« Tout le monde ouvre ou bien tout le monde ferme. S’il n’y a pas de loi qui impose la fermeture de certains commerces le dimanche, ils vont tous rester ouvert », explique David Dupuis.
« Tout le monde ouvre ou bien tout le monde ferme. S’il n’y a pas de loi qui impose la fermeture de certains commerces le dimanche, ils vont tous rester ouvert », explique David Dupuis.

Ouverture des commerces le dimanche : la recette du plaisir instantané

Sherbrooke — Des décennies d’ouverture le dimanche, quelques semaines de fermeture en plein pandémie, puis ce déconfinement vers les anciennes habitudes. Mais le débat est relancé comme il l’avait été en 1992 lorsque le gouvernement libéral avait déposé ce projet de loi permettant désormais aux commerces de faire des affaires le dimanche. Des affaires qui profitent à qui?

Chargé de cours et responsable du baccalauréat en Économique à l’Université de Sherbrooke, David Dupuis explique que l’ouverture des commerces le dimanche avantage les commerces. 

La raison est simple. Une grande partie de la consommation provient d’une décision spontanée et instantanée, fait valoir David Dupuis en ajoutant que ce n’est pas un type de consommation récupérable par la suite.

« Tu es devant la télévision, il est 22 h et tu vois une annonce de McDonald’s ou d’un autre restaurant, par exemple. Alors, tu te déplaces et tu vas le chercher. Donc, tu l’as consommé parce que le restaurant était ouvert. Et bref, il y a eu une transaction, entre guillemets, de type économique », illustre le chargé de cours de l’École de gestion.

Un désir de consommation qui peut être immédiatement assouvi et avantage clairement le commerçant, alors que s’il est freiné par des restrictions d’heures d’ouverture, le consommateur aura le temps nécessaire pour restreindre, contrôler et oublier son envie de consommer. La transaction n’aura souvent pas lieu.

David Dupuis

« La plupart du temps, c’est un besoin à combler de façon instantanée. Nous sommes des petites bêtes qui misent beaucoup sur l’autogratification instantanée », explique David Dupuis pour rappeler l’avantage économique du commerçant.

« Essentiellement, un plaisir aujourd’hui vaut mieux qu’un plaisir demain. Dans les faits, si le commerce est fermé, il y a probablement une grande partie de ce commerce-là qui ne se récupérera pas demain », mentionne encore une fois David Dupuis.

Les petites habitudes avant tout

David Dupuis comprend les commerçants, surtout les propriétaires de petits commerces, qui aimeraient fermer leurs portes le dimanche. D’un point de vue personnel, il considère que le congé est souvent plus important pour les propriétaires puisque ce sont souvent eux qui comblent ces heures d’ouverture supplémentaires.

« En théorie, si le voisin est ouvert, tu n’as pratiquement pas le choix d’ouvrir aussi. Parce que tu ne voudrais pas que les relations commerciales établies s’affaiblissent parce qu’un client apprend à connaître ton concurrent, une journée où toi tu n’étais pas ouvert », souligne David Dupuis.

L’enjeu est là : tout le monde ouvre ou bien tout le monde ferme. En d’autres mots, ajoute l’économiste, s’il n’y a pas de loi qui impose la fermeture de certains commerces le dimanche, ils vont tous rester ouverts.