Henry Mbatika, coordonnateur à la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie : « Ceux qui en arrachent le plus présentement sont les nouveaux arrivants qui étaient en recherche d’emploi ou qui venaient tout juste de se trouver un emploi lorsque la pandémie est arrivée. »
Henry Mbatika, coordonnateur à la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie : « Ceux qui en arrachent le plus présentement sont les nouveaux arrivants qui étaient en recherche d’emploi ou qui venaient tout juste de se trouver un emploi lorsque la pandémie est arrivée. »

Pandémie : Un dur coup pour les immigrants

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Un pas en avant, deux en arrière… Alors que le taux de chômage des immigrants avait réussi à atteindre un creux historique, la pandémie aura effacé tout le terrain gagné depuis quelques années. Et voilà qu’une deuxième vague bat son plein!

« Dire que la pandémie a fait mal aux communautés culturelles est un euphémisme », admet d’emblée Henry Mbatika, coordonnateur à la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie (FCCE), qui regroupe plus d’une dizaine d’associations de citoyens issus de l’immigration.

Le mois dernier, le taux de chômage en Estrie atteignait 13,1 % pour l’ensemble de la population. Or, faut-il le rappeler, un an plus tôt, la région baignait pratiquement dans le plein emploi avec un taux de chômage de 4,7 %.

Selon l’Institut du Québec (IDQ), si le marché de l’emploi s’est montré résilient depuis le début de la deuxième vague, certains indicateurs demeurent plus inquiétants. 

Parmi ceux-ci, « le taux de chômage des immigrants demeure plus élevé que celui des personnes nées au Canada », observe l’IDQ dans sa dernière mise à jour.

Les immigrants font donc partie des groupes les plus affectés par la pandémie lorsqu’il est question de taux d’activité et de chômage. « En septembre 2020, nous avions souligné que les femmes, les immigrants reçus ainsi que les personnes faiblement scolarisées n’avaient pas encore retrouvé les niveaux d’emplois qui prévalaient avant la crise. Le constat, en période de deuxième vague, demeure le même », précise Jean-Guy Côté, de l’IDQ.

En temps normal, le taux de chômage des immigrants est plus élevé que celui des personnes nées au Canada. Mais cet écart s’était rétréci avant la pandémie, en raison notamment de la rareté de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. 

Avant la pandémie, la différence entre le taux de chômage des 25-54 ans nés au Canada et celui des immigrants de ce même groupe d’âge se situait à 2,9 points de pourcentage. Or, au cours de l’été 2020, cet écart s’est creusé à 5,9 points dû au fait que le taux de chômage des natifs diminuait et que celui des immigrants restait à des niveaux élevés. 

En octobre 2020, le taux de chômage des immigrants est revenu sous la barre des 10 % (il était à 6,1 % en octobre 2019) et la différence entre les groupes a chuté à 3,9 points de pourcentage, selon les données non désaisonnalisées de l’IDQ.

Reprise à deux vitesses

Ces données font dire à certains analystes que le Québec se dirige vers une reprise à deux vitesses dans laquelle certains groupes, dont les immigrants, risquent d’être laissés pour compte. 

« Ceux qui en arrachent le plus présentement sont les nouveaux arrivants qui étaient en recherche d’emploi ou qui venaient tout juste de se trouver un emploi lorsque la pandémie est arrivée, souligne M. Mbatika. Ceux-là n’ont pas eu droit à la PCU ou à la Subvention salariale d’urgence. » 

À Sherbrooke, une dizaine de familles se sont retrouvées dans cette situation au plus fort de la crise sanitaire, estime le coordonnateur de la FCCE.

« On a travaillé avec les associations culturelles pour les aider à diriger leurs membres vers les ministères ou les organismes communautaires, mais ce n’est pas toujours facile. Plusieurs de ces personnes ont décidé de quitter la région et de s’en aller ailleurs, comme à Montréal, où ils ont un réseau et où ils peuvent partager un logement avec quelqu’un de leur communauté. »

S’il est vrai que l’accès à l’emploi passe inévitablement par la francisation, encore faut-il que la formation soit facilement accessible à tous. Ce qui n’est pas toujours le cas en temps de pandémie alors que les cours se donnent de plus en plus en ligne.

« Comme dans la société en général, ce ne sont pas toutes les personnes immigrantes qui savent se servir d’un ordinateur, précise M. Mbatika. Cela fait des années qu’on demande de la formation sur l’utilisation d’un ordinateur. »

Une telle formation permettrait non seulement aux personnes immigrantes d’accroître leur autonomie et leurs chances de décrocher un emploi, mais elle leur permettrait aussi d’aider leurs enfants dans leurs apprentissages scolaires et à mieux s’intégrer dans leur milieu, fait valoir M. Mbatika.