Le Regroupement des boisés de Sherbrooke demande à l’administration Lussier de remettre à l’avant-plan la protection de son territoire en aires écologiques ainsi que la mobilité durable.

Plaidoyer pour une ville plus verte

Sherbrooke a-t-elle abandonné l’idée de devenir « la ville verte du Québec »? À quelques heures de l’ouverture du lac-à-l’épaule qui doit réunir les élus sherbrookois vendredi et samedi à l’hôtel de ville, le Regroupement des boisés de Sherbrooke interpelle le maire Steve Lussier et son administration afin que les questions entourant la qualité de l’environnement et le développement durable soient au cœur des priorités de l’actuel conseil municipal.

Dans une lettre adressée au maire Lussier, et dont La Tribune a obtenu copie, le Regroupement rappelle qu’un rapport produit en 2009 à la demande de l’administration Perrault avait élaboré des recommandations précises afin de faire de Sherbrooke une ville exemplaire en matière de gestion des aires écologiques et de développement durable.

Parmi ces recommandations, la Table sur les aires écologiques demandait à la Ville de protéger 12 % de son territoire en aires écologiques de qualité d’ici 2020 — un pourcentage que plusieurs villes ont revu à la hausse depuis. La Table demandait aussi à la Ville de repenser le système routier et la façon de se déplacer par mobilité durable, notamment en reliant les corridors verts de la ville.

Or, depuis la production de ce rapport, le Regroupement de boisés de Sherbrooke dit ne pas sentir « une vision suffisamment claire et à long terme » à l’égard des enjeux environnementaux, alors que plusieurs projets domiciliaires ou commerciaux voient le jour un peu partout sur le territoire.

« On a l’impression que la Ville réagit seulement lorsque des citoyens se lèvent, au lieu de prendre les devants sur les questions environnementales », déplore Lucie Desgagné, coordonnatrice pour le Regroupement de boisés de Sherbrooke, qui cite le cas du carré Belvédère où la grogne des citoyens semble ignorée de la part de l’administration municipale. « Les gens de ce secteur ont clairement exprimé, et à plusieurs reprises, qu’ils ne voulaient pas de stations d’essence. Pourquoi la Ville ne réagit pas? Elle dit que les promoteurs respectent les règlements. Mais il faudrait qu’il y ait plus d’écoute… ».

Mme Desgagné croit que Sherbrooke est en mesure de faire preuve de leadership en ce qui concerne les enjeux liés à l’environnement. « Si Drummondville a été capable de développer un écoquartier, pourquoi Sherbrooke n’est pas capable d’assumer un plus grand rôle? »

Dans une lettre aux lecteurs, parue la semaine dernière dans La Tribune, l’ancien président du comité citoyen ayant produit le rapport, Michel Montpetit, interpellait à son tour la Ville en demandant si l’environnement faisait « encore » partie des préoccupations des élus.

« Ces dernières années, on a aboli la division environnement de la Ville de Sherbrooke, et cela malgré que l’Université de Sherbrooke forme 73 % des étudiants de 2e cycle en environnement au Québec (…) Elle a aussi aboli CHARMES, qui était devenu une référence pour les autres municipalités », rappelait M. Montpetit.

Créé en mai 2017, le Regroupement de boisés de Sherbrooke est formé de l’Association citoyenne pour la protection du Boisé-Fabi, du Regroupement du Bois Beckett, du comité de citoyens du Boisé-Belvédère, du Boisé des Deux-Ruisseaux, des Amis du parc Victoria, auquel s’est joint Jean-Marie Croteau, ancien président du Regroupement du Mont-Bellevue.

Selon sa coordonnatrice, l’objectif du Regroupement de boisés de Sherbrooke n’est pas de « partir en guerre » contre l’administration municipale, mais plutôt de rappeler la place que les enjeux environnementaux doivent occuper dans les priorités de la Ville.

« On ne cherche pas du tout la confrontation, souligne Lucie Desgagné. On espère une meilleure écoute et une collaboration. On croit que l’élection d’un nouveau conseil est une occasion en or pour relancer les discussions sur une véritable stratégie en environnement. »

Les priorités de Beaudin 

Tout indique que les enjeux environnementaux occuperont une part importante des échanges lors du lac-à-l’épaule. La conseillère de Sherbrooke Citoyen, Évelyne Beaudin, a en effet annoncé jeudi qu’elle entend soulever la question de la mobilité durable parmi les priorités auxquelles le conseil devrait s’attaquer. Elle estime que la mobilité durable a fait les frais du gel de taxe du maire Lussier :

« Alors qu’on observe d’autres grandes villes au Québec se lancer dans des projets structurants en matière de transport, il semble que Sherbrooke soit demeurée coincée au 20e siècle, dit-elle. J’espère que non seulement nous en ferons une priorité budgétaire pour 2019, mais que nous saurons réfléchir à la mobilité durable dans son ensemble », a exprimé la conseillère municipale, qui entend également soulever des questions entourant les processus démocratiques et la prospérité économique lors du lac-à-l’épaule.