Jean Perrault a déposé son mémoire à la commission parlementaire sur l’avenir des médias.

Perrault dépose son mémoire à la Commission parlementaire sur l'avenir des médias

À défaut d’avoir pu participer à la Commission sur l’avenir des médias d’information, l’ex-maire de Sherbrooke Jean Perrault a envoyé son mémoire à la suite de mobilisation spontanée de la communauté estrienne aux parlementaires. En attendant de taxer les géants du Web comme Google, Facebook et Amazon, il propose de créer un fonds compensatoire pour les producteurs de contenus à l’image de celui qui a été créé pour les producteurs laitiers.

M. Perrault, également porte-parole du comité des leaders de la communauté sherbrookoise et estrienne, recommande aussi de créer un crédit d’impôt sur la masse salariale des employés des médias d’information de la presse écrite et un fonds d’aide à la relève pour la rémunération de stagiaires et des passerelles entre les universités et les médias traditionnels. 

D’autres idées comme une quote-part des budgets publicitaires de tous les ministères et sociétés d’État du gouvernement québécois réservée aux médias traditionnels, l’élimination des frais de recyclage et un soutien fiscal important pour les consommateurs qui s’abonnent à un produit d’information collective sont mentionnés dans le mémoire de M. Perrault. 

« La Commission a reçu les mémoires, elle a accusé la réception du nôtre, commente-t-il. Nous, publiquement, il faut continuer d’en parler. Je pense que la situation mérite un montant compensatoire temporaire jusqu’à ce que le dossier des GAFA soit réglé à l’international. On en a pour quelques années. »

Important pour la région

Tout au long de son document d’une quinzaine de pages, qui a été remis aux députés de la région, M. Perrault parle de son expérience personnelle avec La Tribune, lui qui a vu le journal couvrir ses exploits en ski nautique dans les années 1960 et qui a fait état de ses nombreux projets à titre de politicien dans les années 1990 et 2000. 

« Quand je suis allé en France pour les championnats du monde de ski nautique en 1963, ce n’est pas les médias nationaux qui m’ont présenté lorsque je suis arrivé 6e au monde, témoigne-t-il. C’est La Tribune qui m’avait couvert. Des exemples comme ça, il y en a à la tonne. Si on n’a plus le quotidien La Tribune à Sherbrooke, qui va parler de nous? » se questionne l’ancien maire lors d’une entrevue téléphonique. 

M. Perrault se rappelle de nombreux dossiers qu’a touchés La Tribune au cours des années. « Quand il y a eu la création de l’Université de Sherbrooke en 1950, c’était flagrant. Dans ces années-là, construire une université à Sherbrooke, c’était de tomber sur la tête, ça n’avait pas de bon sens. La Tribune était là », rappelle-t-il. 

« Dans les années 60, mon père était entrepreneur et il devait aller à Montréal, renchérit M. Perrault. Il y avait du péage sur l’autoroute des Cantons-de-l’Est. Les citoyens se demandaient pourquoi ils devaient payer, alors que c’était gratuit entre Montréal et Québec, par exemple. La Tribune a fait des reportages et ils ont enlevé le péage. »

D’autres exemples ont été ressortis par M. Perrault, comme la création de la faculté de médecine qui semblait irréaliste, le maintien de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, la survie des usines Domtar et Kruger, entre autres. « La Tribune est un outil essentiel pour une région comme la nôtre », pense celui qui a réuni plus d’une vingtaine de leaders de la communauté avec l’objectif de sauvegarder le quotidien régional.

D’ailleurs, selon lui, la propriété intellectuelle des journalistes est à protéger. « Il y a déjà assez de monde qui vous vole vos articles. Le journaliste écrit un article, la radio va le reprendre si ça lui tente, ça ira sur Facebook, ça ira ailleurs. Le journaliste aura fait l’effort d’appeler l’intervenant, aura lu des choses, aura écrit et pour les autres, c’est gratuit », exprime Jean Perrault, qui se dit « animé » dans son combat pour garder le journal sherbrookois.


+ « On ne lâchera pas »

La communauté d’affaires de Sherbrooke attend impatiemment le 16 septembre, date où la valeur de La Tribune et des autres quotidiens de Capitales Médias deviendra publique. Les entrepreneurs pourront donc analyser les revenus et les dépenses de l’entreprise pour imaginer un plan de relance plus précis. 

« Il y a des communications et des encouragements qui se font, assure Jean Perrault. Des gens nous disent qu’ils ont hâte de voir le plan d’affaires. Ils sont sensibles, intéressés à apporter leur support financier, mais il faut voir le plan d’affaires. Il faut voir comment La Tribune s’oriente pour les 10 prochaines années. Il y a des gens qui s’expriment, ils disent qu’ils seront là s’il y a un plan d’affaire viable avec un support gouvernemental », assure-t-il, sans nommer de noms. 

Des gens d’affaires se sont montrés sensibles à la situation que vivent les médias régionaux. « J’ai rencontré un entrepreneur qui disait ne jamais avoir fait d’investissement dans La Tribune. Il a réalisé qu’il y avait une possibilité de perdre le quotidien. Il a mentionné son désir de publier un ou deux cahiers par année sur son entreprise. Avec l’alerte qui a été sonnée, ces gens ne sont pas insensibles. Ils vivent ici », explique-t-il, visiblement réjoui. 

« Les gens sont en alerte, ça dure un ou deux mois. Notre devoir, quand on va avoir des nouvelles, le plan d’affaire et qu’on va se restructurer, il faut continuer à animer le milieu. Celui-ci est prêt, de concert avec nous. On ne lâchera pas », résume Jean Perrault.