Le palmarès attribue la mention « dangereux » au CHSLD D'Youville de Sherbrooke.
Le palmarès attribue la mention « dangereux » au CHSLD D'Youville de Sherbrooke.

Pires ratios dans les CHSLD: l’Estrie pas épargnée

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
La Presse canadienne
Le palmarès des pires CHSLD de la province en ce qui a trait au ratio professionnels de la santé / patients dévoilé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) mercredi n’épargne pas les centres d’hébergement sous la gouverne du CIUSSS de l’Estrie — CHUS.

Les centres d’hébergement de Granby (Villa-Bonheur) et de Sutton présentent les pires résultats de la région. Ils sont classés comme « très dangereux ». 

Viennent ensuite, dans cet ordre, les installations de Weedon, East Angus, Marie-Berthe-Couture (Granby), Saint-Joseph (Sherbrooke), Valcourt, Windsor, D’Youville (Sherbrooke), Asbestos, Cowansville, Farnham, Lac-Mégantic, Leclerc (Granby), Memphrémagog. Le palmarès leur attribue la mention « dangereux ».

La liste recense les pires quarts de travail rapportés dans ces endroits. On y apprend par exemple que seulement deux infirmières accompagnées de deux infirmières auxiliaires avaient la charge de 144 patients pendant un quart de nuit au CHSLD de Saint-Joseph ou encore que deux infirmières, dont l’une auxiliaire, ont pris soin de 71 personnes pendant une nuit.

Les centres d’hébergement Saint-Vincent-de-Paul (Sherbrooke), Vittie-Desjardins (Granby), Argyll (Sherbrooke) et Brome-Missisquoi-Perkins (Cowansville) font meilleure figure, se trouvant tout au bas du palmarès, classés moins problématiques.

La palme du pire ratio revient toutefois à un centre d’hébergement de Longueuil alors qu’une seule infirmière a dû s’occuper de 224 résidants durant la nuit.     

Le palmarès dévoilé par le syndicat révèle que la Montérégie-Est détient la palme des pires ratios professionnels en soins/patients.

Des ratios de « 200, 224, 180, 125 patients » par infirmière, « ce n’est pas de la fiction, c’est la réalité », a lancé la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, en entrevue avec La Presse Canadienne. La situation actuelle dans plusieurs établissements du Québec est tout simplement « dangereuse » et explique des « événements tragiques mis en lumière » pendant la pandémie.

Visiblement exaspérée, Mme Bédard s’est demandé « comment pensez-vous qu’en un quart de travail de huit heures ces deux personnes-là sont capables de voir l’ensemble de ces patients-là, de leur prodiguer des soins, qu’on les évalue, qu’on fasse des plans d’intervention à chacune de ces personnes-là, qu’on réponde à leurs besoins et qu’on soit capable de garantir la dignité des personnes qui vivent en CHSLD »?

Le syndicat affirme que le ministère de la Santé a convenu que le ratio devrait être d’une infirmière ou une infirmière auxiliaire par 38 à 44 patients durant la nuit.

Lors d’un point de presse, mardi, le premier ministre François Legault s’est dit prêt à « tout faire » pour réduire la charge de travail des infirmières.

C’est « la bonne nouvelle de la semaine », s’est réjouie Mme Bédard, qui a noté que les négociateurs du gouvernement ne sont « pas capables » de prononcer le mot « surcharge ». Elle souhaite que les paroles du grand patron soient « la clé » dans cette négociation.

Une grande partie de la pénurie d’infirmières est « artificielle », réplique la présidente de la FIQ à l’affirmation du premier ministre selon laquelle former une infirmière, ou même une infirmière auxiliaire, ne peut se faire en quelques mois, comme cela a été fait pour les préposés aux bénéficiaires.

Les infirmières « tombent au combat » par milliers, a noté Mme Bédard. Elles vont en congé de maladie, démissionnent ou prennent des retraites prématurées pour « sauver leur peau ».

« Si on veut qu’elles reviennent, qu’elles restent ou qu’elles s’en viennent dans le réseau de santé publique, il faut commencer à donner des conditions de travail. »

Quant à l’affirmation du premier ministre soutenant ne pas pouvoir à la fois améliorer les conditions de travail et offrir des augmentations de salaire plus élevées que l’inflation, Mme Bédard lui fait remarquer que la concurrence privée est intense et que les agences qui « viennent chercher tout notre monde offrent le double du salaire ».

Les infirmières comptent toujours faire une grève d’heures supplémentaires obligatoires cette fin de semaine pour dénoncer leurs conditions de travail.