Robin-Marie Coleman, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Plus de chirurgies hors délai au CIUSSS

Une augmentation des patients qui se font opérer ou qui subissent un examen d’imagerie médicale hors des délais visés par le ministère, un budget légèrement déficitaire et une augmentation du nombre de personnes en assurance-salaire sont les trois indicateurs qui se sont détériorés de façon significative dans les six premiers mois de l’année financière du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS présentait un suivi à son plan annuel, lundi soir, lors de la séance publique du conseil d’administration de l’organisation.

Du côté positif, la direction de l’établissement signale avec fierté que le nombre d’heures en services rendus en soins à domicile (SAD) a augmenté de 30 000 heures en un an.

« C’est très positif, parce qu’avec le vieillissement de la population, il faut qu’on fasse les choses autrement. Si on continuait comme avant, si l’hospitalisation était la seule voie, on n’y arriverait plus. Il faut qu’on puisse maintenir les gens à domicile le plus longtemps possible avec de la qualité et en sécurité », explique Robin-Marie Coleman, présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Du côté des chirurgies, il y a maintenant 1598 personnes en attente d’une chirurgie hors délai, comparativement à 1054 à pareille date l’an passé, soit une augmentation de 52 %.

Mme Coleman rappelle qu’un important chantier comportant plusieurs volets est en cours au CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour réorganiser le temps opératoire. Les salles d’opération de Sherbrooke fonctionnent à plein régime, non seulement pour les chirurgies courantes comme le remplacement d’un genou ou d’une hanche par exemple, mais aussi pour les chirurgies très spécialisées comme les chirurgies oncologiques ou les neurochirurgies.

La Tribune dévoilait d’ailleurs en octobre que le CIUSSS est en pourparlers avec le ministère de la Santé et des Services sociaux pour construire de nouvelles salles de chirurgie dans les hôpitaux de Sherbrooke, en plus de délocaliser les activités de chirurgie en ophtalmologie.

« À ce jour, nous avons augmenté le temps disponible pour les chirurgies; nous opérons plus, mais il y a toujours plus de demandes et nous n’arrivons pas à augmenter les services au même rythme que les demandes », ajoute-t-elle.

Pour arriver à offrir les services dans les délais prescrits, le CIUSSS doit se réinventer et tout ça, en période de pénurie de personnel. « L’exemple des examens IRM que nous allons offrir de nuit en est un bon exemple qu’il faut faire autrement avec ce que nous avons déjà », dit-elle.

Déficit de 1,77 %

Après six mois d’activités, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS présente un déficit de 13,7 millions $, soit environ 1,77 % de son budget annuel d’environ 1,5 milliard. Si rien n’était corrigé, cela donnerait un déficit annuel projeté de 7,9 millions $ à la fin de l’année financière le 31 mars prochain.

« Nous sommes près de l’équilibre budgétaire, et nous prévoyons l’atteindre d’ici la fin de l’année », explique pour sa part Lyne Jutras, directrice des ressources financières au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Parmi nos enjeux, il y a un 10 millions de $ pour de nouvelles molécules contre le cancer qui ne sont toujours pas remboursées par le ministère. C’est aussi une année où le ministère finance beaucoup de développement, une année record, et cela occasionne certaines dépenses avant d’avoir les revenus », explique-t-elle.

« Dans certains cas, le versement des revenus se fera seulement à la fin de l’année financière, quand nous ferons notre reddition de comptes au ministère, si nous démontrons que nous avons atteint les cibles qu’il nous avait fixées », ajoute-t-elle.

Ressources humaines

Il y a en ce moment 1539 travailleurs absents du travail, que ce soit en assurance salaire ou en accident de travail (CNESST). Ils étaient légèrement moins nombreux l’an passé. Au total, cela représente 7,83 % des travailleurs du CIUSSS.

