Mélissa Généreux, professeure-chercheuse en santé publique et médecine préventive à l’Université de Sherbrooke.
Mélissa Généreux, professeure-chercheuse en santé publique et médecine préventive à l’Université de Sherbrooke.

« On va s’en sortir plus fort qu’avant »

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Professeure-chercheuse en santé publique et médecine préventive à l’Université de Sherbrooke, Dre Mélissa Généreux reconnait que de resserrer les mesures sanitaires en plein mois de novembre peut sembler inquiétant pour la santé mentale des Québécois. Elle affronte toutefois cette deuxième vague avec positivisme.

« Je vois vraiment une différence entre la crise du printemps dernier et maintenant », explique Dre Généreux. « Le gouvernement apprend. On apprend. Le discours de la santé mentale, du bien-être et des impacts psychosociaux est beaucoup plus présent et on le sent davantage dans les mesures qui sont prises. » 

Dre Généreux salue en premier lieu l’annonce du ministre Lionel Carmant, délégué à la Santé et aux Services sociaux, d’une enveloppe de 100 M$ consacrés aux services en santé mentale. 

« C’est difficile en tant que chercheur de toujours apporter des statistiques et des mauvaises nouvelles en lien avec la santé mentale. C’est très motivant de constater que nos recherches et nos recommandations sont prises en compte. Maintenant que l’on reconnait qu’il y a un problème, on peut travailler sur des pistes de solutions. » 

Celle qui a été directrice de la santé publique en Estrie pendant six ans se réjouit également de savoir que l’autorité sanitaire se prévaudra d’un spécialiste en communications. 

Rappelons qu’en septembre, une étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, dont fait partie Dre Généreux, relatait l’importance du sentiment de cohérence des gens face à la pandémie de COVID-19. « Ce premier facteur est de loin le plus fortement lié à la santé psychologique », indiquait-on.

« Une pandémie de cette envergure à l’ère des réseaux sociaux, c’est une situation unique qui génère énormément de mésinformations », explique Mélissa Généreux. « Dr Arruda est un très bon communicateur et je ne crois pas que cette décision le vise précisément. C’est normal de prendre un certain recul sur ce que nous avons fait jusqu’à maintenant et d’établir de meilleures stratégies. Les communications sont le nerf de la guerre, croit-elle. La décision me paraît tout à fait logique et elle contribuera favorablement au sentiment de cohérence en plus de réduire les impacts psychosociaux. »

Les jeunes en priorité

Selon les recherches effectuées par Dre Généreux, les adolescents et les jeunes adultes seraient les plus vulnérables en ce moment. « Il faut absolument instaurer un climat d’écoute et être vigilant aux signaux que les jeunes nous envoient. C’est important qu’on ait les ressources nécessaires en milieux cliniques pour répondre à leurs besoins, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Il faut aussi agir en amont, là où les jeunes se trouvent, notamment dans les milieux scolaires et d’enseignement », indique-t-elle en précisant que de belles initiatives voient le jour en Estrie comme ailleurs au Québec.

« Il y a une lumière au bout du tunnel. Elle peut sembler encore un peu loin, mais on progresse. Je suis convaincue qu’on avance. Comme société, on peut juste s’en sortir plus fort qu’avant. »