Les étudiants au Cégep de Sherbrooke Sachel Cardi-Bissonnette et Mélina Raymond dénoncent le fait que l’institution verse plusieurs milliers de dollars chaque année à Visa et MasterCard, puisque les paiements de frais de scolarité en ligne ne peuvent se faire que par carte de crédit.

Paiement par carte de crédit: des étudiants dénoncent une pratique du Cégep

Lorsque les étudiants du Cégep de Sherbrooke paient leurs frais de scolarité sur la plateforme en ligne Omnivox, ils ne disposent que d’une modalité de paiement : par carte de crédit. À chacune des transactions, une fraction du montant de celle-ci est donc retournée à Visa ou MasterCard.

« Le Cégep a calculé qu’environ 2,5 % du montant de chaque transaction est versé à Visa ou Mastercard. Par année, ça fait environ 60 à 70 000 $ juste pour le Cégep de Sherbrooke qui sont, on va dire, perdus en frais de transactions », explique Sachel Cardi-Bissonnette, étudiant au DEC en Arts, lettres et communication à Sherbrooke.

« On multiplie ça dans tous les cégeps, et on en vient à un montant qui est quand même élevé, surtout dans une période d’austérité. Il y a un discours de "on peut se permettre de perdre de l’argent", mais "on doit se serrer la ceinture, couper les services non essentiels" », déplore-t-il.

M. Cardi-Bissonnette et sa collègue Mélina Raymond ont réalisé un reportage à ce sujet pour le journal étudiant À voie autre. Ils déplorent qu’une telle somme soit ainsi « gaspillée », et estiment que l’institution pourrait mettre en place des solutions.

« À l’Université de Sherbrooke, par exemple, on peut payer ses frais de scolarité par transactions bancaires. Ça n’occasionne aucuns frais, l’Université offre aux étudiants de payer à partir de toutes les institutions bancaires et interdit le paiement par cartes de crédit. C’est une bonne solution au problème », souligne Mme Raymond.

« Une somme de 70 000 $, on peut trouver que ce n’est pas beaucoup à l’échelle du Cégep, qui gère un budget de plus de 60 M$ par année. Mais ce montant pourrait servir à embaucher un éducateur de plus, ou aider à financer un voyage », renchérit M. Cardi-Bissonnette.

Une réflexion en cours

La directrice du Cégep de Sherbrooke, Marie-France Bélanger, indique que l’institution est en réflexion à ce sujet.

« Ce qui a déclenché ça, c’est que les étudiants, à la demande de l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AECS), bénéficient maintenant d’un service d’assurance. Ils se sont associés à l’ASEQ (l’Alliance pour la santé étudiante au Québec) pour offrir un service d’assurance. Ça, c’est nous qui le percevons sur les factures des étudiants, et on le verse à l’ASEQ. C’est un service qu’on offre pour que nos étudiants soient couverts, on pense que c’est une bonne chose pour eux. Mais ça a mis en en évidence le fait que ça augmente les coûts, et on ne peut faire autrement que par carte de crédit : si on le fait en ligne, c’est par carte de crédit », explique-t-elle. « On va peut-être demander à la compagnie qui fournit le progiciel de gestion d’intégrer des modalités pour payer directement l’institution bancaire. On est en train de réfléchir à ça. Ce n’est pas simple à régler. »

Différentes modalités sont toutefois prévues pour payer la facture si les étudiants se présentent en personne au comptoir. Sachel Cardi-Bissonnette et Mélina Raymond soulignent toutefois dans leur reportage qu’environ 80 % des étudiants du Cégep de Sherbrooke ont payé leurs frais de scolarité par Omnivox cette année, et qu’il n’est pas réaliste de penser que les 6000 étudiants du Cégep pourraient aller payer sur place.

La direction du Cégep de Sherbrooke de l’établissement n’a pas pu confirmer à La Tribune que le montant versé à Visa et MasterCard s’élève bien entre 60 et 70 000 $ par année, tel qu’indiqué dans le reportage produit par les étudiants.