Il y avait 29 salles d’opération avant la fusion des quatre hôpitaux sherbrookois (Hôtel-Dieu, Saint-Vincent, Hôpital Fleurimont et Sherbrooke Hospital) en 1996. Il y en a maintenant 19 à l’Hôtel-Dieu et à l’Hôpital Fleurimont.

Plus de salles d’opération réclamées à Sherbrooke

EXCLUSIF / Les blocs opératoires des deux hôpitaux Fleurimont et Hôtel-Dieu ne suffisent plus pour répondre à la demande. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS est actuellement en discussion avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour la construction de nouvelles salles d’opération. En attendant que cela se concrétise, d’autres options plus rapides sont sur la table, comme la location d’heures dans un bloc opératoire privé en ophtalmologie.

Près de 8000 patients sont présentement en attente d’une chirurgie non urgente, dont 172 depuis plus de 365 jours. Mais il y a aussi une liste d’attente du côté de la chirurgie oncologique où 110 patients sont hors des délais prévus de 56 ou de 90 jours selon le type de cancer. Les patients hors délais sont principalement ceux qui souffrent du cancer de la prostate et du cancer de la thyroïde.

Les chirurgies font partie des activités importantes au CIUSSS de l’Estrie-CHUS : on y effectue chaque année plus de 45 000 chirurgies, dont 30 000 seulement dans les deux hôpitaux de Sherbrooke.

« On évalue qu’on manque de capacité aux blocs opératoires », explique Colette Bellavance, directrice des services professionnels (DPS) au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Les chirurgiens plus anciens nous rappellent régulièrement qu’avant la fusion des quatre hôpitaux de Sherbrooke en 1996, il y avait 29 salles d’opération à Sherbrooke. Maintenant, il y en a 19. »

La réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire et sur un territoire très vaste. Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent donc en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc. Les chirurgies complexes, comme celles du cerveau et du cœur, doivent nécessairement être réalisées dans des blocs opératoires possédant des équipements spécialisés et avec du personnel infirmier formé pour assister les chirurgiens dans leurs techniques toujours en évolution.

« C’est difficile de trancher entre les deux volets, parce que cesser les activités spécialisées serait très lourd de conséquences pour un centre universitaire, les étudiants, les chirurgiens qui doivent conserver leurs habilités, pour la région et les patients desservis et il y aurait tout autant d’impacts à freiner les soins courants, qui sont plus simples mais plus nombreux et dont la population a aussi grandement besoin », souligne une source qui préfère ne pas être identifiée.

Avec les années, les techniques chirurgicales se sont aussi beaucoup perfectionnées, notamment du côté du traitement du cancer. « Avant, on n’avait pas de chirurgie à offrir à certains patients. Maintenant, il est possible de leur offrir des chirurgies, et le temps opératoire requis est beaucoup plus long que pour les chirurgies courantes. Certaines chirurgies oncologiques prennent jusqu’à huit heures et même plus. Dans une salle d’opération, on ne traite donc qu’un seul patient par jour. Alors que d’autres chirurgies se font en moins de 45 minutes », image Dre Bellavance.

Un chantier sur une réorganisation

Le manque de personnel a aussi un impact certain sur l’accès aux chirurgies pour les patients estriens. « Dans la dernière année, il y a eu 100 journées où une salle d’opération a dû être fermée à cause du manque de personnel. Ça fait 800 heures de moins en chirurgie. Il faut savoir que la formation du personnel infirmier en chirurgie est très longue, on parle d’au moins six mois », explique Dre Bellavance.

De plus, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaille actuellement sur un vaste chantier de réorganisation de sa planification du temps disponible dans ses blocs opératoires. En effet, pour le moment, les différents services de chirurgie ont des accès très variables aux salles d’opération, et les différents chirurgiens, dans les services, ont eux aussi des accès variables pour toutes sortes de raisons historiques. Ainsi, les listes d’attente par service et par chirurgien varient énormément.

« L’idée d’augmenter le nombre d’heures de bloc est simple mais avec beaucoup d’embûches sur le terrain. Dans ce contexte, le volet saine gestion de ce qui est disponible est encore plus important », soutient une source fiable à La Tribune.

Bloc opératoire privé

La direction du CIUSSS estime qu’elle a optimisé le temps opératoire de chacune de ses salles, même si son chantier sur la gestion des heures attribuées améliorera la situation à terme. Elle considère également que le vieillissement de la population amènera une croissance des besoins en chirurgie et que les techniques chirurgicales évolueront, notamment du côté oncologique, ce qui augmentera le nombre de patients qui voudront se faire opérer.

Il faut donc davantage de salles d’opération pour que davantage de patients puissent avoir accès à leur chirurgie dans les délais requis.

Des travaux sont donc en cours avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Plusieurs options sont sur la table.

La construction de nouvelles salles d’opération en est une.

« Nous envisageons aussi la délocalisation de certaines activités, notamment en ophtalmologie. Nous pourrions avoir une entente avec un bloc opératoire privé en ophtalmologie dont le temps n’est pas utilisé à 100 % », affirme Mme Bellavance.

Cette option pourrait entrer en vigueur prochainement.

« Construire des nouvelles salles d’opération se fait moins rapidement qu’une entente avec une entreprise privée », confirme la DSP.