Le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu subit une grande pression alors qu’il fait face à une augmentation de sa clientèle et à des durées de séjours plus longs, alors que le manque de main-d’œuvre est toujours important.

Peur et tensions en psychiatrie

Plusieurs employés du département de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu craignent pour leur sécurité quand ils se présentent à leur travail. Quand les patients se retrouvent en situation de crise, il manque régulièrement de personnel formé et compétent pour les contrôler. De plus, les salles d’isolement essentielles dans ce genre de situations sont souvent occupées par des patients que l’on ne peut coucher nulle part ailleurs.

« Il y a certains soirs où presque toutes les salles d’isolement sont occupées par des patients du débordement de l’urgence psychiatrique. Résultat : quand on a besoin d’une salle d’isolement maintenant, on doit sortir le patient moins agressif pour entrer le pire... Mais le patient d’avant en a toujours autant besoin. On appelle ça « le jeu de la salle d’iso musicale »! C’est très dangereux. Je ne me sens pas en sécurité dans de telles situations », déplore un employé.

Le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu fait en effet face à de sérieux défis actuellement : plus de patients se présentent à l’urgence, et ces cas plus lourds nécessitent des hospitalisations plus longues. Conséquence : le département et l’urgence de santé mentale sont pratiquement toujours en débordement. Le taux d’occupation frôle régulièrement les 125 % dans un département qui compte 105 lits. Les salles d’isolement sont donc régulièrement utilisées comme chambres, faute de place.

La tentative de meurtre d’un patient sur un agent d’intervention et son agression sur un autre employé, deux jours plus tard, en octobre dernier, a toutefois donné l’élan à la direction du CIUSSS pour amorcer des travaux afin d’améliorer la sécurité.

« La sécurité de nos employés et de nos usagers est une de nos grandes préoccupations. Depuis décembre, nous avons une grande mobilisation pour soutenir une démarche et un comité paritaire a été mis en place avec la mise en œuvre d’un plan d’action à court terme », soutient Andrée Duquette, directrice adjointe à la direction des programmes de santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Il y a eu quelques accidents de travail au cours des derniers mois, dont la tentative de meurtre, mais « moins qu’on aurait pu le penser », ajoute Mme Duquette qui se dit néanmoins très préoccupée.


« Notre équipe de réponse aux Code blanc sera aussi mieux formée »
Andrée Duquette

Outre le trop grand nombre de patients sur les étages de psychiatrie, de nombreux autres problèmes sont déplorés par les membres du personnel interrogés par La Tribune.

« Il y a beaucoup d’employés qui ont peur d’intervenir auprès des patients en crise, alors qu’ils ont des primes pour ça », déplore un autre employé.

C’est vrai, concède Mme Duquette : « Nous aurons bientôt des rappels de la formation Oméga pour les employés. Notre équipe de réponse aux Code blanc sera aussi mieux formée ».

Le programme de formation Oméga vise à développer des habiletés et des modes d’intervention pour que les intervenants puissent assurer leur sécurité et celle des autres en situation d’agressivité.

De nouveaux outils feront leur apparition sous peu sur les étages, comme des chaises de transport adapté et des masques anti-crachats.

« Avec une formation Oméga bien ajustée, on va diminuer l’agressivité », assure Mme Duquette.

Durée moyenne augmentée

Cela dit, il y a certaines variables que ne peut contrôler la direction du CIUSSS. « Quand on a un patient qui rentre à l’hôpital pour une chirurgie de la hanche, on sait exactement de combien de jours d’hospitalisation il aura besoin. En santé mentale, on ne peut pas savoir ça. On est dans le « mou » si on peut dire. La durée moyenne de séjour sur nos unités a augmenté dans la dernière année. On travaille en collaboration avec l’équipe médicale », ajoute-t-elle.

Des sommes ont été allouées dans la dernière année à la direction de la santé mentale pour améliorer son offre de service à l’extérieur de l’hôpital. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de budgets supplémentaires », se réjouit Andrée Duquette.

« Nous sommes en construction de nouvelles équipes qui vont entrer en fonction en avril, mai. Ce sont des projets qui prennent du temps, mais on y arrive. On est confiant que l’ajout des équipes à l’extérieur va aider à diminuer la pression sur l’hospitalisation », se réjouit-elle.

D’autres mesures seront prises au cours de l’année pour venir en aide au personnel de la psychiatrie.

La mise en place du comité paritaire et les actions posées par la direction du CIUSSS satisfont le SCFP-FTQ, qui représente le personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers, dont deux membres ont été agressés en octobre dernier.

« On a fait beaucoup d’interventions en lien avec le 7e étage. Le manque de main-d’œuvre dans le réseau de la santé se fait sentir dans cette unité particulièrement critique. Quand il manque un agent d’intervention sur un étage en psychiatrie, ça peut avoir des impacts importants sur la sécurité », soutient le conseiller syndical Francis Gervais.

« Par contre, beaucoup d’actions ont été mises de l’avant par la direction depuis la tentative de meurtre de la mi-octobre », ajoute-t-il.