La période de fermeture dominicale aura été de courte durée, les commerçants ayant eu la bénédiction gouvernementale pour rouvrir dès ce dimanche 24 mai selon les modalités du déconfinement de chaque région.
La période de fermeture dominicale aura été de courte durée, les commerçants ayant eu la bénédiction gouvernementale pour rouvrir dès ce dimanche 24 mai selon les modalités du déconfinement de chaque région.

Ouverture des commerces le dimanche: reprise d’un débat?

Andréanne Beaudry
Andréanne Beaudry
La Tribune
Les commerces seront fermés le dimanche, annonçait le 30 mars dernier le gouvernement Legault pour donner un répit aux travailleurs essentiels en pleine période de confinement provoquée par le coronavirus. Surprenante, la directive a été acceptée sans vague autant par les commerçants que par la clientèle.

La période de fermeture dominicale aura cependant été de courte durée, les commerçants ayant eu la bénédiction gouvernementale pour rouvrir dès ce dimanche 24 mai selon les modalités du déconfinement de chaque région.

Propriétaire de la Boucherie du Terroir de Sherbrooke, Patrick Cloutier ne s’en cache pas, il aurait aimé garder ce rythme avec pause du dimanche à long terme. 

«Les employés apprécient vraiment ce congé. Oui, ils sont habitués à travailler les fins de semaine, mais avoir une journée de congé, le dimanche, en même temps que tout le monde, c’était vraiment bien», souligne le propriétaire de la Boucherie du Terroir.

Patrick Cloutier a même envisagé conserver son nouvel horaire sur six jours, mais après discussions avec ses concurrents de la région, il n’a eu d’autres choix que de se rallier. 

«Ils m’ont appelé pour me demander si on se tient toute la gang avec une fermeture. On s’est rendu compte que ce n’est pas tout le monde qui était en mesure de le faire. Et finalement, tout le monde ouvre, alors je ne veux pas être seul à ne pas le faire», explique Patrick Cloutier, dont le commerce rouvrira donc ses portes le dimanche.  

Le propriétaire de la Boucherie du Terroir estimait pourtant être en mesure de bien vivre avec une semaine de six jours plutôt que de sept. Cette courte période «test» provoquée par la COVID-19 a même amené une augmentation de son récent chiffre d’affaires. Sans compter la gestion allégée des horaires.

«Nos employés sont surtaxés, et j’ai même de la misère à bâtir mes horaires pour six jours. Donc sept, ça risque d’être [encore] un casse-tête. […] Mais quand tu es le seul fermé, ça va un peu à l’encontre des autres», confie Patrick Cloutier. 

Garder le rythme

Richard Lavallée, propriétaire du Marché Lavallée à Lac-Mégantic, a de son côté décidé de rester fermé le dimanche, pour le moment du moins. Après entente avec une autre boucherie de la région, il a opté pour une prolongation de deux semaines encore.

«Franchement, j’ai écrit une publication Facebook pour annoncer que nous étions fermés pour les deux prochains dimanches. Et les commentaires portent beaucoup à réfléchir», souligne Richard Lavallée.

La clientèle du Marché Lavallée accueille en effet la fermeture dominicale sans problème, soulignant que le dimanche est une journée dédiée à la famille et au repos. On fait remarquer qu’il reste encore six jours pour faire les emplettes, et certains n’hésitent pas à encourager le commerçant à adopter un horaire sur six jours toute l’année durant en invitant les autres entreprises du Granit à en faire autant par solidarité.

Suivre le mouvement

La vice-présidente et directrice générale de la Chambre de commerce et industrie de Sherbrooke, Louise Bourgault, indique par ailleurs que les commerces en alimentation semblent s’orienter vers une réouverture le dimanche, mais à contre-gré puisqu’il s’agit pour eux de frais supplémentaires. 

«Je ne pense pas que nous allons vendre plus, mais seulement étirer notre clientèle sur plusieurs journées, analyse Patrick Cloutier. Oui, il y aurait moins de pression pour la journée de samedi, mais on commençait à s’habituer. J’avais juste plus de monde sur le plancher.»

Beaucoup de questions, peu de réponses

Quant aux pertes d’emplois potentielles soulevées par certains, entre autres pour les étudiants en quête de postes à temps partiel, Patrick Cloutier soulève des doutes. 

«J’en engage des étudiants, et ils ne veulent pas nécessairement travailler les fins de semaine. Souvent, ils demandent à travailler seulement une journée. Donc ceux qui chialent que la fermeture priverait les jeunes d’emplois étudiants, c’est parce qu’ils n’en ont jamais embauché», indique le propriétaire de la Boucherie du Terroir.

De son côté, Richard Lavallée ne croit pas que la fermeture consensuelle de commerces comme le sien entraînerait nécessairement une migration de la clientèle vers les épiceries et grandes surfaces.

«La pression concernant cette crainte de perdre sa clientèle, je pense que c’est nous autres qui nous la mettons. Les Walmart, les Maxi et les Métro sont ouverts et nous pensons que notre clientèle va migrer vers ces endroits, mais si le client veut de la bavette marinée du Marché Lavallée, c’est chez nous qu’ils devront venir», indique Richard Lavallée.

Autant Richard Lavallée que Patrick Cloutier estiment que la clientèle pourrait s’adapter à la fermeture définitive des commerces le dimanche en étant plus prévoyante pour ses achats.

«Je ne sais pas à quel point je serais gagnant d’ouvrir ou pas, mais bref je me pose beaucoup de questions et je n’ai pas les réponses», fait valoir Richard Lavallée.

La petite histoire du dimanche

Dès le début et presque tout au cours du XXe siècle, la loi sur l’observance du dimanche interdisait à tout le monde de tenir une activité commerciale ou d’exercer son métier le dimanche.

En 1992, Gérald Tremblay, alors ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement Bourassa, dépose son projet de loi afin de permettre l’ouverture des commerces le dimanche.

Le gouvernement libéral espère alors aider le Québec à se sortir des relents d’une récession économique en créant de l’emploi et en générant des possibilités accrues de consommation. Le ministre Tremblay devra non seulement convaincre l’opposition du parti québécois, mais une importante frange de la population attachée à cette journée de repos hebdomadaire.

La loi adoptée en décembre viendra finalement modifier les heures et les jours d’ouverture des établissements commerciaux. On peut désormais ouvrir sept jours sur sept, mais jusqu’à 17h le dimanche, sauf dans le cas des restaurants, dépanneurs et librairies qui peuvent rester ouverts à leur guise.

Le premier ministre François Legault a ainsi créé un premier précédent en près de 28 ans en ordonnant le 30 mars dernier la fermeture des commerces le dimanche, et ce afin d’offrir un répit aux travailleurs au front.