La ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau a dévoilé le plan de compensation aux producteurs laitiers de son gouvernement vendredi matin. Les 11 000 producteurs du pays vont toucher 1,75 milliard $ sur une période de huit ans.

Ottawa verse une compensation de 1,75 milliard aux producteurs laitiers

La ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau a finalement dévoilé le plan de compensation de son gouvernement aux 11 000 producteurs laitiers du pays vendredi matin à la ferme laitière Valley Clan de Compton. Les producteurs se partageront une cagnotte de 1,75 milliard $ sur une durée de huit ans et un premier versement sera effectué dès cette année, à condition que le Parti libéral du Canada reste au pouvoir. Sinon, une nouvelle entente devra être négociée avec le prochain gouvernement.

Après une attente angoissante de plusieurs mois, les producteurs laitiers canadiens obtiendront enfin un répit suite à la concession de parts de marché dans la foulée de la ratification de nouveaux accords de libre-échange. L’argent sera versé aux producteurs sous forme de compensation directe pour la première année par la Commission canadienne du lait, dont un premier montant de 345 M$ sera distribué cette année. 

« L’annonce d’aujourd’hui démontre à quel point notre gouvernement respecte nos producteurs et qu’il croit au système de la gestion de l’offre, affirme Marie-Claude Bibeau, qui a procédé à l’annonce dans sa circonscription de Compton-Stanstead, où se trouvent près de 500 producteurs laitiers. Comme promis, les compensations déployées de façon pleines et équitables afin de permettre à chacun de prendre les meilleures décisions en fonction des nouvelles réalités du marché et de leur situation respective. »

« Nos producteurs laitiers sont le cœur de nos communautés rurales et des piliers de l’économie canadienne, note la ministre. C’est pour cela que notre gouvernement s’est engagé à défendre le système de la gestion de l’offre, un système vital pour assurer la prospérité des producteurs laitiers. Il était primordial pour notre gouvernement de défendre ce système dans les négociations avec nos partenaires économiques. »

À titre d’exemple, le propriétaire d’une ferme de taille moyenne de 80 vaches se verra accorder un premier chèque de 28 000 $ d’ici la fin de l’année 2019. Ce même propriétaire touchera à terme plusieurs autres dizaines de milliers de dollars si le Parti libéral demeure au pouvoir à la suite des élections fédérales. Si ce n’est pas le cas, une nouvelle entente devra être négociée avec le nouveau gouvernement. 

« Bien que nous soyons reconnaissants de l’annonce d’aujourd’hui, nous aurions préféré qu’il n’y ait aucune concession sur notre production laitière intérieure, déclare pour sa part Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada. Il ne fait aucun doute que concéder une partie de notre marché laitier intérieur a eu un impact majeur sur le gagne-pain des producteurs laitiers. Le premier ministre Trudeau l’a reconnu et s’est engagé à l’atténuer. »

« Le premier ministre a pris un autre engagement, poursuit M. Lampron. Aucune autre concession ne sera faite sur notre marché laitier intérieur dans les futures négociations commerciales. Nous nous attendons à ce qu’il respecte cet engagement également. »

Les producteurs de lait de brebis et de chèvre devront quant à eux attendre avant de recevoir des sommes du gouvernement. La situation est la même pour les producteurs de volailles et d’œufs ainsi que les transformateurs, qui devront toujours attendre de savoir quand et comment leur sera versé leurs indemnisations de 3,9 milliards de dollars pour combler les pertes encourues par la conclusion de ces plus récents accords commerciaux.

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Les producteurs s’estiment encore perdants

Le dévoilement du plan de compensation du gouvernement fédéral a suscité de vives réactions dans la communauté des producteurs laitiers. Bien que les producteurs apprécient que le premier paiement se fasse par dépôt direct, ils estiment que les compensations monétaires ne combleront pas la perte de leurs parts de marché. 

