ensuite se rétracter.

M. Lamontagne avait également laissé entendre que d’autres taches figuraient au dossier de M. Robert et même le premier ministre avait soulevé des soupçons.

«Vous avez terni la réputation de M. Robert sur la base de ouï-dire de votre ministre, est-ce que c’est vraiment digne d’un premier ministre?» a demandé le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand.

M. Legault a laissé entendre que M. Robert allait recevoir une offre d’indemnisation. Des torts financiers, psychologiques et à la réputation ont été faits et l’agronome devra être dédommagé, a affirmé la députée libérale Marie Montpetit.

«Le gouvernement a une responsabilité, nie sa responsabilité, présente des excuses avec un seul objectif, qu’on oublie la situation. On ne l’oubliera pas», a assuré M. Barrette.

Politique

La CAQ impose deux bâillons [VIDÉO]

Le gouvernement Legault suspend les règles parlementaires pour forcer l'adoption rapide de deux projets de loi: le projet de loi 9 sur l'immigration et le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État.

Les deux législations controversées seront adoptées sous bâillon, selon une procédure accélérée, au cours du week-end.

Le premier ministre François Legault en a fait l'annonce vendredi matin. Il a rappelé en mêlée de presse qu'il s'était engagé à légiférer sur ces questions avant l'ajournement des travaux de la présente session.

La législation proclamant la laïcité de l'État est nécessaire pour maintenir la «cohésion sociale» du Québec, selon le premier ministre.

Elle viendra mettre le Québec «à l'abri des extrémismes» religieux, selon le premier ministre, convaincu que bien «des gens craignent que ça se répande au Québec».

Voilà un débat de société qui dure depuis 11 ans et «qu'on doit mettre derrière nous», selon lui.

Le ministre qui pilote les deux projets de loi, Simon Jolin-Barrette, a justifié le recours à la mesure d'exception en blâmant les libéraux, qui ont multiplié, selon lui, les manoeuvres d'obstruction «systématiques» pour retarder l'étude des projets de loi.

«Nous n'avons d'autre choix que d'avoir recours à la procédure d'exception», a dit le ministre en mêlée de presse, qualifiant la laïcité de l'État de «valeur fondamentale, propre et chère aux Québécois.»

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Politique

Sondage Léger/La Presse canadienne: les conservateurs toujours en tête

OTTAWA — Les libéraux fédéraux auraient réussi à freiner leur dégringolade dans les intentions de vote, laisse croire un nouveau sondage.

Un sondage Léger indique que les libéraux ont légèrement réduit l’écart qui les sépare des conservateurs. Ceux-ci occupent la position de tête depuis avril, soit depuis la controverse entourant SNC-Lavalin. L’insatisfaction à l’égard du premier ministre Justin Trudeau et de son gouvernement se serait un peu apaisée.

Plus encourageante pour les libéraux est la question concernant la préférence des répondants entre un gouvernement libéral ou conservateur après le scrutin du 21 octobre. La troupe de Justin Trudeau devance celle d’Andrew Scheer par 14 points de pourcentage.

Le sondage indique aussi que les Canadiens sont plus inquiets de la perspective d’un nouveau mandat de quatre ans des libéraux que par le retour au pouvoir des conservateurs.

Le sondage a été mené du 7 au 10 juin auprès de 1528 Canadiens choisis aléatoirement à partir du panel d’internautes de Léger pour La Presse canadienne. Selon les experts en sondage, les enquêtes en ligne ne peuvent se voir attribuer une marge d’erreur car leur échantillon n’est pas probabiliste.

Selon le sondage, 38 pour cent des répondants ont dit qu’ils auraient voté pour le Parti conservateur si les élections avaient eu lieu aujourd’hui, neuf points de plus que les libéraux à 29 pour cent. Par rapport à l’enquête précédente, les conservateurs ont perdu deux points et les libéraux en ont gagné deux.

Le NPD arrive au troisième rang à 13 pour cent, suivi par les verts à 11 pour cent et le Bloc québécois à quatre pour cent. Le Parti populaire doit se contenter de trois pour cent des intentions de vote.