Le travail qui reste à faire est grand, avoue Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous sommes un des seuls CIUSSS au Québec où nous avons réussi à stabiliser notre taux d’assurance salaire. Presque partout ailleurs, le taux s’est détérioré dans la dernière année », précise Mme Paquette.

Là aussi, de nombreuses démarches sont mises de l’avant pour tenter de ramener au travail les employés du CIUSSS.

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Le CIUSSS aurait une note de 92 % d’Agrément Canada

Des visiteurs d’Agrément Canada ont passé une semaine dans les différentes installations du CIUSSS de l’Estrie-CHUS du 20 au 25 octobre dernier. Ils ont procédé à un audit externe sur la qualité des services et des installations. Le rapport final devrait être rendu vers le 6 décembre. Cependant, un rapport préliminaire laisse présager que le CIUSSS de l’Estrie obtiendra une note de 92 %.

Agrément Canada est notamment l’auditeur externe des hôpitaux canadiens. C’est l’organisme qui vérifie leurs pratiques et leur gouvernance pour s’assurer qu’ils soient conformes aux attentes. « C’est aussi un regard extérieur qui nous permet à nous, comme gestionnaires, d’identifier nos forces et nos opportunités et de voir les endroits où nous pouvons nous améliorer », explique la présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Robin-Marie Coleman.

Depuis la création des CIUSSS et des CISSS le 1er avril 2015, le plan des visites d’Agrément Canada est réparti sur cinq années. La direction du CIUSSS sait déjà quand les prochaines visites auront lieu et quels seront les départements visités.

« Cette fois, les visiteurs ont visité entre autres tout le secteur de la santé mentale et des dépendances : l’Hôtel-Dieu, la psychiatrie et l’urgence psychiatrique, l’Hôpital de Granby et aussi des organismes communautaires qui travaillent avec nous. Seulement en santé mentale, nous étions évalués sur près de 500 critères. Il faut comprendre que si un des critères n’est pas rencontré dans un seul de nos points de service, le critère n’est pas présent, nous ne l’avons pas », explique Mme Coleman.

Certains pourraient se demander pourquoi les visites d’Agrément Canada ne sont pas des visites surprises.

« Les visiteurs nous demandent beaucoup de documents, l’accès à de nombreux endroits. Ce serait impossible de répondre à leurs demandes s’ils se présentaient sans avertissement », indique la PDGA.

« Mais il faut dire que 80 % de l’information que les visiteurs récoltent provient des employés, des usagers et de leurs proches. Dans ce contexte-là, l’effet de surprise est moins nécessaire pour qu’ils aient une vision générale de l’établissement. Nous avons eu quelques surprises lors des rencontres avec les employés », nuance Mme Coleman.

Dans le cadre de cette visite, les huit visiteurs d’Agrément Canada, dont un provenant de l’interne, ont évalué 2190 critères dans 20 installations visitées sur le territoire. Près de 200 personnes ont été inscrites à l’horaire au cours de plus de 85 rencontres au cours de la semaine, ce qui a nécessité près de 60 déplacements.

Et qu’arriverait-il si un CIUSSS ou un CISSS avait une très mauvaise note lors de la visite d’Agrément Canada?

« Premièrement, qu’on ait 92 % ou 70 %, nous allons continuer à travailler sur notre plan d’amélioration continue », affirme-t-elle d’entrée de jeu.

« Il pourrait aussi arriver que, si nous avions une mauvaise note, les visiteurs nous donnent tant de temps pour mettre en place des mesures correctives et qu’ils reviennent nous visiter pour voir si les corrections ont été mises en place », précise Robin-Marie Coleman.

Soulignons en terminant que du côté de la gouvernance, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a atteint une note parfaite de 100 %. Dans le rapport préliminaire, on souligne le travail d’une équipe d’administrateurs expérimentés, engagés et vigilants, leur engagement en regard de l’amélioration continue, une gouvernance stratégique en cohérence avec le leadership et une gestion transparente. Le défi souligné sera de maintenir ces hauts standards de gouvernance au cours des prochaines années.