Le gouvernement a annoncé la réouverture des garderies et centres de la petite enfance dès le 11 mai à l’extérieur de la région de Montréal, mais en se limitant à un taux de fréquentation d’uniquement 30 % de leur clientèle habituelle.
Le gouvernement a annoncé la réouverture des garderies et centres de la petite enfance dès le 11 mai à l’extérieur de la région de Montréal, mais en se limitant à un taux de fréquentation d’uniquement 30 % de leur clientèle habituelle.

Parents avec travail essentiel, enfant sans garderie

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Même s’ils sont des travailleurs essentiels, Samuel* et Justine*, comme plusieurs autres parents, ont été privés de leur garderie par les circonstances entourant la COVID-19. Désespérément à la recherche d’une place en garderie qui permettra à Justine de commencer à travailler au CIUSSS de l’Estrie—CHUS comme prévu le 25 mai, les parents se retrouvent devant une « organisation impossible ».

Rappelons que le gouvernement a annoncé la réouverture des garderies et centres de la petite enfance dès le 11 mai à l’extérieur de la région de Montréal, mais en se limitant à un taux de fréquentation d’uniquement 30 % de leur clientèle habituelle. Cette réouverture met alors fin aux services de garde d’urgence. 

« On ne peut pas laisser à la maison un petit garçon de deux ans et lui dire ­ “on doit aller aider des personnes âgées, ce ne sera pas long, ça va prendre huit heures” », image Samuel, qui ne peut s’empêcher de constater la désorganisation à laquelle est confrontée le réseau des garderies actuellement. 

« Je comprends le 30 %, et nous avons apprécié toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement depuis le début, mais je pense qu’il y a un besoin de repartir de l’économie, sans pour autant être capable de répondre aux besoins des gens qui travaillent. On demande aux gens d’aller travailler, mais on ne redémarre pas la machine pour aider les gens qui ont un contexte de vie de famille. Je pense que la copie serait à revoir sur cet aspect-là », note celui qui œuvre dans le domaine de l’alimentation. 

Depuis le début de la crise sanitaire et pour les deux prochaines semaines, Justine s’affaire à terminer sa dernière session de technique de soins infirmiers à la maison. « Je m’occupais du petit le matin pour qu’elle puisse étudier, et ensuite je partais travailler l’après-midi et je revenais en soirée pour qu’elle retourne étudier. Ça ressemblait presque à une garde partagée », raconte Samuel.  

Cependant, sa session arrivant à sa fin et son externat au CIUSSS étant déjà au programme, le couple voit sa situation se compliquer. Justine, qui devait travailler dans un département différent, pourrait même être réaffectée en CHSLD pour combler d’importants besoins de main-d’œuvre. 

« Avant la pandémie, nous avions une garderie en milieu familial que nous adorions, et qui était tout près de la maison, dit-il. Finalement, nous avons appris jeudi qu’elle ne rouvrirait pas, puisque la propriétaire a une condition particulière qui la rend vulnérable et qu’elle n’a pas eu l’autorisation de son médecin pour rouvrir. Nous étions vraiment déçus, mais nous comprenons et ne lui reprochons absolument rien. »

Les deux Sherbrookois ont contacté la Place 0-5 ans, comme le recommande le ministère de la Famille. « Vous êtes en attente pendant des heures. Finalement avec le 30 % et le nombre d’éducatrices qui ne pourront pas retourner au travail, c’est certain qu’il y aura des laissés pour compte », déplore Samuel. 

« Nous faisons le tour des garderies de la ville. Nous avons eu la bonne surprise d’avoir peut-être un CPE qui pourrait nous offrir quelques heures de dépannage par semaine, mais nous ne pouvons pas nous inscrire puisque Justine n’est pas encore considérée officiellement travailleuse essentielle, comme elle ne commence que le 25 mai. En gros, le lundi qu’elle commence, nous devons rappeler pour savoir s’ils ont de la place la journée même. Avec un enfant de deux ans, c’est ingérable de se faire dire la journée même s’il y a quelques heures ou quelques journées éventuellement, et en plus de manière temporaire en attendant que les autres enfants reviennent à temps plein. » 

Impossible de faire appel à la famille non plus. Les proches de Samuel demeurent sur un autre continent, tandis que les parents de Justine sont d’âge vulnérable. 

« On ne sait pas quand et si notre garderie va pouvoir rouvrir. En étant lucides, on s’entend que dans deux mois, il y aura encore de la COVID-19. Si on ne trouve pas de moyen de le faire garder, je ne vois vraiment pas ce qu’on va pouvoir faire. C’est impossible pour Justine ou moi de modifier nos horaires de travail ni de faire du télétravail. »

* Des noms fictifs ont été utilisés pour le couple, qui préférait ne pas rendre publique son identité.