Les producteurs laitiers de la région attendaient cette annonce de pied ferme depuis plusieurs mois. Frappés durement par les multiples concessions de parts de marché, ils avaient hâte de connaître le plan du gouvernement fédéral pour les indemniser. Des éléments du plan les ont encouragés, mais la majorité d’entre eux demeurent perdants au terme de cette tempête.

« Les producteurs ont réussi à obtenir le premier paiement par dépôt direct, c’est une victoire en soi, partage André Coutu, propriétaire de la ferme Coubert de Compton, qui compte 110 vaches laitières. Ils vont pouvoir décider ce qu’ils vont faire avec cet argent au lieu d’avoir à l’investir dans leurs installations. »

« La première somme de 345 M$ est séparée équitablement entre les producteurs de toutes tailles, ça va aider certes, mais l’entrée du lait américain et des fromages étrangers sur notre marché a fait beaucoup chuter le prix du lait, qui ne s’en est pas encore remis », ajoute-t-il.

De son côté, le propriétaire de la ferme Québec Lynch de Coaticook, Gilbert Lynch, estime que le montant versé en guise de compensation par le gouvernement fédéral ne couvre qu’une infime partie des pertes encourues par son entreprise suite à la perte des parts de marché.

« La compensation du gouvernement représente un pansement sur une profonde blessure, le problème demeure malgré la tentative de le dissimuler, exprime-t-il. J’ai 80 vaches laitières, donc je vais recevoir un montant de 29 000 $ cette année, mais j’ai perdu près de 100 000 $ en revenus l’année dernière seulement. »

« Le contrôle de nos parts de marché était très important, maintenant que le gouvernement en a donné 9 % aux producteurs étrangers, la croissance de notre industrie est arrêtée. Selon moi, l’annonce d’aujourd’hui est purement politique. »

Un geste concret

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Estrie, François Bourassa, dresse lui aussi un bilan partagé du plan de compensation annoncé vendredi matin à Compton. « C’est une excellente nouvelle que la Commission canadienne du lait soit responsable de distribuer l’argent aux producteurs, il y aura beaucoup moins de partes administratives, déclare-t-il. Toutefois, les producteurs avaient demandé à être compensés sur une durée de cinq ans, ce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir. La somme accordée permettra de rembourser environ 70 % des pertes encourues par les producteurs depuis la perte des parts de marché. »

« Sur un chiffre d’affaires entre 500 000 et 600 000 $, 29 000 $, c’est bien peu, reconnaît M. Bourassa. Au moins, le gouvernement a posé un geste concret, il va y avoir des chèques dans les boites aux lettres des producteurs laitiers. »

Pour sa part, le ministre du Cabinet fantôme conservateur responsable de l’Agriculture et l’Agroalimentaire Luc Berthold a fait la déclaration suivante par voie de communiqué peu après le dévoilement du plan.

« Il est honteux qu’il ait fallu quatre ans à Justin Trudeau pour présenter le même plan que notre gouvernement conservateur précédent avait mis en place. La raison pour laquelle les libéraux annoncent ce soutien aujourd’hui n’est pas qu’ils veulent aider les secteurs sous la gestion de l’offre, mais que les élections fédérales ont lieu dans quelques semaines seulement. S’il soutenait vraiment les secteurs sous la gestion de l’offre, il aurait annoncé une indemnisation il a des années, pas juste avant les élections alors que son gouvernement baigne dans le scandale. »

« Les conservateurs ont toujours compris l’importance des secteurs sous la gestion de l’offre pour l’économie canadienne, a-t-il renchéri. Un gouvernement conservateur dirigé par Andrew Scheer va continuer à défendre les producteurs d’œufs, de volaille et de lait et à traiter des intérêts des familles agricoles en priorité. »

La Fédération des chambres de commerce du Québec a quant à elle déclaré que les compensations aux producteurs laitiers doivent être versées dès que possible et que celles dues aux transformateurs ainsi qu’aux autres producteurs agricoles touchés doivent suivre rapidement.