Les étudiants de troisième cycle de l’Université de Sherbrooke se tournent de façon importante auprès de la protectrice des étudiantes et des étudiants Soucila Badaroudine, que l’Université vient de désigner à titre d’ombudsman pour un mandat de cinq ans.

Plaintes à l'ombudsman de l'UdeS : un 3e cycle plus difficile

Les étudiants de troisième cycle de l’Université de Sherbrooke se tournent de façon importante auprès de la protectrice des étudiantes et des étudiants de l’institution (devenue l’ombudsman), si bien que le nombre élevé de demandes d’assistance préoccupe l’institution. C’est ce que révèle le rapport annuel 2016-2017 de la protectrice des étudiants de l’UdeS. Les motifs? Principalement la qualité de l’encadrement et de la direction de la recherche. Les étudiants internationaux doivent dans certains cas faire face à des « obstacles d’ordre systémique ».

Un comité de travail a été formé afin de se pencher sur ces questions.

« Selon l’expérience partagée par la plupart des membres de l’Association des ombudsmans des universités et collèges du Canada, lorsque les demandes d’assistance dépassent le 1 % de sa population totale, il y a lieu de croire que cette catégorie d’étudiants vit une difficulté particulière. Or, les demandes de la part des étudiants du 3e cycle dépassent largement le seuil d’équilibre », peut-on lire dans le document.

Avec une population étudiante d’environ 16 548 personnes, les étudiants de premier cycle ont formulé 154 demandes (0,93 %), les quelque 12 000 étudiants du deuxième cycle 151 demandes (1,24 %) et les 2263 étudiants du troisième cycle, 110 demandes (4,86 %).

Récemment, l’UdeS a entériné la nomination de Soucila Badaroudine à titre d’ombudsman pour un mandat de cinq ans. Elle assumait jusque-là les fonctions de protectrice des droits des étudiants de l’UdeS.

Les demandes d’aide portent majoritairement sur la qualité d’encadrement et la direction de la recherche. La situation des étudiants internationaux retient aussi l’attention. « Plusieurs obstacles d’ordre systémique ont été mis à jour. Même si certaines de ces situations se sont réglées au cas par cas après plusieurs interventions, les préjudices causés à ces étudiants n’ont pas pu être totalement effacés. Ces situations méritent un examen plus approfondi qui sera entrepris dans l’exercice 2017-2018 avec les acteurs concernés », peut-on lire.


«  Avant, les étudiants de deuxième et troisième cycles hésitaient à venir se plaindre... Quand ils venaient, c’était en cachette.  »
Soucila Badaroudine, ombudsman

L’augmentation se voit depuis environ trois ans pour les étudiants de troisième cycle.

« Avant, les étudiants de deuxième et troisième cycles hésitaient à venir se plaindre... Quand ils venaient, c’était en cachette. Ils avaient peur du bris de relation, parce que les conséquences sont grandes pour eux. J’ai l’impression qu’à cause du bouche-à-oreille, les gens se disent que ça donne des résultats, ils ont plus confiance... » commente Soucila Badaroudine. Elle croit aussi que la traduction de politiques en anglais, auparavant uniquement en français, a permis aux étudiants de mieux connaître leurs droits.

Il y a parfois un écart entre les attentes des professeurs et des étudiants.

« Souvent, quand ils arrivent, les professeurs et les étudiants ne se connaissent pas. L’inscription se fait à distance. (...) Ce n’est pas toujours facile de s’adapter l’un à l’autre. Les attentes sont différentes. Le professeur s’attend par exemple à ce que l’étudiant soit très autonome, et l’étudiant n’a jamais eu ce genre d’encadrement. Ailleurs, comme en France ou en Afrique, le professeur est très encadrant. Ça crée souvent des frictions, parce que les attentes ne sont pas répondues... » illustre Mme Badaroudine.

Soucila Badaroudine

« La durée des études présentement est beaucoup plus longue que ce qui est attendu. En partant, ça peut créer des frustrations. Tu rentres au doctorat, tu t’attends à ce que ça prenne quatre ans et finalement tu te rends compte que la moyenne est de six ans... » illustre pour sa part le président du Regroupement des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’UdeS (REMDUS), William Leclerc Bellavance.

