Sylvain Bergeron, technicien en informatique, travaille sans relâche depuis le 30 mars pour mettre à niveau des ordinateurs qui ont été donnés et qui seront redistribués à des élèves dont la famille n’en possède pas.
Sylvain Bergeron, technicien en informatique, travaille sans relâche depuis le 30 mars pour mettre à niveau des ordinateurs qui ont été donnés et qui seront redistribués à des élèves dont la famille n’en possède pas.

Ordis recherchés pour élèves confinés

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Tandis que pour certains élèves, la perte de motivation se faire sentir dans la poursuite des apprentissages à distance, d’autres n’ont tout simplement pas accès à l’essentiel : un ordinateur. Voyant le fossé des inégalités sociales se creuser avec le confinement, l’ex-commissaire scolaire Christelle Lefevre et le technicien Sylvain Bergeron ont démarré le 30 mars dernier un projet de collecte et de redistribution d’appareils informatiques qui souhaite aujourd’hui faire appel à la générosité des entreprises.

Grâce à un grand nombre de dons individuels, le collectif Un ordi pour nos élèves, qui compte maintenant une douzaine de bénévoles, a réussi à fournir un ordinateur à 140 familles de la région de Sherbrooke, ce qui a permis d’avoir un impact auprès de la scolarité de 392 enfants de niveau primaire ou secondaire. Près d’une vingtaine d’adultes étudiants, provenant par exemple de classes de francisation ou du Centre d’éducation populaire de l’Estrie ont également pu recevoir un appareil. 

Travaillant de concert avec plusieurs enseignants et intervenants de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke et de la Commission scolaire Eastern Townships, le collectif détient cependant toujours une liste d’attente de 35 familles, qui pourrait bien continuer de s’allonger. 

« On sait que les entreprises commencent à rouvrir et à reprendre du service. On se dit qu’il y a peut-être quelques appareils qui dorment parce qu’ils ont par exemple été remplacés par de plus puissants. Alors on les invite à nous en faire don pour que nous puissions leur donner une deuxième vie », explique Christelle Lefevre. 

Mme Lefevre et M. Bergeron ont lancé leur initiative quelque temps après la fermeture des écoles en raison de la pandémie de COVID-19. 

« C’est bien beau dire qu’on poursuit l’école à distance, mais c’est tenir pour acquis que tout le monde a un ordinateur, alors que c’est faux. Les enfants qui proviennent de familles qui ont les moyens sont avantagés, et c’est discriminatoire. Puis, les ordinateurs servent aussi de filet social : les enseignants peuvent avoir un contact visuel avec leurs élèves, et c’est aussi par internet que toutes les demandes d’aide financière passent en ce moment. »

Mme Lefevre a donc contacté Sylvain Bergeron, dont le commerce, Inforditech, a dû fermer temporairement. Celui-ci n’a pas tardé à accepter d’entrer dans l’aventure. 

Les demandes d’ordinateurs et les offres de dons se font principalement par le biais de la page Facebook créée à cet effet, nommée « Un ordi pour nos élèves (Région de Sherbrooke) ». Les appareils donnés sont récupérés sans contact par des bénévoles, puis désinfectés et remis à niveau par M. Bergeron. « Il fait un travail extraordinaire, souligne Mme Lefevre. Il travaille bénévolement sept jours sur sept depuis le 30 mars, et il veut même qu’on continue après le confinement. » 

Reproduire le modèle 

Mme Lefevre explique que les demandes concernent souvent des familles nombreuses et immigrantes ou des familles monoparentales. « Il y a des familles où on retrouve des enfants au primaire et au secondaire, et où le parent est aussi étudiant, dit-elle. Nous nous assurons de pouvoir offrir au moins un ordinateur pour quatre ou cinq étudiants d’une même famille. » 

Elle espère également que le modèle pourra se répéter ailleurs dans la province, puisqu’elle reçoit déjà des demandes en dehors de la région de Sherbrooke. Des répliques du projet ont notamment été démarrées dans les MRC du Haut-Saint-François et de Memphrémagog. 

« Je leur ai fourni tous mes outils pour qu’ils puissent se mettre en place. Le gros problème en ce moment pour ces antennes-là est qu’elles n’ont pas de technicien », explique-t-elle.