Pierre Tremblay

Odeurs de purin à Deauville

Le conseiller du district de Deauville, Pierre Tremblay, n’entend parler que de la forte odeur de purin dans son secteur depuis au moins une semaine. Bien que la Ville et le ministère de l’Environnement ne relèvent aucune infraction dans les activités agricoles dans ce district, l’élu réclame que la Ville soit responsable de délivrer les permis d’épandage.

M. Tremblay rapporte avoir reçu au moins une vingtaine d’appels pour des odeurs de purin intolérables, en plus d’en avoir entendu parler pendant les activités de la rentrée scolaire mercredi matin. « Les citoyens sont inquiets puisque la Ville exige de restaurer les bandes riveraines, mais quand quelqu’un étend du fumier sur une grande surface, près de cours d’eau, est-ce qu’il y a un danger? La Ville et le ministère de l’Environnement se lançaient la balle et pendant ce temps-là, nous n’avions rien à répondre aux citoyens. »

Lise Boucher est l’une de ces citoyennes. « Ça fait 30 ans que je vis sur le bord du petit lac Magog. C’est la première fois que ça sent autant. Je me croirais à Compton ou à Coaticook dans les terres agricoles. La semaine dernière, j’ai dû fermer les fenêtres et allumer des chandelles pour chasser l’odeur. »

Mme Boucher a contacté son conseiller municipal et la Ville de Sherbrooke, qui lui a rapporté que le permis avait été délivré par le ministère de l’Environnement. « Moi comme citoyenne, je m’attends à ce que la Ville intervienne! Nous sommes dans un milieu urbain et nous avons l’impression que la Ville ne se soucie pas de la qualité de l’eau du lac. Pour moi, c’est carrément de la négligence. »

Luc Gauthier, président du syndicat des condos Aux Berges des Pins, rapporte que l’odeur a persisté au moins trois semaines. « J’habite ici depuis 19 ans et l’odeur n’a jamais pas été aussi prononcée. C’est plus odorant et plus long que par les années passées. Nous nous demandons si c’est dommageable pour la santé. C’est sûr qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal. »

Christine Groleau habite pour sa part sur la rue Rodrigue depuis 28 ans. « Nous avons des odeurs intolérables cet été. Ce n’était jamais arrivé avant. Il faut que l’agriculteur change de produit. Je suis prête à contribuer pour acheter un produit qui sent moins fort. »

Une seule plainte

Pierre Tremblay rapporte que les citoyens réclament des sanctions contre le propriétaire du terrain concerné. « C’est difficile pour la Ville d’agir puisque nous ne délivrons pas les permis. Je vais m’informer pour que la ville recommence à délivrer les permis. »

Or, à la Ville de Sherbrooke, on ne recense qu’une plainte officielle et on confirme que le règlement sur les nuisances ne s’applique pas aux odeurs et aux poussières générées par les activités agricoles reconnues. Il semble que le fumier utilisé soit du fumier de porcs et de volailles et qu’il ait un indice d’odeur de 3 sur une échelle de 4. L’agriculteur est toutefois en droit d’épandre ce fumier.

Au ministère de l’Environnement, on confirme que des plaintes ont été reçues entre les 23 et 26 août. L’entreprise responsable de l’épandage avait déposé un avis de projet conforme. Une inspection le 27 août a confirmé que l’épandage respectait les règles établies dans l’avis de projet. « Les distances avec les résidences ont été respectées et il n’y a eu aucun impact pour le ruisseau et le lac Magog », répond-on.

Présidente du comité consultatif agricole, Nicole Bergeron rapporte avoir entendu parler de la situation par son collègue Pierre Tremblay. « C’est la première fois à ma connaissance qu’on se plaint des odeurs à Deauville. À Brompton, nous sommes habitués à ce qu’il y ait des odeurs à un certain moment de l’année. Il faut se rappeler qu’un tiers du territoire est à vocation agricole et que les agriculteurs ont le droit à leurs activités dans le respect de nos règlements. »

Mme Bergeron ne souhaite pas que la Ville délivre les permis d’épandage. « Nous avons assez de travail sans en rajouter. Ça aurait quel effet si on constate déjà que toutes les règles sont respectées? Même que dans le plan de développement de la zone agricole, nous sommes à regarder comment nos règlements sont trop contraignants pour les activités agricoles. »

La présidente du comité ajoute que la Ville est sensible au développement en zone agricole pour éviter les querelles. « Il faut vérifier qu’il y aura du bon voisinage avant d’approuver des projets. »