Les enjeux sont parfois très grands pour les étudiants internationaux. « Ils sont étrangers, ils ne connaissent pas les façons de faire. Ils ont peur des représailles. C’est cette confiance que j’ai demandé qu’on rétablisse », renchérit Mme Badaroudine.

Parmi les embûches, elle cite le renouvellement du permis d’étude, qui peut représenter « une course à obstacles ».

« On prévoit dans le permis un certain nombre de sessions, mais souvent la première session, c’est de l’adaptation, ce qui fait que les étudiants doivent renouveler leur permis vers la fin de leur programme. Les délais font en sorte que les étudiants se retrouvent dans des situations difficiles. »

« Série de mesures »

La secrétaire générale et vice-rectrice à la vie étudiante, Jocelyne Faucher, note que la direction de l’UdeS prend les recommandations de l’ombudsman au sérieux. Un groupe de travail a été mis sur pied, notamment avec le REMDUS. « À la fin du printemps sortira une série de mesures pour éviter certaines situations. Par exemple, de clarifier dès le début des études quelles sont les attentes (...) L’idée est de ne pas attendre que les problèmes surviennent. »

De façon globale, on peut lire que « les deux tiers de toutes les demandes d’assistance concernent des demandes de consultation et de coaching », tandis que « près du tiers (155) nécessite une intervention lorsque les démarches des étudiants se heurtent à une impasse ».

Le rapport annuel pour 2016-2017 montre une hausse globale de 103 demandes par rapport à l’exercice précédent. La grande majorité de ces demandes provient de la population étudiante.

L’UdeS compte près de 31 000 étudiants sur ses différents campus.

Le REMDUS met sur pied un bureau des droits étudiants

Le Regroupement d’étudiants de maîtrise de diplôme et de doctorat de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) vient tout juste de créer un bureau des droits étudiants pour les cycles supérieurs afin de mieux soutenir ses membres devant les problématiques auxquelles ils font face.

« On a embauché une conseillère juridique, qui a débuté hier (lundi) (...) On veut être outillés et performants dans la représentation de nos membres », explique le président du REMDUS, William Leclerc Bellavance. Avoir une ressource permanente comptant une expertise sera bénéfique pour les étudiants, indique-t-il en citant notamment les nombreux changements d’exécutif des associations étudiantes.

Le REMDUS regroupe les étudiants de deuxième et troisième cycles et compte entre 7000 et 8000 membres.

S’il peut être intimidant de porter plainte contre son directeur de recherche, c’est encore plus vrai pour les étudiants internationaux, pour qui les enjeux sont grands.

« Les professeurs ont quand même un pouvoir incroyable sur l’avenir des étudiants. C’est eux qui décident s’ils réussissent ou non leur maîtrise, leur doctorat. Souvent, ce sont des domaines très pointus, ils connaissent leurs homologues dans d’autres universités ou dans d’autres pays... Ces personnes-là recommandent ou non l’emploi de nos diplômés. Il y a une dynamique qui fait qu’il y a un rapport d’autorité très fort. Tu ne veux pas déplaire à ton directeur de recherche. Et comme dans n’importe quel système, il y en a qui abuse », commente le président du REMDUS.

« Ces personnes-là ont peur de faire valoir leurs droits. Déjà qu’il y a une relation d’autorité forte, pour les étudiants internationaux sous visa d’étude, c’est encore plus vrai. Ce n’est pas seulement la maîtrise ou le doctorat que ça peut affecter, c’est directement s’il reste ou non au Canada », note William Leclerc Bellavance. « Souvent, les plaintes sont portées quand le diplôme termine. »

Parmi les mesures qui demandent réflexion, M. Leclerc Bellavance avance la formation aux professeurs. Certains sont de grands experts dans leurs domaines, mais des améliorations pourraient être apportées au chapitre de leur pédagogie, par exemple.