Le nombre d’inscriptions au cours de boucherie est en baisse au Centre de formation 24-Juin de Sherbrooke, malgré une forte demande de personnel sur le marché du travail. Sur la photo, Jimmy Létourneau, étudiant du Centre 24-Juin.
Le nombre d’inscriptions au cours de boucherie est en baisse au Centre de formation 24-Juin de Sherbrooke, malgré une forte demande de personnel sur le marché du travail. Sur la photo, Jimmy Létourneau, étudiant du Centre 24-Juin.

Pénurie de bouchers en Estrie

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Comme partout ailleurs au Québec, l’Estrie est aux prises avec une pénurie de bouchers. Et ce, au moment où la demande pour les produits de boucherie et de charcuterie n’a jamais été aussi florissante. Une situation qui inquiète non seulement les propriétaires de boucherie, mais aussi les écoles de formation, qui peinent à recruter un nombre suffisant d’élèves pouvant répondre aux nombreuses offres d’emplois.

«Partout au Québec, il y a un retour des boucheries, constate Patrick Cloutier, copropriétaire des boucheries du Terroir, qui possède un établissement au Marché de la gare et un autre à Chambly.  Il y a de plus en plus de boucheries un peu partout, les gens aiment de plus en plus acheter des viandes de qualité, bien apprêtées, mais la main-d’œuvre n’est pas au rendez-vous. C’est un gros problème. Pas seulement ici, à la grandeur du Québec», constate M. Cloutier.

Déjà propriétaire de deux établissements, M. Cloutier et son associé s’apprêtent malgré tout à ouvrir une troisième boucherie sur le boulevard Industriel, dans le secteur St-Élie.  Or, à quelques semaines de l’ouverture, les deux associés sont toujours en mode recherche. «On met des annonces partout, mais on n’a pas encore trouvé», avoue M. Cloutier.

Peu d’inscriptions

Au Pavillon du Vieux-Sherbrooke, situé sur la rue Wellington Nord, devant l’hôtel de ville, le cours de boucherie compte présentement 13 élèves. Un nombre deux fois moins élevé que la moyenne des 10 dernières années, explique le directeur adjoint de l’établissement, Jean Turgeon.

«Et je peux vous dire qu’on a travaillé extrêmement fort pour réussir à faire un groupe de 13. Habituellement, le cours se donne avec 22 ou 23 élèves. Mais comme on ne voulait pas perdre le cours, faute d’inscriptions, on a redoublé d’efforts pour aller en chercher le maximum», explique M. Turgeon.

Le Centre 24-Juin décerne un diplôme de boucher au terme d’une formation de 900 heures, répartie sur 37 semaines. Le cours se termine par un stage en entreprise d’une durée de trois semaines. «Plus souvent qu’autrement, nos élèves sont embauchés avant même de commencer leur stage, sinon à la fin. Le taux de placement est de 100 pourcent.»

La pénurie est telle, non seulement en Estrie, mais aussi à l’échelle du Québec, que le ministère de l’Agriculture, Pêcheries et Alimentation (MAPAQ) a mis en place un kiosque consacré uniquement  à la formation du secteur bioalimentaire lors du dernier Salon national de l’alimentation qui s’est tenu à Montréal. Selon le MAPAQ, un emploi sur huit au Québec se trouve dans le secteur bioalimentaire.

Métier valorisant

Selon Patrick Cloutier, de la Boucherie du Terroir, la pénurie de main-d’œuvre n’est pas unique au secteur de la boucherie. Selon lui, il s’agit d’un phénomène qui touche l’ensemble des métiers manuels.

«Aujourd’hui, les parents veulent que leurs enfants aillent à l’université.  Devenir boucher,  ce n’est pas très valorisé. Pourtant, c’est tellement un beau métier.  C’est vrai que c’est un métier dur et exigeant physiquement. Mais c’est aussi un métier tellement valorisant. Quand vous préparez une pièce de viande pour un client et que ce client-là revient vous dire à quel point il a aimé ça, c’est très valorisant. Tu te couches le soir et t’es content de ta journée de travail…»