Pauline Gervais et Irène Désilet ont lancé le mouvement citoyen « Vieillir chez moi, c’est gagnant! » afin de partager leur désir de vouloir demeurer chez elles le plus longtemps possible.
Pauline Gervais et Irène Désilet ont lancé le mouvement citoyen « Vieillir chez moi, c’est gagnant! » afin de partager leur désir de vouloir demeurer chez elles le plus longtemps possible.

Plaidoyer pour «vieillir chez soi»

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Deux résidentes de la région de Sherbrooke, Pauline Gervais et Irène Désilets, implorent le gouvernement d’opérer un changement dans l’organisation et le financement des services à domicile offerts aux personnes âgées afin que celles-ci puissent rester à leur domicile en toute quiétude. Pour que le message se rende à bon port, elles lancent le mouvement citoyen « Vieillir chez moi, c’est gagnant! ».

Le 25 mai dernier, les femmes retraitées du milieu de la santé ont mis en ligne une page web dédiée à ce cri du cœur qui, selon elles, concerne un bon pourcentage de la population vieillissante à Sherbrooke, particulièrement en contexte de la pandémie de la COVID-19.

« La situation actuelle nous oblige à réfléchir à notre avenir, explique Mme Gervais. Beaucoup d’experts s’expriment, mais ma voisine, elle, n’a pas l’occasion de dire ce qu’elle veut. De voir tous les décès en CHSLD et en RPA (Résidences privées pour Aînés), nous a amené à beaucoup parler de l’endroit où on va aller quand on ne sera plus capable d’assurer certaines tâches à la maison », raconte celle qui commence à sentir les effets du vieillissement.

Mme Gervais et Mme Désilets ont travaillé pendant plusieurs années dans le secteur de la gestion du soutien à domicile. Par leurs observations et leurs expériences, elles souhaitent que le système de soins et services aux personnes âgées soit réformé en mettant l’accent sur le soutien à domicile. Selon elles, cela implique une intensification importante des services offerts à la maison.

« Dans les dernières années, avec les fusions d’établissements, on s’est éloigné de la population. Les territoires sont devenus très vastes et l’offre de service est maintenant disséminée. Les équipes de soutien à domicile, qui autrefois intervenaient dans des secteurs ciblés et qui connaissaient bien leur population, couvrent de plus grands territoires et ne connaissent plus nos besoins », dénonce Mme Gervais.

Les trois pistes de solutions proposées par ce mouvement citoyen touchent la réorganisation des soins à domicile par plus petits secteurs, le soutien apporté aux proches aidants et la continuité de certains services à distance instaurés pendant la récente période de confinement.

« C’est un cri du cœur! [...] Il existe des pistes de solutions pour améliorer les services et il faut une réforme du système de soins et de services pour les mettre en pratique », mentionne Mme Gervais.

En quelques jours seulement, les investigatrices ont reçu l’appui de plus de 250 personnes de partout au Québec ayant exposé leurs histoires et leurs craintes directement sur la page web de l’initiative.

« Ils ont peur de perdre leur autonomie et de ne pas avoir les services qui leur permettraient de poursuivre leur vie à la maison ou dans un logement et de devoir déménager. Ces personnes veulent vivre chez elles le plus longtemps possible », précise Mme Gervais.

Une opinion partagée 

Joint au téléphone, le président de la FADOQ de la région de l’Estrie, Paul Legault, tenait à apporter son soutien aux deux femmes ainsi qu’à toutes les personnes concernées par le manque de soins à domicile.

« En mon nom personnel, j’appuie fortement la démarche de ce mouvement et je veux que Mme Gervais et Mme Désilets sachent que la FADOQ travaille dans le même sens qu’elles », a-t-il déclaré.

« En voyant le nombre de décès actuellement dans les CHSLD, nos membres n’ont pas envie de quitter leurs maisons et c’est tout à fait comprenable, raconte M. Legault. Ces gens-là ont contribué toute leur vie à bâtir notre société et on n’a pas les ressources nécessaires pour bien les traiter aujourd’hui », se désole-t-il.

À cet effet, le Réseau FADOQ, qui rassemble et représente les personnes de 50 ans et plus dans le but d’améliorer et de conserver leur qualité de vie, a récemment présenté à la ministre des Aînés et des Proches aidants une « liste de recommandations qui engendreraient des impacts positifs ».

« Le message est déjà entendu, selon M. Legault. Le gouvernement sait qu’il doit agir. Il faut garder nos aînés dans leur milieu de vie. Ils y sont plus heureux et ça coûte moins cher à l’État », affirme-t-il.

Pour plus d’informations ou pour appuyer le mouvement citoyen, visitez le https://www.vieillirchezmoi.org/