Vickie Côté-Bérard et Jean Clavelle sont les parents de trois enfants biologiques, en plus d’être famille d’accueil pour cinq grands adolescents.

Offrir une famille d’accueil à cinq enfants de la DPJ

Vickie Côté-Bérard et Jean Clavelle ont trois enfants. Euh, pardon, ce n’est pas tout à fait vrai. Ils en ont plutôt huit. Trois d’entre eux sont leurs enfants biologiques — ils ont 6, 8 et 10 ans. Les cinq autres sont des adolescents de 12 à 18 ans qui vivent sous leur toit en famille d’accueil. Il s’agit d’enfants placés sous la garde de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Depuis près d’une dizaine d’années, une quarantaine de jeunes ont été hébergés sous le toit ce jeune couple qui n’a pas encore 40 ans. « Chaque enfant a son projet de vie, que ce soit un retour dans sa famille ou qu’il chemine vers son autonomie. On est là pour les accompagner et les aider à cheminer. Certains sont là pour une saison, d’autres pour plusieurs années. Chaque enfant est différent », image Vickie Côté-Bérard.

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Quand un enfant leur est confié, il est reconduit à la maison des Côté-Bérard-Clavelle. Le travailleur social cogne à la porte, le couple ouvre et c’est là qu’ils rencontrent le jeune. Ils ne connaissent rien de son histoire. Pas un mot, pas une ligne. Tout est à écrire entre eux.

Certains de ces grands adolescents qui se présentent chez eux peuvent sembler difficiles à aimer au premier regard. Ils sont froids, fermés, ils défient, portent leur capuchon jusqu’au bord des yeux. Leur carapace est épaisse. Très très épaisse parfois. Ils ont leur histoire, leurs diagnostics, leurs comportements (consommation, troubles d’ordre sexuel ou plusieurs autres encore), leurs mécanismes de défense parfois très puissants.

« Mais il ne faut pas oublier que ce sont des enfants malgré tout. Les enfants ne viennent pas ici pour recevoir beaucoup d’amour, ce qui est souvent le premier réflexe qu’on a. L’amour ne suffit pas. On leur offre de l’amour, oui, mais de façon plus sobre », ajoute Vickie.

« La meilleure façon de leur donner de l’amour est de leur offrir un cadre sécuritaire et rassurant dans lequel ils vont pouvoir grandir », souligne Jean.

Les enfants ont souvent de grands problèmes d’attachements ou des troubles affectifs, ce qui fait qu’ils recherchent souvent de l’attention de façon négative. « Ici, on essaie de manquer aucun bon coup qu’on peut valoriser. Des fois, c’est : "Hé, tu as bien emballé ton sandwich!" Juste ça, oui, mais ça compte », cite en exemple Jean Clavelle.

Certains enfants arrivent dans un tel milieu avec des carences si grandes qu’ils ressentent le besoin de cacher de la nourriture pour être certain d’en avoir assez. Ils ont manqué de tout. « Ici, tout est à volonté, tant que les jeunes mangent et ne gaspillent pas! Il y a des cadres, comme dans toutes les familles, mais ils mangent à leur faim en tout temps sans avoir besoin de faire des réserves. Il y a tout le temps plein de fruits sur la table. On passe plusieurs pains par jour », soutient Jean Clavelle.

Quels sont les avantages pour les jeunes de vivre dans une famille d’accueil plutôt que d’aller vivre dans un milieu de vie comme le centre de réadaptation de Val-du-lac?

« Plus vite on peut établir un projet de vie pour un enfant, que ce soit son cheminement vers l’autonomie ou le retour dans son milieu, mieux c’est. Le premier choix est de laisser l’enfant dans son milieu de vie. Quand ce n’est pas possible, on essaie de le confier à un proche significatif. Ensuite, on a nos familles d’accueil régulières. On veut normaliser les enfants, et c’est plus normal de vivre dans une famille que de vivre dans un centre jeunesse », soutient Saunia Caron, chef de service au Service ressources du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.


« Un des jeunes a demandé à Jean d’être le parrain de son fils! »
Vickie Côté-Bérard

Le couple croit fermement, très fermement, aux possibilités de réadaptation de ces enfants qui leur sont confiés le temps d’une saison ou d’une dizaine de saisons. Des belles histoires, ils en ont connues. Ils en connaîtront encore. Et ils portent toujours dans leur cœur tous ces jeunes êtres tourmentés qui sont passés dans leur maison.

« Un des jeunes a demandé à Jean d’être le parrain de son fils! Il y a en a un qui a téléphoné pour savoir combien de temps faire cuire son rôti de porc. Certains viennent souper avec nous et coachent un peu nos jeunes », lance Vickie sans cacher sa fierté.

Mais le placement en famille d’accueil est rarement quelque chose de souhaité par les adolescents et leurs parents. Alors certains vivent ça plus difficilement et ne tiennent pas à replonger dans ces souvenirs une fois qu’ils ont quitté la partie.

« Récemment, j’ai croisé un des jeunes qui travaillait à l’épicerie. Quand il m’a vue, il a été mal à l’aise et a tout de suite tourné les yeux. J’aurais aimé ça avoir de ses nouvelles, mais je ne suis pas allé le voir. Je me suis dit que c’était comme ça qu’il avait vécu cette étape de sa vie et c’est correct, je dois l’accepter comme ça. Ma porte est toujours ouverte s’il a envie de venir nous voir ou s’il veut nous téléphoner », ajoute-t-elle tout doucement.