«On ne crie pas victoire»

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
La situation est difficile dans de nombreux CHSLD du Québec et même « critique » dans quelques-uns d’entre eux. Pendant ce temps, le bilan est tout autre en Estrie : il n’y a aucune éclosion dans les CHSLD situés sur l’ensemble du CIUSSS de l’Estrie-CHUS jusqu’ici.

Toutefois, il y a eu trois éclosions dans des résidences privées pour aînés (RPA) et une résidence de type familial (RTF) qui accueille des adultes vulnérables. Ces éclosions ont fait des dommages, bien entendu. Des 16 décès désormais attribués à la COVID-19 en Estrie, au moins 8 des victimes vivaient dans ces trois RPA.

Le bilan demeure toutefois favorable compte tenu de la taille des CHSLD et du nombre de RPA situées sur le territoire.

« On est contents, mais on ne crie pas victoire, on est prudents », explique le directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier.

A-t-on fait quelque chose de particulier en Estrie pour arriver à un bilan aussi différent que le reste de la province dans ses résidences pour aînés? Il est encore tôt pour le dire, mais il y a déjà quelques hypothèses qui peuvent être avancées.

« Au sein de notre établissement, on a été très proactifs pour mettre en place toutes les directives ministérielles. Aussi, on a pris l’orientation que tout le personnel porte un masque de procédure avant même que la directive ministérielle arrive. Parfois dans un contexte de pandémie, le fait de prendre des décisions des fois 24 ou 48 heures avant que ça devienne une demande ministérielle, ça fait toute la différence », explique Robin-Marie Coleman, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le travail se poursuit sans relâche pour préserver les RPA et les CHSLD. « Quand la COVID-19 rentre dans un tel milieu de vie, en accord avec les statistiques qui disent que les personnes âgées sont plus à risque de subir des complications, ça fait beaucoup de dommages », soutient le Dr Poirier.

Stabilisation du nombre de cas

Dès l’arrivée du coronavirus sur le territoire du Québec, l’Estrie a été touchée de plein fouet par la maladie. Pendant plusieurs semaines, l’Estrie a été la seconde région sociosanitaire la plus touchée au Québec après Montréal.

Or l’Estrie est maintenant passée à la 4e position des régions les plus touchées, en proportion du nombre d’habitants, après Montréal, Laval et Lanaudière, et pratiquement à égalité avec la région de la Mauricie-Centre du Québec.

« Je suis convaincue que le fait qu’on ait commencé plus rapidement, avec un plus grand nombre de cas, qu’on ait une équipe de santé publique qui a fait des enquêtes épidémiologiques de qualité et rapidement, nous a permis de bien isoler les premières personnes atteintes de la COVID-19. Ç’a aussi permis à l’établissement de voir l’importance de mettre en place rapidement une structure pour bien gérer la pandémie. C’est peut-être ce départ rapide, qui n’était pas souhaité, qui a permis à toute la communauté estrienne de se mobiliser aussi rapidement. C’est la force de l’Estrie qui nous permet, jusqu’à présent, d’avoir des résultats qui sont plus favorables pour notre population », soutient Robin-Marie Coleman.

« Il y a aussi l’élément de maîtrise dans nos CHLSD qui nous permet aussi de nous distinguer de façon favorable par rapport à d’autres territoires », ajoute-t-elle.


Lits de soins intensifs

L’Estrie s’en tire également bien jusqu’ici pour les hospitalisations et les patients placés aux soins intensifs. Vendredi après-midi, il y avait 44 personnes hospitalisées, dont sept aux soins intensifs. 

Les deux hôpitaux sherbrookois comptent généralement 46 lits de soins intensifs. En prévision de la pandémie, on a doublé la capacité. Il y a donc maintenant près d’une centaine de lits de soins intensifs à l’Hôtel-Dieu et à l’Hôpital Fleurimont.

Le taux d’occupation des lits de soins intensifs pourrait changer d’un jour à l’autre, pas nécessairement à cause des patients malades en Estrie.

« Les lits de soins intensifs sont maintenant gérés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) au niveau provincial. Il est fort probable qu’on soit amenés au cours des prochains jours à recevoir des patients de soins intensifs d’ailleurs au Québec, s’il y a des hôpitaux qui ne sont plus capables de répondre à la demande », indique Mme Coleman.

« Je suis convaincue que le fait qu’on ait commencé plus rapidement, avec un plus grand nombre de cas, qu’on ait une équipe de santé publique qui a fait des enquêtes épidémiologiques de qualité et rapidement, nous a permis de bien isoler les premières personnes atteintes de la COVID-19. [...] C’est la force de l’Estrie qui nous permet, jusqu’à présent, d’avoir des résultats qui sont plus favorables pour notre population », soutient Robin-Marie Coleman, présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Chirurgies reprises… au jour le jour

Les chirurgies électives ont été suspendues au CIUSSS de l’Estrie-CHUS le 2 mars afin de libérer le maximum de lits de soins intensifs. Or cette semaine, quelques opérations semi-urgentes, pour la plupart oncologiques, ont été pratiquées.

« Les horaires sortent chaque jour, car on doit être très prudents sur l’utilisation de nos lits de soins intensifs », ajoute-t-elle.

La présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS souhaite aussi remercier l’ensemble des Estriens. « J’aimerais remercier la population pour leur compréhension dans la situation actuelle, mais aussi les employés du CIUSSS, les gestionnaires, les médecins et les partenaires, car honnêtement, on voit combien la région de l’Estrie s’est mobilisée autour de cette situation de pandémie et je me trouve extrêmement choyée d’être sur ce territoire. J’aimerais vraiment saluer l’effort de tous », insiste-t-elle.