Dre Mélissa Généreux, spécialiste en santé publique et médecine préventive
Dre Mélissa Généreux, spécialiste en santé publique et médecine préventive

Paliers de couleurs et confusion

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Une récente enquête de l’Université de Sherbrooke sur les impacts psychosociaux de la pandémie montre que le sentiment de cohérence, qui est la capacité de comprendre, de maîtriser et de donner du sens aux événements stressants, serait « fortement lié » à la santé psychologique des gens. Le concept de zone de couleurs, mis en place par le gouvernement, apporte évidemment son lot de défis en ce sens.

L’enquête, menée du 4 au 14 septembre dans sept régions du Québec (dont l’Estrie), montre qu’« un adulte sur cinq aurait eu des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisé ou une dépression majeure » au début de l’année scolaire.

En situation de pandémie, ces problèmes seraient exacerbés par une mauvaise compréhension de la situation, un manque de confiance envers le gouvernement et l’adhésion à de fausses croyances.

Selon la Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, les messages d'autorités qui changent rapidement selon l’évolution de la situation pourraient contribuer aux comportements plus téméraires de certains groupes de personnes.

« Je salue le courage qu’ont eu les autorités à essayer d’être moins catégoriques dans les mesures émises, avec les paliers de couleurs notamment. L’intention était bonne et cela a permis d’éviter des dommages collatéraux. En contrepartie, le message devient encore plus difficile à comprendre pour les citoyens. Je comprends le bien-fondé, mais ce concept alimente la confusion et le manque de compréhension. »

« Les messages changent souvent et la compréhension du niveau de risque évolue. Le sentiment de cohérence, qui permet de comprendre et de donner du sens aux événements stressants, diminue. On voit, avec le temps, qu’il y a un épuisement. Les gens sont fatigués », constate Dre Généreux.

Elle ajoute que les intervenants des milieux communautaires, cliniques et municipaux observent une augmentation linéaire dans le temps relativement à la méfiance des gens face aux autorités.

« Même quand les messages étaient stables au printemps, il y avait un enjeu de littératie en santé. Avec une situation qui évolue et qui s’intensifie de jour en jour, ça peut devenir difficile de s’adapter. Le fait que le risque ne soit pas égal partout, ça fait également beaucoup d’informations à s’approprier. »

Selon Dre Généreux, les communications officielles devraient mettre l’accent non seulement sur le problème, mais aussi sur la capacité à maîtriser la situation. « Comment agir? Quelles sont les ressources mises à notre disposition? Les discours pourraient être à échelle plus locale. Les municipalités pourraient aussi jouer un rôle plus grand », mentionne-t-elle.

Malgré certains désaccords entre les divers groupes de personnes face aux autorités, Dre Généreux appelle à la bienveillance. « Les gens oublient que l’ennemi, c’est le virus. Il n’existe pas de solutions parfaites », conclut celle qui a été directrice de la santé publique en Estrie pendant six ans.