Le manque d’intérêt du ministère de la Santé et des Services sociaux envers les services de tatouage a surpris le secrétaire adjoint au Collège des médecins du Québec, Dr Jean-Bernard Trudeau. « Si le Ministère ne se sent pas interpellé, on peut peut-être avoir une discussion avec lui pour voir qui on peut interpeller », a-t-il réagi mercredi.

Pas d'encadrement des services de tatouage, répond le MSSS

Le monde du tatouage pourrait bien rester sans encadrement pour un bon moment, en dépit des recommandations d’un groupe de travail du Collège des médecins du Québec (CMQ) sur cette question. Aux yeux du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), cette sphère d’activités ne relève pas de son ministère.

« Les centres d’esthétique sont des entreprises privées et ne relèvent pas du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) à l’exception des salons de bronzage, où les études scientifiques ont clairement démontré leur rôle dans les risques du cancer de la peau », fait valoir le Ministère dans un courriel. 

Or, dans d’autres provinces, c’est le ministère de la Santé qui garde un œil sur ces activités. Par exemple, illustre le rapport du CMQ, en Ontario, les boutiques de tatouage doivent se conformer aux normes établies par la direction de la santé publique du ministère de la Santé. Le groupe de travail s’est penché sur cette question dans un rapport beaucoup plus large qui touchait la médecine esthétique.

Rappelons que la directrice de la santé publique de l’Estrie, Mélissa Généreux, a mis en garde la population devant la popularité grandissante du tatouage amateur, à la suite d’un incident survenu dans un parc du secteur de Saint-Élie-d’Orford. 

Dre Généreux se montre préoccupée que le tatouage de type « Stick N’Poke » gagne en popularité : cette méthode, simple et accessible, a la particularité de pouvoir être pratiquée un peu partout, et ce, dans des conditions d’hygiène inadéquates. 

Interrogée sur l’absence d’encadrement des activités de tatouage lors d’un point de presse mardi, Dre Généreux y voit l’occasion de baliser cette sphère d’activités, comme d’autres provinces l’ont fait. C’est le cas notamment de l’Ontario, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Surprise

Secrétaire adjoint au Collège des médecins du Québec, Dr Jean-Bernard Trudeau se montre surpris de la réponse de Québec. « J’ai l’impression qu’il s’agit d’une réponse préliminaire », fait-il valoir. Le Dr Trudeau souligne que l’organisation entend faire un rappel des recommandations et voir où elles en sont rendues. « Si ce n’est pas dans la cour du Ministère, c’est dans la cour de quelqu’un d’autre », note Dr Trudeau, en soulignant qu’il s’agissait d’un enjeu de santé publique. 

« Si le Ministère ne se sent pas interpellé, on peut peut-être avoir une discussion avec lui pour voir qui on peut interpeller. » Il pense contacter Dre Généreux afin de voir si certaines stratégies peuvent être mises en place.

Le MSSS indique que selon plusieurs études, les risques de transmissions d’infections comme le VIH et les virus des hépatites B et C par le tatouage et le perçage dans les salons offrant ces services « sont très faibles puisque dans la plupart des cas, les mesures de protection sont bien appliquées. » Des risques d’infection bactérienne ont aussi été évoqués par la santé publique de l’Estrie. 

« Le problème de transmission se retrouve surtout dans les contextes de tatouage artisanal particulièrement en milieu carcéral », indique le MSSS.

La préoccupation de la Santé publique de l’Estrie concernait principalement le tatouage exercé par des amateurs, dans des lieux qui ne sont pas conçus à cette fin. Rappelons que deux jeunes hommes se sont livrés au Service de police de Sherbrooke (SPS) après avoir sollicité des mineurs dans le but de leur vendre leurs services de tatouage. Ce genre d’événement ne serait cependant pas un incident isolé. Dans ce cas-ci, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter outre mesure pour les personnes tatouées. Les personnes témoin de tels exercices ont été invitées à contacter la DSP, mais celle-ci ne comptabilisait aucun appel mercredi. 

Étant donné que ce domaine n’est pas réglementé, aucune accusation ne pouvait être portée contre les deux hommes. Ils ont reçu des amendes de 100 $ plus les frais pour avoir sollicité ou vendu leurs services sans autorisation, pour avoir enfreint la réglementation municipale.