Au Québec

Au Québec, la lutte est plus serrée. Les conservateurs occupent le premier rang à 30 pour cent, deux points de pourcentage devant les libéraux. Le Bloc québécois est en embuscade à 20 pour cent, devant les verts (10 pour cent), le NPD (9 pour cent) et le Parti populaire (3 pour cent).

L’insatisfaction envers le gouvernement Trudeau demeure grande à 57 pour cent, même si cela représente une baisse de sept points par rapport au sondage précédent. La part des satisfaits a grimpé de cinq points pour atteindre 36 pour cent.

Comme en avril, le quart des répondants disent que M. Scheer serait le meilleur premier ministre parmi les chefs des partis politiques fédéraux. M. Trudeau a progressé de deux points pour atteindre 22 pour cent. Suivent dans l’ordre, la chef du Parti vert Elizabeth May à 8 pour cent, le néo-démocrate Jagmeet Singh à six pour cent et le chef du Parti populaire Maxime Bernier à quatre pour cent.

Pour cette question, le nom du chef bloquiste Yves-François Blanchet n’avait pas été soumis aux choix des répondants.

Politique

Un projet de loi pour rendre la justice plus efficace et aider les personnes vulnérables

Pour rendre la justice pénale plus efficace et rapide, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a déposé jeudi un projet de loi qui a aussi une composante sociale: il vise à éviter aux personnes vulnérables, comme les itinérants, d'être systématiquement envoyées devant les tribunaux.

Le gouvernement du Québec dit vouloir moderniser le système de justice - notamment en se servant des nouvelles technologies - et cela, afin de notamment de réduire les délais.

Le Code de procédure pénale serait donc modifié. Les infractions pénales - à ne pas confondre avec les infractions criminelles - sont nombreuses et prévues par une multitude de lois comme le Code de la sécurité routière, la Loi sur l'assurance-automobile et bien d'autres pour la protection de l'environnement et en matière financière.

«De plus courts délais auront un impact direct sur l'accès à la justice et contribueront à redonner confiance aux Québécois», a déclaré la ministre LeBel en point de presse à Québec.

De plus, si les dossiers se rendent à procès plus rapidement, cela évitera que l'arrêt des procédures soit ordonné en vertu de l'arrêt Jordan.

En 2018, il y avait 116 000 dossiers pénaux ouverts à la Cour du Québec, a-t-elle précisé. Et le délai médian de traitement d'un dossier du début à la fin était de 15 mois en 2016-2017.

Parmi les changements proposés, plusieurs mesures doivent permettre d'adapter le système judiciaire aux personnes en situation d'itinérance ou vivant avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie, qui sont souvent surreprésentées dans le système de justice.

Le projet de loi 32, si adopté, introduirait entre autres la possibilité pour ces personnes de participer à un programme offrant une alternative à une poursuite pénale ou permettant de remplacer les travaux compensatoires par des mesures alternatives. En tenant compte de la situation sociale de certains accusés, le but est de favoriser leur réhabilitation et de leur offrir des solutions de rechange au processus judiciaire.

Des mesures dans le projet de loi permettraient aussi de déterminer des infractions pour lesquelles le non-paiement d'une amende n'enverra pas le contrevenant en prison.

Mme LeBel dit vouloir tenter de mettre fin au phénomène des «portes tournantes»: un cas type est celui où un itinérant reçoit une amende pour flânage. Il ne peut la payer et se retrouve en prison. Pendant ce temps, il a perdu son logement temporaire, se retrouve à la rue et le cycle recommence.

«Ces personnes n'ont pas choisi d'être là, a dit la ministre, et ce n'est pas ce pourquoi le système criminel a été créé.»

De trouver d'autres solutions aiderait aussi à désengorger les tribunaux, a-t-elle ajouté.

Mme LeBel soutient que la mesure législative proposée jeudi prévoit également l'élargissement du régime d'aide juridique par l'introduction de services visant à éviter la judiciarisation, comme l'accompagnement et les conseils juridiques en vue d'une médiation.